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7 janvier 2012 6 07 /01 /janvier /2012 18:58

Profitons de ce film, le premier vrai long métrage de Harold Lloyd (5 bobines) pour son patron Hal Roach, pour établir un fait: l'auteur, c'est Harold Lloyd, comme l'auteur de films de Chaplin est Charles chaplin lui--même, comme Keaton ou comme Stan Laurel; dans le cas de ce dernier, la comparaison a évidemment d'autant plus de sens que Laurel était lui aussi une vedette de l'écurie Roach (Entre 1926 et 1940), mais aussi et surtout que pas plus que Lloyd il n'a jamais signé un de ses films en tant que metteur en scène... Mais après des années à tourner des films en vedette, Lloyd savait ce qu'il voulait, il était le patron sur le plateau, et que ses films aient été tournés par Fred Newmeyer, Sam taylor, Ted Wilde ou Lewis Milestone, le style ne différait en rien d'un long métrage à l'autre.

 

Après un galop d'essai en forme de comédie allongée (A sailor made man), ce qui frappe avec ce nouveau film, c'est sa cohérence: il a été clairement conçu pour la longueur, et le développeent des personnages s'accompagne d'ue exposition très claire de tout un univers, agrémentée d'un flash-back. Ce sont des ingrédients particulièrement rares dans la comédie, et Lloyd, comme Keaton le fera plus tard avec Our hospitality, a réalisé qu'il ne pourrait pas y avoir d'adhésion du public si le film n'était pas ancré dans une certaine tangibilité au-delà du burlesque. Avec Grandma's boy, comédie tendre sur un adolescent attardé et timide qui devient un homme, on voit arriver le comédien dans la cour des plus grands, ou il côtoie à sa façon Griffith, Henry King, John Ford et Frank Borzage. Son film est un reflet d'une Amérique éternelle, dans laquelle on croise le shérif local tous les jours, tout le monde connait tout le monde, et ça sent le foin, et parfois la naphtaline...

Harold est timide, très timide. il est aussi lâche, et laisse tout passer à coté de lui: sa fiancée, pourtant suffisamment dégourdie pour lui envoyer des messages on ne peut plus clairs, la ville entière qui n'en fait pas grand cas, son rival qui profite de la situation, et sa grand-mère qui se désespère le savent bien. Jusqu'au jour ou, alors que le jeune homme réquisitionné par Noah Young est devenu adjoint du shérif pour aider à une chasse à l'homme bien mal partie, sa grand-mère lui confie un talisman qui a aidé son grand père aussi lâche que lui à devenir un héros de la confédération en 1862... Les ailes lui poussent alors de façon spectaculaire.

Bien sur, le talisman est un stratagème: la grand mère (Anna Townsend) lui a donné en vérité la poignée d'un vieux parapluie et a inventé son histoire. Mais l'essentiel est de montrer Harold convoquer la force qui est en lui. Comme d'habitude, la progression du personnage fait le sel du film, avec des gags bien intégrés à l'ensemble, et qui ne sont jamais contre lui. On notera que si la manipulation était souvent présente dans les courts métrages, c'est la première fois qu'elle est effectuée à son insu, mais pour son bénéfice; par ailleurs, avec ce film, Lloyd s'invente bel et bien un deuxième personnage, par opposition à ce gandin trop sur de lui qui n'avait aucune émotion dans A sailor made man, ou par opposition à l'arriviste prêt à tout pour assumer son rêve Américain dans Safety last. Mais ce type de peinture tendre de l'Amérique rurale reviendra, dans Girl shy (1924), mais surtout dans le très beau The Kid brother de 1927. En attendant, il montre ici une valeur essentielle parmi celles qu'il partage, très Américaine, une glorification simple du vrai courage. Ca n'est pas révolutionnaire, mais c'est l'un des thèmes qui vont revenir de film en film. Par ailleurs, le soin apporté aux décors du village, et l'intégration d'un flash-back sur la guerre de sécession, finissent de faire du film une plaidoyer intemporel.

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Published by François Massarelli - dans Harold Lloyd Muet 1922 Comédie *