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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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7 décembre 2025 7 07 /12 /décembre /2025 12:45

Mehdi (Younès Boucif) est cuisinier, pour le bistrot le Baratin, à Lyon... Il avance: il a une petite amie, Léa (Clara Bretheau) et c'est très sérieux; elle travaile au même restaurant, où elle fait le service. Grâce à l'aide financière des parents de la jeune femme, ils vont pouvoir racheter le bistrot à leur employeur Bernard (Gustave Kervern)... Bref tout irait pour le mieux, si Mehdi n'avait pas des réticences sévères à mélanger sa famille avec cette petite vie tranquille. Sa mère Fatima (Malika Zerrouki), veuve, a élevé seule ses quatre enfants, Mehdi et ses quatre soeurs, et elle souhaite ardemment retourner en Algérie, car elle souffre de ce qu'elle considère comme un exil. Elle a donc une certaine tendance à se réfugier dans des traditions importantes: la circoncision de son petit-fils, les mariages plus ou moins arrangés...

Mais si Mehdi ne souhaite pas imposer cette famille-là à Clara, cette dernière estime qu'il est grand temps de rencontrer la mère et les soeurs. Quand la petite dernière Faïza vient au restaurant pour une visite surprise, Clara qui la rencontre pour la première fois apprend donc que son petit ami lui a menti, en lui disant que sa mère était retournée depuis longtemps en Algérie. Elle devient insistante et pour donner le change, Mehdi s'invente une autre mère: Souhila (Hiam Abbass), qui tient un petit bar Algérien auquel Mehdi aime à se rendre, va jouer sa mère, mais Mehdi n'est pas au bout de ses surprises car sa mère de substitution va improviser sans limites, et va interpréter une mère bien moins conservatrice que la vraie... Et elle va séduire tout le monde au passage.

Quel bonheur! Une comédie dont les influences se trouvent aisément entre la screwball comedy (combien de ces comédies loufoques, avec Cary Grant, Gary Cooper voire James Stewart, sont-elles basées sur un bobard un peu trop assumé, aux ramifications impossibles?), et le cinéma de Pedro Almodovar (la peinture tendre et sans oeillères d'une communauté, saisie dans sa vérité bien plus que dans ses clichés), ce film est une bouffée d'air frais, une vraie comédie bien sûr, au dialogue vivant, et qui sonne constamment juste, les acteurs étant tous excellents; le rythme de ce film, aussi, est soutenu sans esbroufe, sans effets inutiles, entièrement soumis à l'idée de laisser les acters raconter cette histoire avec leur propre dynamisme, et les pleins et les déliés nécessaires. C'est une telle réussite qu'on a du mal à croire que ce soit un premier film... Même pas le premier long métrage d'un réalisateur doué, non: son premier film, tout simplement, qui vient d'une longue réflexion, d'un désir de cinéma qui se matérialise sous nos yeux de la plus belle des manières... 

La thématique, entre la peinture d'un microcosme saisi dans sa vérité (des Algériens de France, entre assimilation tranquille et traditions vivaces), et l'exploration plus générale des liens d'une personne à sa culture, passe à travers une utilisation magistrale de ce décor de restaurants, car on mange et on cuisine beaucoup dans ce film: il commence d'ailleurs par la vision des mains d'un cuisinier au geste sûr, qui coupe des légumes pour un préparation. Cette vision du travail comme premier contact avec Mehdi et sa vie est une belle idée, mais la cuisine devient aussi le symbole de son intégration, puisque Mehdi cuisine ce qu'on lui demande, et son répertoire est plus dans le bistrot que dans sa culture. Inévitablement, il y a un lien entre cuisine et tradition, puisque Mehdi, qui n'a jamais demandé à sa mère de lui confier ses secrets culinaires, va approcher Souhila, sa "fausse mère", autour de la préparation d'un couscous magistral! Et la cuisine prolongera le lien entre Mehdi et sa -vraie- mère (lors d'une scène, celle-ci lui confie les secrets des plats préférés de son mari disparu), tout en offrant à Mehdi, un dialogue gustatif avec celle qu'il aime, dans une fort jolie scène où il lui offre un dîner qui mélange recettes de la cuisine française, et savoir-faire Algérien.

