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16 août 2011 2 16 /08 /août /2011 09:03

Parfaite synthèse de l'oeuvre de Michael Mann, ce Public enemies est un film prenant et à la rigueur diabolique; on ne s'en étonnera pas... Johnny Depp y est John Dillinger, ce bandit né en 1903 et mort en 1934, exécuté par le FBI au sortir d'un cinéma qui projetait Manhatttan Melodrama de Woody Van Dyke (Dont le titre Français, ça ne s'invente pas, était L'ennemi public n°1...); On suit la cavale du braqueur de banques depuis une évasion spectaculaire orchestrée de l'extérieur par Dillinger jusqu'à la fatidique nuit de 1934, ou comment le cinéma renvoie la balle à la légende en mettant en scène la légendaire séance de cinéma, citant abondamment le film et montrant même les réactions faciales de Dillinger à toutes les répliques de Clark Gable, son quasi double dans le film qui est projeté... On y voit aussi, sans doute un brin gonflée à des fins de romantisme (Ce dont on ne se plaindra pas) la dernière romance de Dillinger, avec une chanteuse interprétée par Marion Cotillard, Mary Evelyn Frechette, dite Billie. Le film ne serait pas complet, on connait Michael Mann, sans une incursion chez l'ennemi, et on assiste à la mise en place de nouvelles méthodes du jeune "Bureau d'investigation" mené par Hoover (Billy Crudup), et incarné par Melvin Purvis (Christian Bale), l'homme qui a consacré toute cette période à Dillinger, et qui a dirigé l'assaut final.

Chez Michael Mann, la morale est omniprésente, pas celle qui nous gouverne tous, et qui d'ailleurs n'existe pas, non: celle qui est intrinsèque, propre à chaque histoire: la morale derrière les pérégrinations d'un chauffeur de taxi récalcitrant véhiculant un tueur (Collateral), la morale en crise de deux flics entre deux chaises (Miami Vice), ou les questions morales liées à des méthodes condamnables, dans les cas de deux films: Heat et The insider: on y voyait Al Pacino en flic douteux, puis en journaliste qui sacrifie un homme à une cause, aussi défendable soit-elle. Et Mann n'a pas son pareil pour filmer avec un scalpel, au plus près du coeur. Pas de surprise ici, on suit autant Dillinger, interprété avec génie par Depp, et Purvis dans sa croisade, commanditée par Hoover qui souhaite imposer sa vision de l'ordre et développer le FBI, alors en danger face au protectionnisme de tous les états en matière de sécurité. C'est parce que les états sont indépendants les uns des autres et parce que la corruption est à son comble que des gens comme Dillinger ont pu non seulement prospérer, mais aussi devenir des héros légendaires, comme le montre si bien le film. La solution apportée par Hoover était de n'engager que des gens acharnés à faire régner la justice, incorruptibles, de faire sauter cette limite des états en créant une agence fédérale (le F n'est jamais prononcé dans le film, c'est toujours 'Bureau of investigation'... Tout un symbole) et de laisser libre cours à toutes les méthodes en matière de justice, comme le prouve d'une part une scène qui voit Hoover citer Mussolini en exemple, et d'autre part un interrogatoire de Billie Frechette très musclé (Alors qu'elle n'était qu'un pion par rapport à l'investigation en cours). En prenant le parti de montrer un Dillinger certes porté sur la violence et l'illégalité mais également mu par une certaine morale, justement, Mann a également mis l'accent sur le fait qu'en 1933, 1934, aux Etats-Unis, la lutte contre la criminalité n'a pas hésité à recourir à des méthodes fascistes, telle cette hallucinante exécution en pleine rue. L'époque...

On est dans un film à thèse: l'idée défendue est que le FBI, quelle que soit sa légitimité aujourd'hui, s'est construit sur une culture fasciste du résultat, qui nous rappelle l'obsession maladive du chiffre des reconduites à la frontière érigé en réussite explicite dans notre beau pays actuel il n'y a pas si longtemps. Pour Hoover, il fallait imposer un état fort, qui ait tous les droits, afin de faire régner l'ordre et la justice. Ce portrait en creux du bonhomme est fascinant, et le film de fait n'a pas besoin de prendre parti pour Dillinger pour nous entraîner dans cette direction... On se retrouve une fois de plus, après Manhunter, Heat et The insider, devant le portrait d'une justice probablement nécessaire mais qui fait mal à l'âme. Le choix de dire, à la fin du film, que Melvin Purvis s'est suicidé (en 1960), va dans le sens d'une ambiguité qui sert finalement bien le propos du film. Tant pis si ce suicide était en réalité plutôt lié à son cancer inopérable: on voit dans le film un justicier de plus en plus marqué par le doute au fur et à mesure que la violence de la réplique à Dillinger s'intensifie... De son côté, Dillinger sait à quoi s'en tenir: une scène le voit rire lorsqu'un de ses amis blague sur le fait que la FBI veut le bandit "Dead, or dead"... Depp le montre en jusqu'au-boutiste, dans une fuite en avant dont il faut bien dire qu'elle ne manque pas de panache... Bref, le film est passionnant, et comme il allie cette rigueur du point de vue, cette excitation de défendre une cause aussi insidieuse qu'elle puisse être, à une mise en scène bouillonnante et riche en morceaux de bravoure (Des fusillades réglées avec expertise par l'auteur de Heat!!), on en redemande, de toute façon...

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Published by François Massarelli - dans Michael Mann