L'un de ses films muets de long métrage les plus méconnus (Avec For Heaven's sake, de 1926), ce Dr Jack est très éloigné du film précédent (Grandma's boy, 1922). Deux thèmes, celui de l'Amérique profonde et de sa simplicité d'une part, et le volontarisme énergique du héros d'autre part, renvoient pourtant à Grandma's boy. Mais là où il s'était composé un personnage de benêt timide et complexé par sa lâcheté, son Dr Jack (diminutif de Dr Harold Jackson) est au contraire marqué par la débrouillardise et le culot, et son intégration dans la petite communauté dont il est le médecin est parfaite.
L'intrigue proprement dite de ce film concerne une famille riche, dont la fille (Mildred Davis) est supposée malade: son père (John T. Prince) est tombé sous la coupe d'un Tartuffe, le Docteur Von Saulsbourg (Eric Mayne) qui maintient la fille et son père en état de dépendance, en interdisant à la pauvre jeune femme toute sortie, toute distraction, toute excitation, et en la bourrant de médicaments inutiles... L'avocat de la famille, Jamison (C. Norman Hammond); qui a vu dans le petit village de sa mère les miracles accomplis par le docteur Jackson, dont le principal outil reste l'humanité, essaye de persuader la famille d'utiliser les ressources de ce dernier...
L'opposition entre Lloyd et Saulsbourg, ou entre le petit village tranquille et la grande ville ou habitent cette famille riche, c'est bien sûr l'inévitable conflit entre le bon sens simple et rural, et la corruption et l'appât du gain, symbolisés par cet affreux profiteur barbu qui vit au crochet de Mildred et de son père. Lloyd incarne en Dr Jack un personnage moins comique, dont l'énergie phénoménale est entièrement mise au service du bien-être de ses contemporains. Il est doté d'un romantisme particulier, il est médecin, fait parfois face à la simulation (un enfant qui fait semblant d'être malade) mais n'hésite pas à avoir recours aussi souvent que possible au stratagème (Pour renvoyer l'enfant à l'école, pour arrêter une partie de poker qui risque de coûter les yeux de la tête à une famille, et bien sûr pour prouver la duplicité du Dr Von Saulsbourg...). Il est attachant, excessivement sympathique, et pour une fois parfaitement installé; le seul vrai enjeu reste amoureux, c'est la raison pour laquelle le film, tout en étant très soigné (On a l'impression que Lloyd ne savait pas bâcler un film...) fait quand même un peu pâle figure aux cotés de son illustre sucesseur, Safety last...
Mais comme d'habitude, on sent que le film a été riche en rebondissements dans sa confection même. Tout au long de ces cinq bobines, c'est une construction riche et complexe qui se met en place, depuis l'exposition qui fait la part belle à la maison de la famille de Mildred, avant même de présenter le village et son docteur. Toute cette partie pastorale est fascinante, puisque l'équipe réussit à enchaîner gag sur gag sans jamais se moquer du bon docteur (une poursuite contre la mort est même présentée au début, avec Lloyd en voiture, moto, vélo sans chaîne et finalement à pieds, pour découvrir qu'il n'y avait rien de grave), et une fois le branchement effectué entre les deux groupes de personnages, tout mène à une séquence délirante de fausse chasse à l'homme dans une maison, destinée à redonner de la joie de vivre à Mildred. Lloyd y déploie toute son impressionnante énergie, et même si c'est un peu long, On y prend bien du plaisir.