/image%2F0994617%2F20230718%2Fob_48696a_mcz7xlfxoonwsp48zmchnuvoxzzhrt-small.jpg)
Voici le film qui a permis au cinéma Japonais d'exister internationalement, en raflant des prix un peu partout en 1951. Kurosawa, alors illustre inconnu en Occident, venait tout juste d'entamer une longue et fascinante relation avec le moyen-âge qui allait être sa période de prédilection... Trois hommes coincés sous une ruine pendant une pluie battante s'échangent quelques points de vue sur un drame dont deux d'entre eux ont été partiellement les témoins, et la vérité se dérobe: qui a tué un homme? Et une femme a-t-elle vraiment été violée, ou était-elle consentante? Quelle était l'arme du crime, et quelle fut la part du bandit Tajomaru (Toshiro Mifune) dans le crime?
Mine de rien, ce film bouscule toutes les conventions alors en place, en montrant des images qui mentent, qui ne sont que le reflet de la subjectivité des protagionstes d'un drame, tel qu'il a été jugé. on ne verra d'ailleurs jamais les juges, puisque les témoins s'adressent directement à nous. Mais c'est un piège: deux spectateurs côte à côte de ce film n'auront pas nécessairement la même idée sur la vérité à la fin...
Voici à peu près les faits: Le bandit Tajomaru, après avoir vu la belle femme (Machiko Kyo) à cheval et accompagnée de son mari, le samouraï (Masayuki Mori), leur tend un piège, ligote l'homme et se saisit de la femme. on retrouvera ensuite le mari mort. Selon Tajomaru, qui se dit prèt à mourir, et donc prèt à avouer tous ses crimes, il a tué le samouraï au cours d'un combat singulier qui a été suggéré par la femme. Celle-ci, objet de toutes les convoitises, prétend que le bandit est parti après l'avoir violée, mais qu'elle a libéré son mari, et l'a sommé de la tuer. elle s'est ensuite évanouie, son poignard dans la main; lorsqu'elle s'est réveillée, le mari était mort. Le fantôme du mari raconte au contraire qu'il s'est tué, après que le bandit l'ait libéré, alors que la femme était partie, l'ayant tout simplement renié. une quatrième histoire vient ajouter des précisions moins héroïques à chacune des trois précédentes, contée par un des trois hommes présent sous la ruine (Takashi Shimura), et qui était caché dans le bois au moment des faits...
Aucune des histoires n'est vraie, et Kurosawa prend un malin plaisir à brouiller les cartes en ne reprenant jamais deux fois le même plan. Il s'amuse beaucoup aussi à s'autoparodier, en particulier en montrant à deux reprises les mêmes deux hommes se battre, d'abord avec héroïsme, puis n'importe comment en se prenant les pieds dans leurs épées. L'humour de l'entreprise est évident, d'autant qu'il s'exprime largement aux dépens du spectateur. Celui-ci, donc, est dans la position du juge, certes, mais à aucun moment ce n'est un avantage: débrouillez-vous, spectateur... On a beaucoup reproché à Hitchcock, la même année, d'avoir fait mentir un flashback de Stage fright, mais ce n'est rien aux cotés de la transgression effectuée par ce film. Après Rashomon, on ne peut plus dire: je l'ai vu, c'est donc un fait... mais à coté de cette transgression, Kurosawa, par le biais du personnage d'un moine au bout du rouleau, pose la question: ou est la morale? Si tout le monde ment, comment retrouver foi en l'homme? une réponse vous sera fournie dans le film.