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Criss-cross...
Guy rencontre Bruno, Bruno rencontre Guy. Dommage pour Guy, qui s'en serait bien passé, d'autant que Bruno est TRES renseigné sur lui: le jeune tennisman en vue est de notoriété publique marié à une abominable garce, et amoureux d'une adorable jeune femme. L'idée soumise par Bruno à Guy, dans la quiétude d'un compartiment de train, c'est que chacun d'entre eux tue pour l'autre, rendant toute enquête difficile, puisque chaque meurtre aurait été accompli avec un alibi et sans mobile. A Bruno de tuer l'encombrante Miriam, à Guy de supprimer le père jugé abusif par l'excessif Bruno.
Sauf que... Guy, lui, n'a jamais pris ça au sérieux. Tant pis; confronté à un Bruno qui lui tend fièrement la paire cassée des lunettes de feu son épouse, Guy réalise dans quelle panade cette petite rencontre entre étrangers dans un train l'a mis.
Apès quelques années d'égarements (The Paradine case, 1947, pour Selznick, puis Rope, 1948, et Under capricorn, 1949 pour son propre compte) et l'arrivée à la Warner pour un contrat en bonne et due forme qui avait commencé par un petit exercice de style (Stage fright, 1950), cette adaptation de Patricia Highsmith totalement appropriée par un Hitchcock en grande forme est le retour de l'observateur moral, et des questions essentielles liées à la thématique du crime en particulier et du péché en général: le film tente de répondre entre autres à la question suivante: la culpabilité est-elle contagieuse?
Il se pose aussi un certain nombre de questions sur la responsabilité, sur le degré de tolérance du crime chez les gens qu'on aime: par exemple, la jolie Anne Morton, en voyant son petit ami pour lui annoncer la mort de sa femme, est particulièrement empressée. Est-elle caline parce qu'elle ne sait pas encore comment il va réagir à la nouvelle de l'assassinat, ou parce qu'elle se dit qu'il y a des chances qu'il l'ait lui-même commis afin de se rendre disponible pour elle? Un soupçon qui ne sera pas étayé plus avant... ni démenti fermement.
Le film est d'une rigueur et d'une noirceur rare même chez Hitchcock; la présence d'un exceptionnel méchant (Robert Walker) et d'une mère exceptionnellement foldingue permet à Hitchcock des traits d'humour rares, tout en mettant en scène un intéressant "couple", Guy et Bruno, deux hommes que tout devrait éloigner, mais qu'un voyage en train aura fortuitement fait se rencontrer. Il les rapproche, puis les fond aussi souvent l'un en l'autre. Il joue sur la dualité, les doubles, les figure associées, mais insiste aussi sur les sentiments peu orthodoxes de Bruno (L'un de ses phrases les plus prononcées reste "I like you, Guy".); du reste, si on ne peut que s'en plaindre, on sait la tendance homophobe du catholique Hitchcock, rapide à associer homosexualité et péché... Son Bruno appartient en effet à cette tendance du réalisateur. Il s'amuse aussi beaucoup à opposer une famille "normale", par ailleurs couvée par un homme mesuré, politicien, et évidemment incarné par Leo G. Carroll, et une famille dysfonctionnelle dans laquelle le père est étouffé, le fils dangereux, et la mère, disons, "différente", jusqu'à la caricature. Le portrait de cette dernière reste comique, mais de penser que Bruno est son fils, ça ouvre des perspectives. Il y en aura d'autres, plus ou moins monstrueuses, plus ou moins caricaturales, dans d'autres films.
Noyé dans les ombres des grilles qui lui dessinent les barreaux d'une cellule ou l'ombre d'une inquiétante barbe sur le visage, Guy découvre sans rien avoir fait le goût de la culpabilité à cause d'un autre, et doit se débattre pour exister face à un homme qui contrairement à lui, aura tout fait ou presque avant de mourir. et soyez-en assurés, Bruno mourra jeune, au terme d'un jeu de massacre qui reste l'un des très grands films d'Alfred Hitchcock, excusez du peu...
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