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Si on devait s'en tenir à ses deux premiers longs métrages, le délirant Hollywood Boulevard de 1976 et le démarquage impeccable (Dans le cadre des productions Corman, s'entend) de Jaws qu'est Piranha (1978), la carrière de Joe Dante aurait l'air originale, plaisante, mais ne nécessiterait probablement aucun commentaire. Plus encore, on l'aurait certainement oublié... Mais voilà, couvé par Corman, repéré par Spielberg, Dante a creusé un sillon très personnel, fait de films de genre d'un coté et d'oeuvres inclassables de l'autre, des films qui partent d'un amour profond du cinéma, sous toutes ses formes, et qui reviennent sans cesse à une image conformiste de l'Amérique des banlieues, sans parler une affection coupable pour tout ce qui relève de l'anarchisme indomptable... Tout ça est déja dans The howling, troisième film de Dante, et un gros succès qui permettra au metteur en scène de jouer, au moins brièvement, dans la cour des grands.
Le loup-garou, depuis The wolfman de George Waggner (1941, avec Lon Chaney Jr) est un habitué des salles obscures, mais promène avec lui sa mythologie, tenace et encombrante. Dante l'a dépoussiérée, faisant de ces créatures des êtres conscients de leur altérité, voire militants; ils ont le pouvoir de se transformer à volonté, et si certains aspirent à vivre à nos côtés (Ce qui est déja en soi une transgression vis-à-vis du genre) la plupart considèrent les humains comme des proies. Mais surtout, si le film originel est né en pleine période d'application stricte du code de censure, et n'a pas exploré de
façon très évidente cette donnée, les loups-garous de Dante sont manifestement tout sauf des refoulés en matière de sexualité... Ce sont les découvertes que va faire Karen White (Dee Wallace), une journaliste d'une émission d'investigation de la télévision, qu'un tueur récidiviste, Eddie a contacté: il la retrouve dans un sex-shop, et à partir de là, elle ne va pas se souvenir de ce qui va suivre. Sauvée par la police qui a abattu Eddie, elle va appraitre particulièrement traumatisée, à tel point qu'un médecin va lui prescrire un séjour dans la "colonie", un lieu de retraite et de méditation tenu par le docteur Waggner (Sic). Mais sur place, avec son mari Bill, avec lequel les choses se compliquent depuis que son traumatisme l'empêche d'avoir une vie sexuelle normale, elle va de fait être confrontée non seulement à la résurrection d'Eddie, mais aussi à plus étrange encore...
L'ouverture du film, qui se tient dans un quatrier chaud, et qui donne lieu à une scène de suspense formidable (Vue de plusieurs points de vue, puisque Karen garde le contact avec le studio de télévision), permet à Dante d'installer sans faille son thème principal: Karen, la journaliste, est particulièrement mal à l'aise dans le sex-shop, et le traumatisme va fixer dans son esprit une fois pour toutes l'idée que la lycanthropie est synonyme de sexualité. Et du même coup, le metteur en scène va diviser le monde en deux, proposant comme ligne de démarcation la répression de la sensualité... De fait, Dante inverse la cible, en nous présentant des loups-garous libérés de leurs carcans moraux, face à des humains coincés et bardés de complexes... A ce titre, le casting de Dee Wallace dans le rôle principal a joué à fond, puisqu'elle est de toute évidence très mal à l'aise elle-même avec cet aspect du film, et l'a souvent reconnu. Dante, contrebandier particulièrement doué, a pu ainsi faire un film qui prend sans le montrer trop parti pour les monstres, et du reste il leur fait gagner sur les humains à la fin du
film. Jouant en permanence sur le fun tout en délivrant un suspense impeccablement rythmé, il tire à boulets rouges sur une Amérique moyenne, qui se couche bien sagement le soir pour lire un livre pendant que les loups-garous vont joyeusement copuler en pleine nature...
Le film a marqué les esprits, à son époque, pour avoir été un splendide exemple de film de la débrouille (Dante venait de toute façon de la série B) qui a atteint son but, et se laisse revoir avec plaisir. Il est l'oeuvre d'un auteur, d'un vrai, qui est comme Spielberg doué aussi pour les passages obligés des films de genre: terreur, transformations, cadence, intégration de la bande-son, etc. Il truffe déjà ses films d'écrans, qui diffusent des films du patrimoine, et c'est, déja, un plaisir que de reconnaitre par exemple, inévitablement, The Wolf Man, ou encore un des nombreux films de Disney qui exploitaient le personnage du grand méchant loup... Même Disney le prouvait: ce genre de monstre reste bien plus intéressant que ses victimes.