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Evelyne (Edwige Feuillère) est peut-être "sans lendemain", mais elle a un passé: anciennement mariée à un gangster, qui a été retroué supprimé par ses complices, ele refait sa vie, employée comme danseuse et entraineuse dans un cabaret... La menace de la prostitution est constante, et elle a un enfant de son mariage à élever tant bien que mal. Un soir elle croise un ancien amour, un médecin canadien (Georges Rigaud) qui ignore tout de sa situation. Il est de passage pour quelques jours, elle décide de lui jouer la comédie en affichant un appartement luxueux qu'elle loue à prix d'or pour trois jours: une somme qu'il lui faudra rembourser après à l'ancien patron de son mari...
Le destin qu'on devine hautement tragique de la jeune femme nous est présenté en quelques jours, mais ces quelques moments suffiront à nous faire comprendre la détresse et le fatalisme de l'héroïne. EdwigeFeuillère est excellente, toute en retenue, comme un personnage qui a déjà pris les décisions à la fois saines et terribles qui résulteront en un sacrifice final qui est amené avec subtilité. La peinture par Ophüls du monde de la nuit est très "cinéma français 1930", mais le metteur en scène sait jouer sur le rythme et le décalage afin de sortir des clichés: lors d'une scène qui voit Evelyne en plein numéro (avec trois autres danseuses, elles sont les "quatre saisons", habillées d'un manteau seulement), la caméra ne quitte pas les yeux de la jeune femme, inquiète du fait que son amant n'entre dans le cabaret. Toute la scène est jouée en gros plans...
L'essentiel de l'intrigue passe par la dissimulation, avec cette jeune femme qui ne pourra pas assumer de dire la vérité à l'homme qui l'aime et préfère affronter la solitude et la sombre suite de ses mésaventures (pour rembourser le malfrat qui lui a prêté de l'argent, âs beaucoup de solutions...) que de ternir son amour. Les quelques jours passés entre Evelyne et Georges sont comme une parenthèse, qu'elle assume avec fatalisme...
Le film brille sans aucun doute par son actrice d'abord, sa grâce et son aisance, son refus du numéro d'actrice: elle me fait penser à la Claudette Colbert des grands jours... Mais le film se place aussi dans une sorte de peinture constamment renouvelée de milieux de la prostitution et de la nuit, des thèmes tellement présents dans le cinéma de la première moitié du XXe siècle... Présent chez Pabst, Stroheim, Renoir, Borzage (un peu), Lubitsch et j'en oublie... Ophüls y revenait souvent, et la parenthèse enchantée d'Evelyne n'est pas sans anticiper le séjour Normand des "belles dames" de la Maison Tellier dans Le Plaisir: une autre parenthèse qui se terminera dans la noirceur... tranquille.
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