/image%2F0994617%2F20230717%2Fob_b18a88_hirescriteriondarjeeling.jpg)
The darjeeling Limited est en quelque sorte la réaction de Wes Anderson au tournage long et coûteux de son précédent opus, The life aquatic with Steve Zissou. Le film, marqué par les fantômes du cinéma Indien et d'une certaine vision cinématographique de l'Inde, n'est pas comme ses deux prédécesseurs (Avant Zissou, il y a The Royal Tenenbaums, qui définissait de façon durable le style de son auteur) un film entièrement contrôlé de façon esthétique par Anderson: il a été tourné sur place, avec une équipe réduite, et bénéficie de décors déjà existants, qui sont magnifiés par la mise en scène. Et pourtant il ne dépare pas dans la continuité de la carrière de Wes Anderson, tourné qui plus est avec l'habituelle complicité de Jason Schwartzmann, Owen Wilson, Anjelica Huston, Wally Wolodarsky ou Bill Murray. Cette fois, la crise familiale et identitaire concerne trois frères, les Whitman. Suite à la mort de leur père, et l'absence de leur mère, ils se sont réfugiés plus avant dans leur isolement les uns des autres. Francis (Wilson), chef d'entreprise en pleine crise de la quarantaine, prétend avoir survécu à un accident de la route, et veut imposer à ses deux frères un rapprochement sur fond de séminaire spirituel en Inde. Peter (Adrien Brody) est marié à Alice, une femme avec laquelle il a peur d'affronter l'avenir. Alice est enceinte, et Peter fuit. Enfin, Jack (Schwartzmann), auteur de nouvelles, a quitté les Etats-Unis et s'est réfugié en Europe pour échapper à une histoire d'amour compliquée, qui ne parvient pas à s'achever. Francis a prévu un voyage à bord du train Darjeeling Limited, dont la destination surprise est un couvent dans lequel leur mère s'est découvert une vocation de nonne.
La relation entre les trois frères est dans un premier temps désastreuse; aucun d'entre eux ne progresse, et ils vont jusqu'à se faire exclure du train tant leur comportement est irritant pour les autres passagers... Mais un accident tragique auquel ils onst confrontés va les rapprocher, et ils vont aboutir à une catharsis: un enterrement qui sera vécu avec plus de pudeur, de modestie et de contrôle des sentiments par les trois frères, que les funérailles de leur père... Celui-ci est omniprésent, à travers les valises nombreuses, marquée de ses initiales, qui encombrent les trois frères lors de leur périple Indien. Sont aussi présents des souvenirs nombreux, celui d'Alice, celui de la petite amie lointaine de Jack; clin d'oeil à une vie qui continue, un homme rate un train au début du film, il s'agit de Bill Murray, pour une très courte apparition suivie en fin de parcours d'un court rappel de sa présence... Enfin, comme dans d'autres films (The Life Aquatic et son requin jaguar, Tenenbaums et ses souris dalmatiennes, et Fantastic Mr Fox avec l'apparition d'un loup mythique), un animal symbolise en une très courte apparition l'affrontement d'une vie: un tigre féroce, créé par la compagnie Jim Henson cette fois, après le 'requin jaguar' de Steve Zissou du à l'animation d'henry Selick.
Le film est une comédie sérieuse, traversée par la mort d'n enfant dans un fleuve, triple symbole: à l'eau qui purifie dans la religion Indienne, anderson oppose l'habituelle métaphore de la renaissance, qui passe en effet par la confrontation à la mort pour les trois frères. Ceux-ci sont comme d'habitude, des grands enfants mal grandis, qui sont malgré tout touchants à force d'être humains, et ils ressortiront de leur quête meilleurs qu'en entrant... Anderson, désireux d'échapper à la routine et à la lourdeur tout en tournant dans des conditions gérables, a su s'imprégner de l'atmosphère d'une Inde au quotidien, avec respect. Les fantômes de Satyajit Ray (Dont la musique des films a d'ailleurs été abondamment utilisée), et Jean Renoir (Le fleuve), passent à travers ce film, dont la mise en chantier a quand même pris du temps; la preuve, un court métrage de 2005, Hôtel Chevalier, est en fait la première partie du film, que Wes Anderson a décidé de traiter comme un sujet à part pour deux raisons: la coupure esthétique radicale entre un film réalisé en Inde et une séquence Parisienne d'une part, les délais pris afin de préparer un tournage Indien d'autre part. Deux ans après, c'est ensemble que les deux films, qui se font constamment écho, ont été montrés. Avec son mélange de parfum documentaire et son habituelle rigueur géométrique, le film est aussi l'un des plus attachants de son auteur.