Arabesque fait suite à Charade, à tous points de vue: c'est presqu'un complément, une sorte de Best of Hitchcock, volume II, avec de forts relents de North by northwest... Mais là ou Hitchcock, y compris dans ce magnum opus de détente, s'évertuait avec génie à cacher la forme derrière une impressionnante élégance narrative classique, Donen, plus encore que dans Charade, s'amuse ouvertement avec les codes du langage cinématographique. Le film mérite doublement son titre; intrigue réjouissante quoique totalement recyclée qui touche à une histoire d'espionnage dans un pays Arabe fictif (Et jamais nommé) d'un côté, et formes géométriques conjuguées à un sens diabolique de la composition de l'autre: n'oublions pas que Donen vient de la comédie musicale, et est depuis toujours un pousseur de bouchon dans le domaine de la forme, de la couleur, et du rythme cinématographique. C'est aussi, en ces années 60, un ami de la transgression, comme en témoigne cette scène limite durant laquelle le héros est coincé dans une douche, ou Sophia Loren nue cherche à attraper un savon.
Le petit monde d'Hitchcock, débarrassé de ses phobies, obsessions morbides, et autres dimensiosn morales, lui
sied bien: Cette histoire dans laquelle Gregory Peck, en professeur poussiéreux d'Oxford, est amené à traduire un document MacGuffin pour le compte de plusieurs groupes à la fois, et qui
rencontre sur son chemin une femme fatale qui couche à tous les rateliers, incarnée par Sophia Loren, est du fun pur, mis en générique par Maurice Binder, en musique par Henry Mancini... A
l'heure ou Hitchcock allait s'embourber dans Topaz, c'est après tout une bonne occasion de se rattrapper. Et tant pis si la redite de Charade (Avec Sophia Loren
en espionne à géométrie variable, au lieu de Cary Grant) se voit quand même comme le nez au milieu de la figure.