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A New York au début du XXe siècle, le Bowery est le quartier populaire par excellence: dans les cafés à la réputation douteuse, toute une faune vit d'expédients: M. Adolphe (Agostino Borgato) a un business lucratif, il fournit les mendiants en fausses bosses, machineries qui les transforment en cul-de-jatte, et toutes ces sortes de choses... Dans le milieu, il n'y a pas plus élégant que Charley (Percy Marmont), surnommé Easy Money pour l'aisance avec laquelle il obtient la charité des passants. Ils le croient manchot et difforme, alors qu'il est en pleine santé. Quand une jeune femme du quartier (Juliet Brenon) meurt à cause de la tuberculose, elle a confié à Charley la garde de sa fille. Il l'élève, et elle le rend heureux, mais... une fois adulte (Mary Bryan) elle a du mal à ne voir en lui que son tuteur, et il se rend compte qu'elle est amoureuse de lui.
Pendant ce temps, la menace d'un concurrent de Charley, Whitey le faux aveugle (John Harrington), se précise: il sait le parti qu'il peut tirer de la réelle identité de Charley, l'homme du monde qui a construit son aisance sur un mensonge...
C'est un film remarquable, et qui ne ressemble à aucun autre: Brenon, sans doute, avait à coeur d'en faire une plongée dans un monde étonnant, celui des mendiants, monte-en-l'air et autres escrocs à la petite semaine. Bien sûr, il convient d'accepter ce que dit le film, à savoir que la quasi totalité des mendiants dans le quartier où se situe l'action seraient des escrocs... Mais on doit aussi reconnaître que le film choisit délibérément de prendre le point de vue d'un homme, Charley, qui de par son propre choix a trouvé un business lucratif dans ce qui s'avère être une escroquerie (probablement tolérée par la police qui semble avoir d'autres chats à fouetter, ou peut-être qui se fait avantageusement graisser la patte, comme on dit), mais reste malgré tout un brave homme à l'élégance morale évidente...
Une ambiguité soulignée par le fait que si Whitey est bien, lui, un très sale type, il bénéficie malgré tout du respect de Charley qui ignore qu'il est un faux aveugle, puisque seul Adolphe est au courant... Un paradoxe ironique, qui paie particulièrement à la fin du film, puisqu'il s'agit de la confrontation entre les deux hommes.
Le meilleur du film est probablement la recréation pittoresque du New York d'avant la guerre, de l'époque où quand un Américain faisait la manche parce qu'il était estropié, c'était pour d'autres raisons qu'une blessure de guerre... C'est un mélodrame vigoureux, plutôt avantageusement joué, sauf en ce qui concerne John Harrington, justement, qui en fait des tonnes. Il est vrai que son rôle est celui d'un homme insupportablement maléfique! A noter à ses côtés, dans la dernière bobine, l'apparition non créditée d'une jeune actrice qui effectuait ses premiers pas devant la caméra... Ces quelques minutes de Louise Brooks sont l'une des raisons qui ont sans doute permis la sauvegarde et la localisation de ce film, et c'est dans un bluray qui est consacré à l'actrice qu'on peut en voir une restauration. Maintenant, je le répète, on ne la verra que deux ou trois minutes...
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