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C'est curieux comme certains tournages, certes pharaoniques, finissent par donner des films maudits, à la réputation ternie à tout jamais: on pense à Cleopatra, qualifié un peu partout de désastre, en particulier par ceux qui ne l'ont pas vu, ou qui en ont un vague souvenir, et puis il y a ce film. J'avoue d'entrée que la meilleure version de cette histoire reste le film MGM de 1935, réalisé par un Frank Lloyd en grande forme (il avait ses moments d'égarement, lui aussi), avec Clark Gable en Fletcher Christian, et surtout l'immense Charles Laughton en Capitaine Bligh. Le parti-pris romantique, assimilable à la guerre d'indépendance, avec Bligh en représentant de l'Angleterre et les principaux mutins interprétés par des Américains (Gable, mais aussi Franchot Tone), faisait de la mutinerie un idéal, et de la fuite à Pitcairn une sorte de nouveau Mayflower... Rien de tout ça avec ce Bounty tragique.
Si on veut analyser les raisons du désamour total vis-à-vis de ce film, on peut accuser la longueur (185 mn actuellement, dont 15 de prologue, entr'acte, et intermède musicaux, mais une version antérieure ajoutait un prologue et un épilogue qui devaient porter la durée à 192 mn), le fait que Milestone soit en bout de course, et manque parfois singulièrement d'imagination; les discussions entre les marins sensées clarifier l'histoire finissent par irriter, avec leur didactisme lourd; Le fait enfin que l'intermède Tahitien soit parfois trop long.
Pour le reste, le film trahit moins l'histoire que l'autre, avec un Christian-Brando qui ne profite jamais de sa décision de révolte, trop marqué par son propre acte de trahison. On est assez près de l'histoire, dans laquelle les mutins ont effectivement massacré les gens qu'ils avaient ramené de Tahiti avant de s'entre-tuer. La fin possède une certaine beauté ironique, bien dans l'air du temps (Cleopatra, Lawrence of Arabia).
Bon, franchement, si ce n'est pas le meilleur, on peut quand même y trouver d'excellents moments, et même, mais oui, des traits d'humour. Bligh, interprété par Trevor Howard gagne une humanité ambigue, mais l'acteur sait y faire pour rendre le personnage odieux. Je suis plus réservé avec le personnage de Brando, dont la transformation m'apparaît trop rapide, même si l'acteur a fait des efforts, notamment avec son accent Anglais (Contrairement à Gable!!). Et puis il y a le format (Le même ratio que le Ben-Hur de Wyler, si je ne m'abuse) propice à de superbes plans de navigation: le film a au moins un certain souffle, après tout! Et la principale vertu de ce filmouth, c'est qu'il promet du dépaysement, avec de l'eau salée et des cocotiers!