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10 juin 2026 3 10 /06 /juin /2026 21:38

Paris, sur les bords de Seine. La journée se passe comme les autres journées: M. Lestingois (Charles Granval), le libraire, lutine sa domestique Anne-Marie (Séverine Lerczinska), pendant que Mme (Marcelle Hainia) se rend à un enterrement. C'est le moment qu'a choisi Boudu le clochard (Michel Simon)pour se jeter à l'eau, de désespoir, car il a perdu son chien. M. Lestingois, n'écoutant que son courage, et sa bonne conscience Chrétienne, se jette à l'eau pour le sauver... Et le regretter illico, car Boudu est tout sauf un cadeau! Et ce pour toute la maisonnée...

C'est une production des "films Michel Simon", qui n'ont jamais été une compagnie à part entière, juste une sorte de garantie d'engagement d'un acteur qui, s'il n'a jamais vraiment été attiré par les rôles conventionnels, a quand même durablement marqué le public dès les années 20. Et Renoir, qui a déjà travaillé avec lui (Tire-au-flanc, La Chienne), a construit le projet autour de l'acteur, un jeu de massacre anti-bourgeois adapté d'une pièce à succès de René Fauchois... Dont Simon était justement la vedette.

La farce est légère, et parfois franchement grivoise... On comprend assez vite que la venue de Boudu dans la sainte famille Lestingois, des bourgeois comme il faut (c'est à dire "collet monté", vaguement hypocrites, et - bien entendu - joyeusement adultères), va avoir un effet particulièrement ébouriffant. Non seulement Boudu ne respecte rien, se comporte en enfant gâté et impulsif, mais en prime il va se permettre avec ces dames, et en particulier avec mme Lestingois, des privautés que la morale réprouve...

Le ton peut se résumer en une seule scène: venu vers Mme Lestingois pour se faire engueuler, Boudu retourne la situation en même temps que la dame (désolé) et... la caméra cadre alors une image au mur, celle d'un petit soldat en uniforme, qui joue de la trompette. Puis on passe à un défilé militaire et sa musique tonitruante... Et enfin, Michel Simon et Marcelle Haina se relèvent après leur conciliabule, et Mme Lestingois, de fait, arbore une mine satisfaite, et bien moins pincée qu'à l'habitude... Ce n'est effectivement pas très sérieux... mais c'est le tin général d'un film qui entendait ruer dans les brancards en affichant une belle santé anarchiste, en ces années trente qui s'apprêtaient à déraper sérieusement... 

De quoi comprendre la position particulière, presque centrale, de ce film mal poli, aux accents de poil à gratter, dans l'oeuvre de son réalisateur... Et de son acteur principal qui n'allait pas tarder à interpréter l'hallucinant père Jules de L'atalante, de Jean Vigo.

 

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Published by François Massarelli - dans Jean Renoir