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5 septembre 2011 1 05 /09 /septembre /2011 17:07

Voici un film charnière dans la carrière d'Almodovar. Non seulement il va lui apporter enfin un succès international conséquent, et amplement mérité, non seulement ce film est la preuve que le raffinement et le soin apporté à ses scénarios ont permis au cinéaste de dépasser sa tendance au clinquant et à la provocation, sans pour autant perdre son humour, mais surtout ce film va consacrer une bonne fois pour toutes Almodovar comme un cinéaste de la femme: Ce film se concentre sur les affres d'un certain nombre de femmes, liées entre elles par un homme (Ivan), et d'autres billevesées, et passe avec une certaine dextérité du mélodrame, dans la droite lignée du film précédent La loi du désir, à la comédie de boulevard. une large portion du film se passe en effet dans un appartement, celui de l'héroïne Pepa (Carmen Maura), chez laquelle tous les protagonistes ou presque semblent s'être donnés rendez-vous; il décline les figures de la rupture, de la tromperie, du désespoir, avec une verve comique étourdissante, sans oublier d'ajouter... du gaspacho.

Pepa, une jeune actrice dont l'essentiel du travail est consacré au doublage et à la publicité, a une liaison avec son partenaire Ivan (Fernando Guillien); mais celui-ci la quitte pour une autre sans le lui dire. Au bout du rouleau, elle souhaite lui avouer qu'elle est enceinte, mais les choses vont se précipiter lorsque son amie Candela (Maria Barranco) vient se cacher de la police après avoir hébergé son petit ami terroriste, que le fils d'Ivan, Carlos (Antonio Banderas), vient par coïncidence visiter son appartement qu'elle envisage de sous-louer, en compagnie de sa petite amie Marisa (Rossy De Palma), et que l'épouse légitime d'Ivan, Lucia (Julietta Serrano), vient pour chercher querelle. il faut dire qu'elle sort d'un long séjour en hôpital psychiatrique, suite à sa rupture avec son mari... Voilà, j'ai tenté un résumé, c'est sans doute très insatisfaisant...

Le lien avec l'oeuvre déjà existante d'Almodovar tient en une série de motifs et d'anecdotes: les premières séances reprennent l'idée de la loi du désir, de faire vivre une partie du quotidien des protagonistes par le biais de séances de doublage; mais ici, le doublage d'un film (Johnny Guitar, de Nicholas Ray) est effectué en différé, par les deux acteurs séparément; une façon comme une autre d'indiquer la fin d'une histoire d'amour. Sinon, le mélange entre pathos et comédie, mélodrame et modernité (D'ailleurs relayé par le générique qui fait la part belle à l'imagerie de la mode féminine des premières années 60), renvoie à l'art du mixage façon Almodovar, qui n'a jamais été aussi fin qu'ici. Il y a aussi, comme dans Pepi, Luci, Bom et les autres filles du quartier, une fausse publicité trash, avec Carmen Maura en mère de meurtrier, qui utilise la lessive ecce Omo pour nettoyer le sang et les viscères de ses chemises... Le lien entre les deux films est un renseignement intéressant, comme si Almodovar souhaitait signaler le début d'une renaissance personnelle, en revenant à son premier film. Symptomatiquement, le court métrage qui accompagne Etreintes brisées revient d'ailleurs à ce film-ci, et à son gaspacho plombé.

Mais l'un de ces motifs sert aussi le film lui-même, en introduisant la voix: c'est elle qui semble être le principal élément de séduction d'Ivan; Lucia revient à la raison en entendant la voix de son mari qui a doublé un film, c'est en effectuant des doublages que Ivan et Pepa ont commencé leur aventure, et Pepa reste dépendante du téléphone, l'instrument qui lui permet de communiquer avec Ivan; Mais Almodovar sait aussi donner dans la joie de la comédie, avec le fameux gaspacho, qui sert de fil rouge, truffé de somnifères, qui auront raison d'à peu près tous les personnages. La galerie de portraits déjantés autour de Pepa sert largement la comédie, mais l'argument principal, celui de Pepa et de la fin de sa liaison, reste un solide élément dramatique, propre à toutes les flamboyances du mélo; que ce soit Carmen Maura qui en soit chargée reste une excellente idée, elle sait y faire. Mais le film offre une véritable renaissance à la jeune héroïne, qui a quasiment détruit son appartement, et qui par sa confrontation avec Lucia, décidément folle, va trouver une sérénité inattendue. La fin d'ailleurs illustre sans ambiguïté l'idée que la vie serait sans doute meilleure sans les hommes, avec Rossy de Palma et Carmen Maura en conversation sur une jolie terrasse, tranquilles. Elles ont, l'une et l'autre, avancé...

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar