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Jeanne (Marie Trintignant), donc, ment "comme elle respire"... Et de fait, onle comprend très vite. Elle en a des difficultés à trouver la stabilité, mais aussi la tranquillité: elle ne travaille pas, parce que quand elle tente de le faire, elle se perd dans des conversations, happées dans des bribes de vies qu'elle n'a pas vécues, mais qu'elle aime tant raconter. Infirmière au Bénin et au Soudan, richissime héritière qui se plait à vivre en bohême, assistante d'un scientifique... Tout ce qu'elle n'a jamais fait lui donne une stature et la rend passionnante.
C'est d'ailleurs quand elle est en pleine conversation avec une vieille dame un peu aisée que sa vie bascule: Madeleine (Blanchette Brunoy) se prend d'amitié pour celle qu'elle prend pour une fille de riches, et l'héberge. C'est à ce moment que Jeanne Rencontre Antoine (Guillaume Depardieu): celui-ci "drague" Madeleine pour l'attirer hors de chez elle pendant que des complices cambriolent son appartement. Mais le coup ne rapporte pas assez, alors Antoine décide de s'intéresser aux millions inexistants de la famille de Jeanne...
Les menteurs, les mythomanes, les manipulateurs, c'est un sujet qui a toujours passionné Pierre Salvadori: d'une part, il le doit peut-être à un de ses maîtres de cinéma, Ernst Lubitsch (et en particulier à Trouble in paradise, dans lequel deux escrocs se retrouvent l'un en compagnie de l'autre précisément parce qu'ils se mentent mutuellement avec un aplomb monumental)... c'est peut-être pour ça aussi que ce film, qui semble être la matrice de cette thématique pour le cinéaste, a souvent été qualifié par lui de film préféré.
La construction est étonnante, qui privilégie dans un premier temps un humour burlesque et bon-enfant, avant de bifurquer sérieusement, car le film est d'abord et avant tout l'histoire d'une personne atteinte de maladie mentale. La façon dont l'intrigue évolue vers la gravité sans jamais s'abstenir de travailler sur la comédie, appartient en plein à Salvadori, qui tentera d'autres expériences, allant parfois jusqu'à la méchanceté, aussi feutrée soit-elle (Hors de prix), ou une impression de tragédie (Dans la cour).
Et puis cette menteuse qui ne peut pas s'en empêcher, accompagnée de son amant petit escroc qui cherche par le mensonge à lui soutirer des millions qu'elle n'a pas, sera bientôt suivie d'autres affabulateurs, tous plus farfelus les uns que les autres, des gens pour lesquels la vie ne peut être vécue qu'avec des dissimulations, des menteries, des calembredaines, des carabistouilles, pour le meilleur et parfois aussi pour le pire. Comme un signe des temps, d'une époque troublée ou simplement vivre parait impossible?
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