Le deuxième film muet conservé de Naruse commence avec dynamisme, en pleine rue, par les aventures de deux personnages secondaires, qui ont une petite escroquerie: l'un vole des portefeuilles, et les refile en douce à l'autre, bien habillé, et difficilement soupçonnable, qui semble n'être qu'un passant de plus. mais on passe très vite à autre chose après avoir fait la connaissance de ces deux fripouilles: ils se rendent en effet au port pour accueillir la soeur de l'un d'entre eux, la star Japonaise Tamae, qui revient au pays après 6 ans d'absences, riche. celle-ci revient en particulier pour retrouver sa fille, Shingeko, qu'elle a abandonnée avec son mari. a nouveau, Naruse change de cap, et nous amène auprès de cette dernière, qui vit avec son père, mais aussi la nouvelle épouse de celui-ci (qu'elle appelle maman) et la grand-mère: c'est le drame, la banqueroute menace, et le père de Shingeko n'a plus de ressources. La grand-mère fait un scandale, absolument pas résolue à vivre dans la pauvreté. quand son fils est amené en prison, sans doute pour y éponger des dettes, la vieille dame prend la décision d'amener la petite chez sa vraie mère, afin de retourner dans le luxe; de son coté, Masako la nouvelle épouse mène l'enquête, aidée d'un ami de la famille, afin de retrouver celle qu'elle a élevé...
Le lien du sang contre l'éducation: le combat est clair, et à l'exception du voisin un peu baroudeur, au sourire si
figé, et aux apparitions si opportunes, le drame reste circonscrit dans les rapports entre les femmes; celles-ci sont au nombre de quatre finalement, parce que Shingeko n'est pas que l'objet de
toutes les convoitises et de tous les sales coups, elle a son mot à dire, et le dit souvent : elle aime sa maman, c'est-à-dire la seule qu'elle ait jamais connue... Naruse nous maintient en
haleine dans cette lutte située du reste en dehors du droit et de la loi. Son montage, comme de juste, est d'un grand dynamisme, et il aime à donner plus de punch à ses scènes muettes en faisant
intervenir des mouvements d'appareil vers les actrices, qui soulignent soudain le drame sur les visages. les deux principales protagonistes, Masako et Kiruko-Tamae, sont différentes non seulement
par l'âge (Tamae a facilement dix ans de plus) et le style vestimentaire (Tamae revient des USA, ) Naruse les fait jouer à l'opposé, usant de la mobilité du visage de Yoshiko Okoda (Tamae) et de
la détermination froide affichée par yukiko Tsukuba (Masako). surtout, il les unit par le simple fait qu'elle veulent la même chose. C'est entre elles que tout se joue.
Des femmes unies ou opposées par des circonstances exceptionnelles, on reverra bien sur ça chez Naruse, avec moins de mélodrame, plus de réalisme, même si le réalisateur filme déjà dans ces décors urbains qui reviendront de film en film, et se feront toujours plus l'écho à la fois de la grande détresse des petites gens après la guerre, mais aussi de leur admirable capacité à survivre... Il ne fait pas vraiment son choix entre les deux femmes, mais laisse l'une d'entre elles gagner le combat pour un happy end en demi-teintes...