Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
7 mai 2026 4 07 /05 /mai /2026 23:33

Reikichi (Masayuki Mori), un ancien marin qui a participé à la seconde guerre mondiale, survit vaguement en traduisant à droite et à gauche... C'est que son esprit est ailleurs, et comme son jeune frère Hiroshi (Juso Dozan) l'héberge, il peut passer ses journées en pensées sombres: son amour d'enfance, Michiko (Yoshiko Kuga), qu'il n'a jamais cessé d'aimer, en a épousé un autre, poussée par ses parents. Il souhaite, depuis 5 ans, la retrouver... Un ami, Naoto (Jukichi Uno), lui propose un travail lucratif: il traduit en anglais des lettres pour des jeunes femmes qui sont restées en contact épistolaire avec des soldats américains. Elles avaient été encouragées par les autorités japonaises, afin de faciliter la cohabitation d'après guerre, et certaines ont d'ailleurs eu des enfants. Un jour, Reikichi entend dans la boutique de Naoto la voix de Michiko...

C'est un scénario de Keinosuke Kinoshita, qui est tourné ici par Kinuyo Tanaka pour sa première réalisation, après quasiment trente ans de bons et loyaux services en tant qu'actrice, pour (entre autres) Naruse, Shimizu, Ozu et Mizoguchi... Que ce soit un premier film se voit, ô combien, à travers deux aspects du film: d'un côté, l'incroyable gourmandise de Tanaka qui clairement a retenu les leçons de ses nombreux mentors. Et une certaine gaucherie globale, dans un film qui peine parfois à trouver sa cohésion. Deux aspects, clairement, contradictoires!

Mais on retiendra le désir de tourner un film qui se situe dans un certain cadre naturaliste, tout en privilégiant (surtout dans la première partie) un style cinématographique sous une forte influence de la comédie, dans laquelle le jeu corporel des acteurs passe avant les dialogues... Mais le film, sous l'impulsion du personnage tragique de Reikichi, va devenir de plus en plus sombre. Curieusement, la rencontre attendue entre Reikichi et Michiko, cette dernière étant cachée à la caméra dans un premier temps, se situe en plein milieu du film, et... c'est un moment qui accuse la lourdeur du mélodrame. Ils se retrouvent pour mieux se déchirer, l'homme reprochant à la femme ce qu'il a appris: Michiko, l'amour de sa vie, la sainte, a couché avec un américain, et maintenant lui écrit pour qu'il l'aide financièrement...

Pourtant le film ne se situe pas dans une dénonciation misérabiliste de la moralité de ces femmes, car Kinuyo Tanaka a probablement retenu la leçon de Mizoguchi, le cinéaste à la réputation complexe... Elle se rappelle aussi de son voyage aux Etats-Unis, qui lui sera tant reproché par l'intelligentsia et le public. A travers Reikichi, c'est l'incompréhension de la société, représentée ironiquement par un homme, un héros déboussolé. C'est donc à Hirochi, un jeune homme entreprenant, que revient la difficile tâche de réconcilier les deux amants.

Peut-être y a-t-il trop d'idées, peut-être la gaucherie n'est-elle pas suffisamment contrebalancées par les éclairs de mise en scène (il y en a, de la scène des retrouvailles srur un quai de gare, joliment tournée, à une tentative nocturne de suicide, qui passe omme par bravade par de la comédie de moeurs avec trois prostituées truculentes)... On s'ennuie parfois, avec le vague sentiment de passer à côté de quelque chose...

Ce qui est sûr, c'est que Kinuyo tanaka a des choses à dire sur le Japon d'après-guerre, qu'elle a subliminalement peuplé d'Américains. On verra ce qu'elle fera par la suite...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Kinuyo Tanaka