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  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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5 septembre 2026 6 05 /09 /septembre /2026 14:23

Dans une zone rurale du danemark, dans les années 20, vivent deux familles à une petite distance. Dans le foryer des Borgen, le patriarche (Henrik Malberg) a trois fils: le plus vieux, Mikkel (Emil Hass Christensen) est marié et a deux filles. Son épouse Inger (Brigitte Federspiel) attend un enfant, dont le vieux Borgen aimerait que ce soit un fils... Le plus jeune, Anders (Cay Kristiansen) aimerait se marier avec la jeune voisine, Anne (Gerda Nielsen). Enfin, Johannes (Preben Lerdorff Rye), le deuxième frère, a perdu la raison, oscillant entre crises mystiques et rêve éveillé: il est persuadé d'être la réincarnation du Christ, et sermonne en permanence... De leurs côtés, les voisins les Petersen sont d'une obédience religieuse encore plus rigoriste, et le père Petersen (Ejner Federspiel), un tailleur bien installé, refuse à Anders la main de sa fille, car il estime que la famille Borgen ne sont pas assez pieux. Lors d'une entrevue entre Borgen et Anders d'un côté, et Petersen, de l'autre, inger perd les eaux, et tout va de travers...

Dreyer a souvent été amené à parler de la foi, qui est le sujet principal de deux de ses films les plus importants dans sa carrière: Jour de colère (1943) et bien sûr La passion de Jeanne d'Arc (1929). On peut sans aucun prolème ajouter, au moins, ses respectivement deuxième et troisième films, Les pages arrachées du livre de Satan (1920) et La quarième alliance de Dame Marguerite (1921), Le thème est aussi présent un peu partout, mais jamais il n'a été aussi central que dans Ordet. Le film est, et ça se voit (unité de temps oblige), adapté d'une pièce de théâtre, et il est clairement très profondément danois, à travers ces deux familles danoises, et leur foi marquée par chaque jour qui passe, chaque décision à prendre... Même Johannes, dont on aurait pu penser que le délire mystique puisse être une caricature, est devenu ainsi parce que son père l'a poussé à lire pour développer son intelligence... Il voulait en faire un pasteur.

On verra, d'ailleurs, un pasteur, ainsi qu'un médecin lors des scènes de l'avant-dernier acte, lors de la fatale maternité d'Inger. Ils sont des satellites de la maison, etsemblent amis même si ils sont concurrents: quand dans un premier temps la situation d'Inger (elle fait une fausse couche) s'améliore, ils revendiquent l'un et l'autre la responsabilité du miracle. Pourtant ils sont amis... Et cette civilité ne quitte presque jamais la communauté: quand ils vont négocier auprès de Petersen pour organiser le mariage des deux jeunes, le refus du tailleur de marier sa fille s'effectue sans trop de déballage d'agressivité... C'est que le fond du film est ailleurs... Surtout enytre Johannes, et sa petite nièce, la deuxième des filles de Mikkel: son oncle lui annonce que sa mère va mourir, et que lui seul peut la sauver, soit en l'accompagnant au Royaume des Cieux, soit en la ressucitant. Mais, lui dit-elle, il ne peut pas le faire car personne ne croit en sa capacité. Elle va donc, en toute innocence, lui demander officiellement, de sauver sa mère, dans une scène hallucinante.

Le style de Dreyer, qui s'est considérablement allégé depuis les années 20, se base ici sur le théâtre. Je parlais de la source tout à l'heure et du fait que le metteur en scène a respecté l'unité de temps... mais les prises de vue ont énormément reposé sur la présence de la caméra au milieu des acteurs, qui jouent la scène sans interruption ou presque. Dire que c'est austère est bien en dessous de la vérité, mais c'est l'une des forces du film que de rester avec rigueur dans la situation que Dreyer a choisi, pour donner de la vérité aux personnages, donnant ainsi à la dernière scène une force peu commune...

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Published by François Massarelli - dans Carl Theodor Dreyer