Une vieille maison détruite par un incendie au fond d'un parc... Une voix off, et des promesses de frissons, vite mises de coté pour un prologue sur la côte d'azur... Le film commence ainsi. Alfred Hitchcock s'est embarqué pour les Etats-unis en 1939, parce qu'il savait que c'était une opportunité à ne pas manquer; le résultat de l'engagement du metteur en scène par David O. Selznick, le premier de trois films inégaux, serait donc un film plus Anglais que les vrais films Britanniques, comme si avec le metteur en scène, Selznick avait fait l'acquisition d'un petit bout d'Angleterre: Rebecca convoque un grand nombre des acteurs Anglais exilés à Hollywood, dont George Sanders ou Leo G. Carroll, qui reviendront tous chez Hitchcock. Le but du producteur, bien sur, était de capter un peu de cette atmosphère gothique propre au roman, si délicatement Britannique pour un palais Américain. C'est même réussi, à ce niveau...
Quant à Hitchcock, il a fait, selon lui, ce qu'on attendait de lui, mais il faudrait être fou pour se contenter d'en dire cela: qu'Hitchcock ne se soit pas reconnu dans le résultat final (pas plus que dans son terne dernier film Britannique, Jamaica Inn, du reste), on le comprend surtout si on sait que le metteur en scène était très jaloux de SES films.
Mais le résultat lui ressemble par bien des cotés, ne serait-ce qu'en raison de son impressionnante faculté à filmer des images inoubliables, et définitives: les errements de Joan Fontaine dans une maison trop grande pour elle, ou la silhouette inquiétant de Mrs danvers, ou enfin, bien sûr, la fameuse nuit durant laquelle le cadavre sort du placard, comme on dit, ou plutôt de l'eau, sur un fond de brume obsédante, ou enfin la façon dont la caméra filme un incendie de l'intérieur, au plus près des flammes...
Joan Fontaine joue un personnage de jeune femme qui pour se prendre en charge a du accepter de devenir la compagne, en fait le souffre-douleur d'une dame (Florence Bates) de la bonne société américaine en villégiature à Monte-Carlo. Mais la jeune femme rencontre le veuf Maxim de Winter (Laurence Olivier) , un noble Anglais connu, dont l'épouse Rebecca s'est tuée dans des circonstances tragiques un an auparavant. Les deux tombent amoureux, et rentrent en angleterre, dans la belle propriété de Manderley, mais cela va être dur pour la nouvelle Mrs De Winter: d'une part, les petits secrets liés à la mort de Rebecca ne lui sont pas tous connus; d'autre part, la gouvernante de Manderley, Madame Danvers (Judith Anderson), ne la porte pas dans son coeur... Quant à Maxim, son épouse finit par douter de son amour en raison de son comportement.
La grande demeure, sombre, aux secrets qui sortent au compte-goutte: voici à peu près le type d'idée qu'on se fait aux Etats-unis d'une atmosphère gothique. C'est à peu près ça, mais justement, je pense que pour comprendre le peu d'intérêt manifesté par hitchcock pour ce film très soigné et prenant, il faut opérer une comparaison avec Suspicion: là aussi, Hitchcock recrée l'Angleterre riche et confortable du Sud en studio aux etats-unis en faisant passer la Californie pour la Cornouailles, mais l'inquiétude nait du quotidien, de la simplicité beaucoup plus que d'un vieux manoir... Hitchcock ne goutait sans doute pas trop le formatage, aussi brillant soit-il, auquel il avait fallu se résoudre pour tourner Rebecca. Celui-ci reste, bien sûr, un bon film, qui obtint l'Oscar du meilleur film cette année-là (Joli coup pour Selznick après Gone with the wind...).
Mais Hitchcock savait sans doute qu'il faisait avec ce film une oeuvre brilante qui allait pouvoir commencer à installer son image auprès du grand public... Il n'avait pas tort. et en terme de mise en scène, il s'en donne à coeur joie, jouant à fond la carte des éclairages, délayant ses effets, collaborant adroitement avec Joan Fontaine pour obtenir l'effet escompté dans le prologue ou elle est en butte à l'insupportable emprise de Florence Bates sur elle, puis se comportant comme une petite fille éternellement en faute une fois arrivée dans un Manderley trop grand pour elle, ou les oreillers sont brodés d'un R majestueux, ridicule de prétention, alors que son nom à elle ne sera jamais prononcé dans le film. Et puis il ya Judith Anderson, géniale en un portrait de méchante sans égale, amoureuse d'un fantôme... Si on fait la somme de ses qualités et attractions, c'est quand même un sacrément bon film, non?
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