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3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 18:31

C'est amusant de constater que ce film, dont le titre Danois se traduit directement L'île d'amour (les Anglo-saxons le rebaptisèrent Honeymoon island, ce qui n'est pas stupide) est adapté d'un roman de Carl Muusmann, qui s'intitulait Djævleøen (L'île du diable)... J'imagine que l'adaptation en a sérieusement écorné toute prétention au diabolisme!

Charles et Grete Holm (Gunnar Tolnaes et Karina Bell) sont mariés, et ont tout pour être heureux: armateur, il est florissant, et il aime sa petite épouse. Elle le lui rend bien... Mais d'une part elle a du quitter une carrière dans la danse pour son mariage, et son mari est particulièrement peu féru de culture. D'autre part, il reproche à son épouse d'avoir des prétentions qui le dépassent. Et elle n'aime pas, mais alors pas du tout, le bruit de sa pipe! L'un et l'autre rêvent donc (et c'est transposé à l'écran) d'une version différente de l'être aimé...

Sauf que Grete s'affiche ouvertement, et de plus en plus, avec un insupportable poète, Lorens (Peter Malberg), qui est non seulement ridicule, il est surtout amoureux d'elle et ne s'en cache pas. Charles écoute donc l'idée de son ami Grøn (Philip Bech): celui-ci lui suggère en effet de partir en excursion avec un voilier, et de provoquer un faux naufrage, puis de se réfugier sur une île qu'il possède, en Mer du Nord. Seulement, le naufrage va s'effetuer non seulement pour le couple, mais aussi pour Lorens et deux matelots dévoués à l'armateur...

Ce dernier point n'est pas un ressort dramatique, et c'est la source d'un des points les plus faibles du film: il n'y a en réalité pas ou peu d'enjeu... Jamais Grete et Charles ne sont perdus, pas plus qu'ils ne sont seuls. Les trois autres protagonistes sur l'île fournissent essentiellement la comédie (et pas des plus légères, la composition de Malberg en poète étant tout sauf subtile!), et on attend bien sagement que Grete réalise qu'elle a surtout été capricieuse et que on mari n'est pas un rustre, juste un homme sensé... Non, le film n'a par ailleurs absolument rien de féministe!

C'est l'un des 6 films de Sandberg sortis en 1924, et même en ajoutant que souvent la compagnie Nordisk engrangeait tranquillement des films pour en retenir la distribution un an ou deux, le fait est que ça fait quand même beaucoup... C'est une comédie, mais contrairement à l'irrésistible et souvent plus que loufoque Nerfs brisés de 1923, il ne décolle jamais du tout-venant... A un moment, très tardif, Grete semble apte à prendre le pouvoi sur le film, en trouvant le moyen de laisser tout le monde en plan sur l'île pour rentrer à Copenhague (ce qui ne leur ferait pas trop de mal), mais... Karina Bell, comme souvent, joue ici une ravissante idiote, son rôle plus ou moins imposé depuis son appariton dans David Copperfield. Bref: Sandberg avait beaucoup mieux à faire, et ça tombe bien, il le ferait!

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1924 Comédie