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A la fin des années 50, le Japon est le théâtre d'une révolution: des lois anti-prostitution voient en effet le jour, qui tendent évidemment à pénaliser les femmes, premières concernées... Des institutions commencent à les accueillir pour tenter de les réinsérer. Kuniko Sugimoto (Chisako Hara) est l'une de ces femmes, recueillies par un établissement sous tutelle, qui tente de profiter d'une seconde chance dans la vie. Elle commence par se voir offrir une opportunité de travailler dans une épicerie tenue par une petite famille, mais dès que l'épicière apprend son passé, la situation devient intenable. Après avoir risqué de replonger, elle se voit offrir une nouvelle chance: elle est placée dans une pépinière, auprès d'une famille compréhensive, et rencontre même un homme qui est prêt à la comprendre... Mais le passé reste tenace.
Après l'évocation romanesque et aussi raide que décorative de La princesse errante, Kinuyo Tanaka retourne au Japon "actuel", au sujet duquel elle va ajouter sa propre pierre à l'édifice d'une cinématographie Nippone tourmentée par la prostitution: les films de Kenji Mizoguchi (Oyuki la vierge, Femmes de la nuit et Rue de la honte, entre autres), Mikio Naruse (Au gré du courant), et tant d'autres, l'éctrice passée à la réalisation va pouvoir donner une vision différente et novatrice: car en son temps elle aura vu la fin d'un système... Un système dont on nous dit sans ambage que les véritables responsables, à savoir des hommes bien sûr, auront peu à souffrir de cette pénalisation. Celles qui furent les victimes de la prostitution, les femmes, sont évidemment pointées du doigt de multiples façons.
Sans jamais avoir recours à une posture de faux documentaire, mais en maintenant pour autant l'urgence de l'évocation d'un pays en mutation, Tanaka donne à voir un film riche et informé, qui s'abstient évidemment de blamer la femme. Les mécanismes sont tous là, un à un: la façon dont les hommes qui apprennent que Kuniko a été une prostituée se comportent, par exemple, est claire: l'un d'entre eux lui dit même qu'il la respecte plus depuis qu'il sait d'où elle vient, mais c'est une phrase à double sens... Elle joue parfois elle-même le jeu de la séduction, mais en l'occurrence c'est presque poussée par les événements: avant de quitter une situation avantageuse mais où son passé va lui être reprochée, elle entraine avec elle le mari de sa patronne, qui n'attendait que ça!
Les épisodes du film sont conformes à la vision du cinéma de Tanaka comme une succession de scènes, souvent courtes, liées entre elles par une continuité et beaucoup d'ellipses. Elle n'a parfois besoin que de quelques secondes pour faire du sens, contrairement à Mizoguchi qui reposait si souvent sur les plans-séquences. Elle marie fort bien l'écran large du TohoScope, avec a vision citadine de son intrigue...
Contrairement au roman qu'elle adapte, elle a décidé que son film irait vers plus d'espoir, mais qu'on ne s'y trompe pas: le destin de ces femmes qu'on renverra immanquablement à leur condition passée, au risque de les pousser à retourner à la rue, n'est pas réglée pour autant une fois le film fini...
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