Ce film n'est pas, loin s'en faut, un classique. Pas même un grand film de Stone... Mais il vaut beaucoup mieux que sa désastreuse réputation. Pour commencer, admettons: Colin Farrell est nullissime, mais ce n'est pas nouveau. Angelina Jolie trouve ici à mon avis le pire rôle de sa carrière, surjouant les sorcières post-shakespeariennes avec un accent à se tordre de rire. Stone en a fait la principale méchante de la tragédie, spéculant comme il en a l'habitude sur les non-dits de l'histoire... il s'attache donc (Dans la version courte initiale sortie en salles en 2004) à dresser un portrait chronologique d'Alexandre le Grand, imaginant Ptolémée dictant ses mémoires pour donner un fil conducteur. Par ailleurs, la version longue (Alexander revisited) complète avantageusement le film, en explorant des voies plus complexes du personnage, et en bouleversant la chronologie au fil des tourments intérieurs du personnage principal, doté il est vrai d'une ascendance handicapante: un père assoiffé de conquêtes, et une mère pas reconnue par la population (Elle est "barbare", soit non Grecque) qui a malgré tout soif de pouvoir: autant, sinon plus que son mari. /http%3A%2F%2F2.bp.blogspot.com%2F-2dGMXPxRaYo%2FUCOyaqjrcfI%2FAAAAAAAAUlY%2FqCv4UsxVzJU%2Fs640%2F2004_alexander_005.jpg)
Mais Stone a aussi eu à coeur de donner à voir un personnage qui a échappé à l'art: pas de pièces classiques sur Alexandre le grand (Contre tant d'oeuvres consacrées à César, par exemple), peu de films. Sa biographie "d'époque", par Ptolémée, qui a combattu à ses côtés, a disparu avec la bibliothèque d'Alexandrie. Donc le film s'attache à sonder la grandeur de l'Alexandre en question, et trouve un terreau intéressant dans l'humanisme très particulier de Stone lui-même: son Alexandre est un visionnaire, un grand homme qui mourra incompris par des minus à la vision trop courte... Mouais. Disons que si on situe le film en Asie mineure à l'heure ou les GIs de tonton Bush tirent dans tous les barbus qu'ils croisent en parlant de guerre sainte, on voit que ce qui a motivé Oliver Stone, c'est surtout de rappeler à l'homme qu'il y a des génies visionnaires d'un coté, et de l'autre, les néandertaliens que nous sommes. Tout de suite, ça devient plus intéressant, non? Et sa version longue, complexe, avec du souffle à revendre, un enchaînement moins chronologique, devient une réflexion sur les aléas du pouvoir.
Et puis, à l'époque de la sortie d'un Troy à hurler de rire, gonflé à la testostérone, Stone ne cache heureusement pas la bisexualité triomphante de son Alexandre, tellement plus authentique que le Brad Pitt ridicule en Achille body-buildé (Et strictement hétéro, la bonne blague!) du film Teuton mentionné plus haut. Complexe, tourmenté, Alexandre est un personnage beaucoup plus intéressant que son bête surnom historique, tellement passe-partout, suggère.
...Mais Colin Farrell, aïe aïe aïe! Et cette perruque!