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19 mai 2011 4 19 /05 /mai /2011 08:18

Il est des films qui ne prennent pas de gants avec le spectateur, qui lui assènent d'une façon violente, étouffante, un reflet insupportable de notre humanité en déliquescence. N'en parlons donc pas, et arrêtons nous sur ce qui est désormais considéré -à juste titre- comme un "classique contemporain". Ici, le résultat, ou le reflet, est encore plus assassin, plus dévastateur; la beauté de la photo, la tranquille assurance de la mise en scène, et l'élégance du casting (Kevin Kline, Sigourney Weaver, Joan Allen, Christina Ricci, Tobey Maguire, Elijah Wood), sans oublier la précision de la reconstitution, tout concourt à la magnificence de l'ensemble, et du même coup à la méchanceté du propos. Pourtant, Ang Lee, l'esthète venu de l'est, a tout fait pour enrober la chose, comme toujours; ses films sont des bonbons, jusqu'au moment ou l'on s'aperçoit que ce sont des bonbons au poivre... Au départ, on croit vraiment que nous sommes dans une comédie grinçante tout au plus.... erreur, la tragédie veille et frappe.

Le cadre, c'est donc l'Amérique de 1973, année pas vraiment choisie au hasard: le Vietnam prend fin (du moins pour les Américains, les Vietnamiens vont continuer durant 18 mois), et Nixon prend feu, s'empêtrant dans ses propres mensonges, en direct à la télé. La révolution sexuelle a eu lieu, et dans l'Est (Le Connecticut, berceau de George Bush mais c'est une autre histoire...) on a fait semblant de ne pas s'en apercevoir, mais désormais on s'y attelle: lors d'une soirée entre voisins, on tente la "key party": les femmes qui quittent la soirée doivent prendre au hasard une clé de voiture, et se font "raccompagner" par le monsieur qui est ainsi désigné. Au-delà, la jeunesse fume des trucs pas catholiques tout en protestant véhémentement à tort et à travers, autant contre le gouvernement que contre les parents, et bien sur on s'adonne à d'érotiques tentatives de commencer une sexualité, mais avec plus d'horreur que d'honneur: une idée de génie (Droguer le copain dragueur pour avoir le champ libre avec la petite copine) se transforme en fiasco, et la cerise sur le gâteau, c'est bien sur lorsque la petite amie potentielle vous dit: "je t'aime comme un frère." Le pire malgré tout, c'est lorsque les pulsions, mêlées à la colère, vous font franchir la ligne jaune; deux personnages, ici, vont aller trop loin, et on peut être sur que pour l'une d'entre elles, les excès auront des répercussions: Elena est tellement perturbée par la désagrégation de son mariage qu'elle vole à l'étalage (Elle est prise sur le fait) et Wendy, sa fille de quinze ans, cherche par tous les moyens à attirer le jeune voisin (11 ans? 12 ans?) dans son lit, et bien sûr y parviendra; la réponse des adultes à ce dernier méfait est sans ambiguïté: ils sont mécontents, mais tous tellement coupables, que plus rien ne semble avoir d'importance; alors lorsque le bouquet final, orchestré de façon sublime par Ang Lee autour d'une tempête de glace, mène à la mort pure et simple du plus innocent de tous ces êtres humains, on est, vraiment, à la fin du monde.

A la fin, une impression rassurante de recomposition de la cellule familiale nous fait espérer une sortie de crise, mais nous le savons, nous: les dérèglements observés dans ce film ne sont en rien la fin d'une période noire, ils n'en sont que le début... Encore un peu de vitriol?

 

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Published by François Massarelli - dans Ang Lee Criterion