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La vie de Marie Duplessis (Yvonne Printemps), d'abord surnommée Marie Des Champs par ses collègues couturières à l'atelier parisien où elle fait ses premières armes, puis Marguerite Gautier par ses amants... Poussée par les circonstances économiques à coucher pour s'en sortir, devenue courtisane de luxe avec un carnet d'adresses particulièrement rempli, elle rencontre un jeune homme sans e sou, avocat de son état: Armand Duval (Pierre Fresnay)...
Fernand Rivers ou Abel Gance? Le premier est le réalisateur en titre, le deuxième a écrit le scénario. Oui, mais il a aussi semble-t-il "supervisé" le film, un terme toujours ambigu dans le cinéma. Dans le documentaire de Nelly Kaplan, Hier et demain, il revendiquait la réalisation du Maître de Forges, le précédent film de Rivers qui il était vrai était le premier film parlant de ce dernier. Au-delà de ce scénario, qui porte la marque de son auteur des débuts à la fin (les dialogues particulièrement, truffés de "name-dropping" des plus irritants :"Tiens, vous avez vu Hugo aujourd'hui?" " il est là-bas en compagnie de Vigny, il parle avec Gautier"), on imagine le metteur en scène se promenant sur le plateau et mettant ça et là la main au mégaphone...
C'est bavard, mais ça possède une certaine classe: les décors et costumes, et une préciosité dans la photographie, due à Roger Hubert et Harry Stradling, et la composition intrigante d'Yvonne Printemps, dont c'était (presque) le premier film. Curieux de constater que ce visage organisé autour de grands yeux expressifs, n'ait pas auparavant mobilisé le cinéma... Sa prestation dans le film, qu'elle interprète d'abord avec le regard, la rapproche des divas du muet. En revanche, la dame était aussi une soprano établie, et nous le rappelle. Ce n'est pas le meilleur du film...
Et tant qu'on est aux choses qui fâchent, lors d'une scène qui nous montre Armand tentant de se sortir des ennuis financiers, il fait appel à un usurier, qui nous est présenté avec insistance (ombre diabolique, nez proéminent, accent outré, et se frottant obsessivement les mains) comme un Juif. Le regard de Fresnay sur l'homme est particulièrement parlant...
A noter: la publicité du film a souvent mis en avant la contribution de Gance, entraînant une confusion certaine. Le grand homme (je ne parle évidemment pas de Fernand Rivers) n'a pour sa part pas eu un mot dans le reste de sa vie pour ce film, qui a probablement rejoint dans son esprit le groupe des films qu'il a fait "non pas pour vivre, mais pour ne pas mourir"...