Avant-dernier film de Michael powell (Le dernier, The boy who turned yellow, étant un moyen métrage commandé par la télévision, prétexte à des retrouvailles entre Powell et Pressburger), Age of consent a été tourné en Australie, sur la grande barrière de corail pour l'essentiel, et est un bien étrange testament... Pas très bien reçu à l'époque, il faisait partie des films réalisés en exil par Powell, suite au scandale retentissant de Peeping Tom. C'est sans aucune hésitation le meilleur des deux films Australiens, l'autre They're a weird mob étant au mieux un travelogue culturel déguisé en fiction, l'histoire anecdotique d'un immigrant Italien découvrant l'Australie après y avoir émigré, et butant sur chaque subitilité de langage à connotation folklorique. C'était principalement un prétexte à encourager l'immigration pour l'Australie (Qui à l'époque stipulait n'accepter que les blancs, par une loi hallucinante). Avec Age of consent, Michael Powell semble à la fois réaliser un film de vacances, et reprendre le fil de ses obsessions, sans parler du fait qu'à bien des égards, le film reste un brin autobiographique...
Brad Morahan (James Mason), un peintre Australien reconnu, a perdu la foi dans son travail, et souhaite retourner à l'inspiration en s'isolant dans une petite île située sur la Grande barrière de corail. Il s'instale donc seul avec son chien dans une cabane isolée, et fait vite la connaissance de Cora (Helen Mirren), une jeune fille sauvage, qui vit à l'écart du monde, seule avec sa grand-mère, une alcoolique tyrannique qui la martyrise. La jeune femme, qui souhaite économiser de l'argent pour échapper à sa condition, devient bien vite son modèle.
On ne peut pas passer sous silence les défauts du film, qui fait par endroits très amateur: montage brutal, synchronisation erratique, vide soudain dans la narration, digressions mal fichues, et une atmosphère comique inattendue, qui surprit même Powell lui-même à la vision du film achevé! En cause pour ce dernier aspect, le personnage révoltant de Nat Kelly, joué par Jack MCGowran, dont les tribulations renvoient par moment à du Fellini (Son viol par la vieille fille restée trop longtemps seule sur l'île, notamment). De même, le personnage de Mason est parfois presque retiré de l'histoire, comme si la simplicité de ses motivations le rendait presqu'accessoire: s'isoler, peindre, peindre Cora, aider Cora, admettre qu'il aime, fin...
Pourtant, le film fonctionne au moins sur deux points: la fascination de Powell pour cette intrusion de l'homme dans la nature, qui n'a rien d'harmonieux, en dépit des soupirs de satisfaction de Brad qui boit de l'alcool sur la plage au soir, permet de jolis motifs picturaux qui échappent au touristique: tous les plans en effet montrent une invasion par les bribes de la civilisation d'une part (Le sac en skai rose de Cora, qui jure avec le vert de l'herbe à côté de la cachette de son magot, ou encore les ordures que Morahan enterre derrière sa cabane), et l'inverse d'autre part: ainsi Helen Mirren sauvageonne est-elle constamment sale, mais d'une saleté provenant de la terre, de la mer, et de son constant rapport à la nature, elle qui y vit en permanence... Mais ne nous y trompons pas: pas plus que la "Renarde' de Gone to earth n'aspire fondamentalement à disparaitre dans un trou à la fin du film, Cora n'est une "enfant sauvage": elle utilise les ressources naturelles comme un moyen de s'échapper, en vendant les produits de sa pêche, et en détournant l'argent qui devrait revenir à sa grand-mère. Le rapport avec cette dernière va aller très loin dans la violence, au passage...
Et puis, bien sur, il y a la sensualité affichée de Mirren, en Cora, qui explose dès ses premières apparitions, le plus souvent vétue d'une seule robe qui ressemble plus à un T-shirt allongé, et bien sur qui se laisse déshabiller par le peintre sans montrer trop de résistance. Elle l'anticipe d'ailleurs dans une scène au cours de laquelle elle observe son corps nu dans un miroir, lointain écho de la danse sensuelle de Jean Simmons dans Black Narcissus... De Brad Morahan, peintre fictif, ou Michael Powell, authentique cinéaste, lequel est le plus coupable d'avoir déshabillé l'actrice? On peut se poser la question, tant il est clair qu'il met en scène la nudité de la jeune femme. La lente réalisation de la sensualité, qui coïncide chez lui à un retour de l'inspiration, est un reflet chez le peintre de l'impression de liberté vis-à-vis de l'érotisme ressentie par le cinéaste lui-même, qui rappelons-le a fui le cinéma Anglais après avoir subi des critiques sur sa moralité à cause de Peeping tom... De toute façon, le titre annonce la couleur, Age of consent étant la traduction de la notion de maturité sexuelle légale, allusion à l'inévitable idylle sensuelle entre le peintre et son modèle.
Quoi qu'il en soit, avec ses gros défauts et ses vraies qualités, Age of consent est un peu le point final du cinéma de Powell, qui ajoute un nouveau porttrait d'artiste jusqu'au boutiste à coté de Lermontov, de The red shoes, et qui se laisse aller à opposer à l'artiste fatigué toute la sensualité de la jeunesse...