Hamlet est une promenade désespérée dans la tête de quelqu'un qui est obsédé par la mort, d'où le fameux cliché (qui n'a pas échappé à la verve d'Alexis et Gotlib!) de représenter Hamlet penché sur un crane, débitant le plus fameux monologue de l'histoire du théâtre...
Branagh évite cette image-cliché, ou du moins la recompose en deux temps, choisissant pour son monologue une luxueuse galerie des glaces, l'un des décors les plus utilisés de son chateau d'Elseneur, et gardant à la fameuse scène du crâne son allure de douche froide poétique, qui passe de la comédie de caractère à la tragédie. Pour le reste, il rend amplement justice à la pièce la plus longue et énorme de Shakespeare, donne à voir cette somme de l'art Shakespearien comme si c'était la somme de son propre cinéma. Il y a un peu de transgression, dans le cadre transporté dans un hypothétique 19e siècle, comme c'était déjà la cas pour son Much ado about nothing; il rend aussi justice à l'humanisme Shakespearien en donnant des rôles et offrant de la figuration à des gens d'origines diverses et multicolores, sans aucune mise en contexte tout comme Much ado about nothing qui proposait déja ce mélange.
Le seul défaut de ce film qui reprend donc enfin toute la pièce est d'avoir été resserré au montage, et certaines scènes en souffrent un peu (les fondus enchainés y trahissent une volonté de gagner du temps), même si la fabuleuse énergie et la fougue du metteur en scène et de ses interprètes y trouvent finalement un prolongement dans ce montage étourdissant... De penser que Hamlet, finalement, n'a été adapté au cinéma qu'une seule fois in extenso, ça fait réfléchir sur le fait que toutes les barrières n'ont pas encore été franchies dans le septième art. Cette promenade avec la mort est autant un bel écrin pour l'art Shakespearien un brin actualisé de Branagh, que l'accomplissement respectueux d'une excellente adaptation, un film de 242 minutes qui se voit tout seul, sans qu'on puisse décrocher.
On ne va pas résumer Hamlet, mais disons simplement que Shakespeare y entremêle tout ce qui fait son oeuvre, des rapports entre folie et pouvoir, entre crime et pouvoir, entre pouvoir et folie, à la manipulation et au déguisement, de la place des ancêtres dans la psyché d'un être humain, à leur incapacité à partir proprement de ce bas monde... Le principal thème reste bien sur la folie, véritable fil conducteur de cet impressionnant jeu de massacre.
Et en dépit des stars convoquées, qui font un petit tour et puis s'en vont (La encore, une petite manie de Branagh, qui avait déja fait le coup pour Much ado about nothing), on est chez Shakespeare, pas ailleurs, pour un film qui rend hommage à sa pièce la plus longue, et peut être la plus importante, celle qui est un résumé de l'oeuvre. Magistral, et tant pis pour les grincheux.
