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William Shakespeare (Paul Mescal) se marie, contre l'avis de ses parents, avec une jeune femme locale, Agnes Hathaway (Jessie Buckley)... Ils ont trois enfants, dont deux jumeaux, Hamnet et Judith. William passe de plus en plus de temps à Londres dans le milieu du théâtre où ses comédies rencontrent un succès croissant, et il a désormais son propre théâtre, le Globe. Quand Judith contracte la peste bubonique, Hamnet l'attrape aussi; il meurt dans une intense souffrance. William était en route, persuadé d'arriver trop tard et que sa fille serait morte, il découvre que son unique fils est en fait la victime... La bonne entente du couple se désagrège, Will retourne à Londres, il y travaille d'arrache-pied à un projet ambitieux, pendant que la rancoeur d'Agnes va grandissant...
Le film commence par une petite notation sur l'origine de son titre et la proximité entre Hamnet, nom authentique et historique du fils de l'auteur dramatique le plus célèbre et le plus emblématique de Grande-Bretagne: du côté de Stratford-Upon-Avon, nous dit-on, le prénom Hamnet peut aussi s'écrire Hamnet. Ces remarques nous plongeraient normalement immédiatement dans l'universs du Barde... J'ai pourtant un peu triché, par rapport au film tel qu'il se déroule et au roman de Maggie O'Farrell: le nom de Shakespeare ne viendra que très tard dans l'intrigue, et sera peu prononcé, de même que son prénom (le plus souvent réduit à "Will"). Mais à supposer que l'on vienne au film sans aucune connaissance de la carrière (voire de l'existence... c'est désormais envisageable) de William Shakespeare, de Hamlet,ou de Stratford-upon-Avon, on n'a que des bribes de liens avec l'histoire du dramaturge...
Et pour cause: le point de vue n'est pas le sien, ici. Dès le premier plan, il s'agit d'Agnes, de sa particularité (elle le dit elle-même elle ne s'identifie pas comme Chrétienne), de son attachement à la forêt, aux traditions ancestrales qui vues de l'extérieur sont proches du paganisme, et pour un observateur lointain, de la sorcellerie même. Petite dame vêtue de rouge, elle détonne... L'image d'elle qui nous est montrée en ouverture du film est celle d'une jeune femme lovée dans le creux d'un arbre. Elle garde avec elle un gant de fauconnerie, et passe une bonne partie du premier acte avec un oiseau, qui va servir de point de départ de ses conversations avec le jeune tuteur de latin qu'elle croise et qui la convoite.
De cet attachement à la terre et à la forêt, Agnes conçoit effectivement la vie comme étant du concret, du tangible. Son corps est au coeur de bien des plans, de ses mains qui sont noircies par la terre, à ses pieds souvent nus quand elle est chez elle... Si elle aime son faucon qui vole haut (et continuera à voler jusqu'à la fin du film), Agnes est attachée au sol, à l'herbe, la terre, les arbres, les plantes... Son mari, au contraire, sera souvent perdu dans les méandres de son intellect, et on verra une séquence qui nous montre Agnes essayant de faire redescendre William sur terre, elle au fond, couchée dans la pénombre, lui au premier plan, noircissant feuillet après feuillet... La caméra, souvent, est statique, et laisse les acteurs prendre leur temps.
Les passages à Londres sont peu nombreux, avant le dernier acte, dans lequel Agnes viendra au Globe, qu'elle ne connait pas (elle a refusé de suivre William à Londres, ce qu'il accepte): elle a appris que son mari présentait une pièce intitulée Hamlet, et elle vient demander des réponses à ses interrogations. Le dernier acte du film nous montre la source de la désagrégation du couple comme étant l'incapacité des deux amants à effectuer leur travail de deuil... ou en tout cas leur incapacité à le faire ensemble et de la même manière. C'est sur la scène du Globe qu'Agnes comprendra comment son mari a pu affronter la réalité...
Les faits connus de la vie de Shakespeare n'ont jamais permis d'affirmer de façon claire et définitive qu'il y ait eu un lien entre le décès d'Hamnet en 1596 (on ne connait pas effectivement les causes, mais la peste reste le plus probable) et la création d'Hamlet (Qui fut présenté pour la première fois entre 1598 et 1601). Mais la spéculation va bon train, et le film, à la suite du roman, s'en fait l'écho. En concentrant ses efforts sur le point de vue de la jeune femme, âme de la famille et celle qui est resteée jusqu'au dernier souffle de son fils, et en recréant de façon impressionnante le décor de leur vie campagnarde, loin de Londres, le film accompagne cette hypothèse qui nous permet de voi ici les mécanismes contradictoires du deuil, de la perte, de la rancoeur d'un couple qui s'aime, et de quelle façon la grandeur de la tragédie nait du drame intime; de quelle façon la tragédie ensuite aidera à appréhender, comprendre, et peut-être accepter la mort d'un enfant.
Ce dernier acte est une montagne d'émotion, dans un film indispensable. William Shakespeare ne se révèlera finalment que sur scène, à travers l'une des plus importantes de ses oeuvres, sous les yeux de son épouse... Une fin de parcours impressionnante pour des personnages bien définis au delà des clichés et des images d'Epinal du "grand auteur". Le film ne se finit pas sur le triomphe de l'art, mais sur l'émotion immense du public...
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