Les deux premiers efforts du réalisateur sont peut-être un reflet fidèle des années de défoulement qui ont suivi l'effondrement du fascisme en Espagne, ils sont quand même des films de potache. Avec son troisième long métrage, Almodovar prend enfin le cinéma au sérieux, tout en poursuivant ses provocations. On peut voir dans ce film qui nous conte l'arrivée d'une héroïnomane en fuite dans une communauté de soeurs déjantées le futur gout pour le mélodrame, et un talent particulier pour sublimer le baroque...
Après le décès par overdose de son petit ami, la danseuse
Yolanda bel se cache dans le couvent des "rédemptrices humiliées", un ordre religieux assez pittoresque: toutes les soeurs y portent des noms humiliants, et sont toutes affligées de perversions
assez voyantes ou d'excentricité galopante. Le séjour de Yolanda va être l'occasion pour Almodovar de laisser libre cours à l'étalage d'un bestiaire grotesque digne de Luis Bunuel (A commencer
par le tigre qui hante les lieux sans beaucoup d'explication, et qui sert d'enfant de substitution à la soeur interprétée par Carmen Maura...), et d'une série de vignettes qui ne cherchent pas à
discréditer l'église, mais à la représenter daans toute sa monstruosité. Le film est le premier du réalisateur à soigner son cadre, et en dépit d'un script assez erratique, à créer une tension
mélodramatique basées sur les sentiments exacerbés, et à décliner ses figures du désir, de la frustration et de l'homosexualité (La mère supérieure, de toute évidence, nourrit à l'égard de
Yolanda un amour très brûlant qui ne sera jamais payé de retour)