Bref, un film où l'on mange, et parfois l'on boit: c'est le cas dans l'une des nombreuses scènes hilarantes de comédie, qui souvent sont menées avec un incroyable brio par Hiam Abbass, l'actrice-réalisatrice Franco-Palestinienne qui prête son tempérament solaire et volcanique à ce film... Une démonstration d'oenologie dans une cave (Laurent Stocker joue le père de Léa, un passionné du vin) débouche sur des gags liés aux rites de consommation du vin, et c'est un enchantement... Comme l'est l'admirable séquence située dans un train, où la fausse mère de Mehdi, qui poursuit sa mission de séduction de celle qui n'est donc pas sa vraie belle-fille, donne à un wagon entier, pris dans la danse, une leçon de danse du ventre...

Si on rit beaucoup (mais alors beaucoup), le film n'est pas une comédie qui joue sur des grosses ficelles. Le rire n'est pas que la politesse du désespoir, et ici il est surtout affaire de pudeur, celle d'une famille qui se réfugie dans les embrouilles (les soeurs de Mehdi, qui font la tête à leur mère, ont toutes enfreint en douce quelques-unes des règles sacro-saintes du conservatisme familial, et le mensonge n'est jamais très loin): car derrière la comédie, affleure un décalage, celui de gens (Mehdi, ses soeurs, mais aussi Souhila, leurs amis), entre ceux qui sont assimilés, et la mère de Mehdi, qui reste accrochée à l'espoir de retourner au bled, de revoir sa maison en Algérie, qu'elle espérait laisser à ses enfants. Ce décalage est souvent une souffrance pour la mère autant que pour ses enfants. Combien de films (Américains ou autres) nous auraient-ils offert une conclusion facile, autour d'un "maman je t'aime" assaisonné de violons? La pudeur du film passe non seulement par la comédie, mais aussi par la musique, qui complète les non-dits, accompagne les gestes qui ne seront pas effectués, et si dans le film jamais ou presque Mehdi n'embrassera sa mère, la bande-son nous informe suffisamment de leurs sentiments, compliqués, mais réels. 

J'ai parlé de Hiam Abbass, une actrice chevronnée, mais Malika Zerrouki est étonnante de naturel; ce n'est une actrice que depuis peu, elle a effectué quelques petits rôles. Son personnage est très émouvant, de par son historique, mais elle est aussi très drôle, dans ses émotions autant que dans ses petits travers: elle a une certaine tendance à jouer un peu la comédie, et fait des crises qui sont parfois du bidon. Certains de ces petits drames se finissent à l'hôpital où immanquablement la comédie reprend ses droits.... 

Je termine cette chronique avec une scène qui est superbe, et qui vers la fin du film (mais je n'en dis pas plus), nous offre une vision rare: à l'écran, beaucoup de monde se tiennent dans le restaurant, et parmi les présents, c'est l'une des rares fois où Souhila, Fatime et Léa sont toutes là. Elles sont toutes trois détachées des autres personnes par un détail vestimentaire commun, elles portent le même bleu. Nombreuses sont les scènes où Amine Adjina a eu recours à d'invisibles petites touches, aussi simples qu'efficaces, pour créer un monde, avec des couleurs, à la façon d'un Almodovar. Ce bleu unit les trois femmes, réellement les trois femmes de la vie de Mehdi: sa mère, sa fausse mère, et sa future épouse... Le jeune homme nous adressera un regard caméra comme pour nous prendre à témoin de son avancée dans la vie, finalement assez tranquille, pittoresque, cocasse et foncièrement assez tendre, qui est la sienne.

Ce film, qui nous parle de "la diversité", ce mot passe-partout qui cache tant de choses, sans jamais avoir recours aux clichés, est une merveille, à voir sans restrictions. On y rit sans remords, et au passage ne vous inquiétez pas, si cette bande-annonce semble en dire beaucoup, elle ne vous dit pas tout!

La bande annonce du film, qui sort le 10 décembre 2025: https://www.youtube.com/watch?v=TMW1H8R0FZc

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie Amine Adjina