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Dans la région des Dolomites, une petite bourgade est située juste en dessous d'une montagne mythique, le Monte Cristallo... Une légende a depuis longtemps été colportée, selon laquelle une lumière bleue mystérieuse est visible sur la paroi lors de la pleine lune, une lueur qui a la réputation d'attirer les jeunes hommes à leur mort. Les villageois ont pris l'habitude d'en attribuer la responsabilité, à tout hasard, à une jeune femme qui vit dans la montagne, Junta (Leni Riefenstahl). Un jeune homme venu des vallées est touché par la beauté de la jeune femme, et veut percer son secret...
Leni Riefenstahl est venue au cinéma par le biais de la danse, puis du sport, bref: du corps. C'est à travers la filmographie d'Arnold Fanck, un cinéaste qui réalisait de remarquables "films de montagne", qu'elle a commencé à travailler dans le medium auquel elle allait consacrer une bonne part du reste de sa vie, non sans controverse mais celles-ci ne seront en aucun cas le sujet de cette chronique... Dès 1926, elle tournait avec Fanck Die heilige Berg, soit la montagne sacrée, un mélodrame situé en pleine montagne dont de nombreuses scène impliquaient de l'escalade. Elle a souvent donné de sa personne et cette aisance se retrouve dans ce film dont elle interprète l'héroïne tragique...
C'est apparemment sans effort (mais ce ne peut être que trompeur) qu'elle accomplit ses impressionnants exploits, et le film ne manque jamais de dramatiser la montagne, dont le secret sera éventé dans les vingt dernières minutes, un secret simple mais effectif, qui n'enlève rien de la symbolique chargée en érotisme: car si le jeune homme (Max Holzbauer) qui s'intéresse à elle feint d'être fasciné par sa différence et ses conditions de vie, le fait est qu'elle l'attire, et les images à ce niveau ne mentent pas du tout. Mais l'innocence de la jeune femme l'arrête...
C'est l'histoire d'une conquête qui ne dit pas son nom, celle d'une jeune femme qui ne fait qu'une avec la nature. La réalisatrice, qui reprend le cadre de la montagne des mains de Fanck (elle a tout appris de la réalisation avec lui, finalement, même s'il a souvent eu recours à des collaborations, la plus célèbre étant celle, orageuse, qu'il a établi avec G.W. Pabst sur le tournage en 1929 de Die weisse Hölle der Piz-Palu), a tout compris du pouvoir de la nature au cinéma, elle qui a su trouver les angles d'approche, les cadrages et le rythme parfait pour représenter les magnifiques beautés de la nature alpine. Et son film, qui parle très peu (et de façon post-synchronisée, il a donc été tourné "en muet"), rivalise parfois en mystique, et en tragédie, avec l'admirable Vampyr réalisé la même année par Dreyer... Pas mal.