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9 mai 2026 6 09 /05 /mai /2026 14:14

Après le décès de son mari, Chizuru (Hisako Yamane) revient s'installer dans la maison de ses parents, une famille aisée: le père (Chisu Ryu) est veuf, et vit d'une manière tranquille et traditionnelle dans une maison cossue en pleine campagne à Nara. Outre Chizuru, il a deux filles: Ayako (Yoko Sugi) et Setsuko (Mie Kitahara), la plus jeune et la plus espiègle. Celle-ci a formé un lien d'amitié assez fort avec Shoji (Shoji Yasui), le frère du défunt mari de Chizuru. Il est traducteur, et recherche actuellement un boulot, il envisage de retourner à Tokyo; Setsuko et Shoji, un jour, ont une conversation avec un vieil ami d'enfance qui se trouble à l'évocation d'Ayako. Ils se mettent alors en tête de rapprocher le jeune homme, Amemiya (Ko Mishima), avec Ayako. Leurs plans otrdus finissent par occuper toutes la maisonnée...

Pour son deuxième film, Tanaka prend le contrepied du précédent sur de nombreux aspects: d'une part, on s'éloigne vraiment du tournage de guerila en pleine ville, qui occupait une grande part de Lettre d'amour; les acteurs, cette fois, sont essentiellement des inconnus, si on excepte Chisu Ryu, habitué d'Ozu, et Tanaka elle-même qui joue un rôle secondaire (c'était une exigence de la production, la réalisatrice restant associée dans l'oeil du public à sa grande carrière de star de stature internationale, suite au succès de Oharu, de Mizoguchi... Les acteurs sont donc des inconnus, ou de jeunes acteurs à la courte expérience (ce qui est absolument le cas de Mie Kitahara)...

Pour ce qui est du style, elle combine d'une certaine façon le style d'Ozu (le film est un scénario non tourné du grand metteur en scène, après tout, mais sans la rigueur quasi étouffante de ses compositions: elle garde une grande part de naturalisme dans ses plans, et laisse les acteurs assez libres de leurs mouvements... Tout en gardant la maîtrise du rythme, qui est plutôt soutenu. Elle obtient de ses acteurs un grand naturel, mais n'hésite pas dans certaines scènes à avoir recours à un jeu plus dynamique, en particulier dans les manigances de Setsuko et Shoji... Et contrairement à Ozu qui garde souvent ses distances en créant une intimité de communauté, celle d'une famille le plus souvent, Tanaka s'insère plus avant dans la vie de ses personnages féminins. On verra ici Ayuko se changer, d'un kimono traditionnel vers une tenue civile des années , ou encore Setsuko enlever négligemment ses bas... Des gestes intimes qui n'auraient pas leur place chez Ozu, voire chez Naruse.

Et puis un détail, qui aurait du être deux fois rien, laisse entrevoir de quelle façon la réalisatrice signe son film, avec ironie: quand Setsuko a besoin de l'aide d'une servante, pour ses manipulations de sa soeur et de son ami, elle fait appel à Yoneya (Kinuyo Tanaka), qu'elle dirige comme pour un film. Et pendant ce temps, Shoji et Setsuko encadrent Yoneya, qui fait bien attention à écouter les instructions. Non seulement il y a un renversement de rôles entre la star et sa réalisatrice, mais en prime cela souligne à quel point, dans le "couple" Setsuko / Shoji, c'est la jeune femme qui mène la barque. Et ça, ce n'est pas rien...

 

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Published by François Massarelli - dans Kinuyo Tanaka Yasujiro Ozu