Sur l'île de Hirta, les habitants s'interrogent: faut-il partir, pour échapper à une misère qui rend toute vie autarcique impossible sur ce rocher éloigné des côtes nord de l'Ecosse, ou faut-il coûte que coûte rester afin de maintenir les traditions ancestrales vivantes? Lors d'une confrontation entre ces deux options, représentées par deux amis, un drame va se jouer qui va être le signe avant-coureur d'un exil forcé.
Avec le soutien du producteur Américain Joe Rock, Michael Powell quitte avec ce film étonnant le cadre dans lequel il évoluait depuis le début des années 30, celui des "Quota quickies", des films vite faits pour remplir les quotas de film Britanniques projetés dans les cinémas du Royaume-Uni. S'il est indéniable que nombreux d'entre eux, films policiers ou d'aventures pour la plupart, sont réellement intéressants, il est assez symptomatique que le réalisateur considérait ce film comme une sorte d'acte de naissance: d'une part, il est magnifique, et d'autre part, c'est déja du très grand Michael Powell, qui prend un genre, ici le "faux documentaire" noble, sous influence de Flaherty (Un genre qui a toujours reçu en Grande-Bretagne les bonnes grâces de la critique, qui vouaient le plus souvent Hitchcock à l'enfer...), pour en faire tout autre chose, une sorte de requiem pour une civilisation disparue, ou pas très bien portante, celle des habitants des îles Hébrides.
Inspiré par l'évacuation des derniers habitants d'une île Ecossaise, St-Kilda, Powell se rend sur place, et avec le soutien de la population locale, accomplit un film qui montre les derniers jours de présence humaine sur une île condamnée à l'extinction. Powell, qui retournera en Ecosse quelques années après (I know where I'm going) , réussit avec ce film une oeuvre troublante, dans laquelle l'équilibre entre la fiction (Ces acteurs, Nial McGinnis, John Laurie et Finlay Currie, allaient tous revenir dans au moins un de ses films) et le naturalisme documentaire est complété par le lyrisme des plans de paysages: ces falaises dans la brume... Comme Michael Powell sait déjà ce qu'il veut faire, et qu'il se refuse à la facilité, il fait du seul "méchant" de l'histoire, le trop rigoriste John Laurie en traditionaliste aveugle et ombrageux, un homme motivé par des valeurs qui le dépassent, prêt contre toute attente à s'ouvrir le moment venu, et à montrer une richesse de coeur inattendue. Et puis, Powell s'est symboliquement mis en scène en touriste riche qui fait escale en compagnie d'un des protagonistes du film, et entend ensuite celui-ci raconter la tragédie, qui de fait prend d'emblée une dimension bien plus mythique que naturaliste... Un grand film, riche en possibilités complètement nouvelles, aussi bien du reste pour le cinéma Britannique que pour l'ensemble du septième art.