Non, décidément, cette période Warner n'est pas vraiment le moment le plus important de la carrière de Borzage... Pourtant, ce film taillé à l'origine comme un véhicule pour les
deux stars maison (Kay Francis et George Brent), qui ont tous deux tourné avec tous les metteurs en scène Warner, Curtiz en tête, avait beaucoup d'ingrédients pour se transformer en un film
propice à inspirer le réalisateur, et on retrouve sa touche sur de nombreux aspects du scénario, et du film. Mais il est insatisfaisant sur trop de points pour qu'on se risque à comparer plus
avant. Et pour commencer, il me semble que le film souffre d'être conçu en plein au moment ou le code de production se raidissait, d'ou l'impression d'une oeuvre aseptisée, par rapport aux
films pré-code du réalisateur, qui étaient libres, Man's castle en tête. Ainsi, ici, a-t-on de nouveau deux amoureux dont la passion emporte tout, mais qui vont sagement
dans une vraie église, avant de se retrouver dans un boui-boui... en fait, une petite maison cossue, avec deux lits bien sagement séparés d'un mêtre.
Ensuite, le scénario souffre d'un problème grave: il est vide... pas d'enjeu ici, juste un constat: Terry Parker, qui a perdu sa
famille dans un accident (dont il est la cause, mais cela n'est jamais souligné), dont il est sorti miraculeusement indemne, a désormais l'impression d'être dans une sorte de purgatoire, et
désire profiter de la vie ("Vivre sur du velours") en se livrant à tous les caprices... jusqu'au jour ou il rencontre Amy, qui l'aime aussi. Puis ils se marient, puis font semblant de se
chamailler... et on cherche cruellement un antagoniste, un vrai: oh, bien sur, le meilleur copain (Gibraltar, joué par Warren William) est l'ancien fiancé éconduit... mais comme son nom
l'indique, il va être le trait d'union entre les deux amants, et va leur donner sa bénédiction , ainsi que de
l'argent par un stratagème. Alors le seul antagoniste réel, c'est la passion pour le danger
de Terry, mais même ce point n'est développé que tardivement.
Alors bien sur, Borzage réussit, ça et là, à s'imposer: il nous montre le coup de foudre, de façon frontale, sans tergiverser (Il n'en a pas le temps, le film fait 77 minutes); il nous ressort le schéma de Cendrillon, avec la marraine-bonne fée jouée par le personnage de Warren William; il montre que les deux amants n'ont pas de temps à perdre, et doivent se marier sans attendre; ils les montre, avant le mariage, partageant une étrange intimité, avec Kay Francis qui attend sagement dans la salle de bain, pendant que George Brent prend sa douche, et les montre heureux en amour jusqu'à ce qu'un soudain afflux d'argent vienne tout gâcher. Mais tout ça n'est pas suffisant, on peine à suivre ces personnages sensés incarner une certaine marge, mais qui sont bien souvent invités à des soirées et des cocktails... L'irruption d'un miracle, à deux reprises (Au début et à la fin), dans le film, n'y fait pas grand chose: bien que franchement supérieur à son prédecesseur Flirtation walk, le film laisse peu de chances à Borzage de s'imposer.