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6 juillet 2011 3 06 /07 /juillet /2011 09:01

Avec son sixième film, Kurosawa ne peut qu'étonner ceux qui sont habitués à son style épique et flamboyant, mais il convient aussi de rappelelr que celui qui triompha avec des films aussi riches en action et en mouvement que Les sept samouraïs ou Yojimbo avait à coeur, à la fin des années 40, de montrer le Japon dans toute la mesure de son désarroi, que Kurosawa d'autre part a toujours alterné, tournant films noirs (Chien enragé, 1949), films médiévaux (Rashomon, 1950), ou drames intimistes (Ikiru, 1952); enfin, son prix gagné en 1950 avec Rashomon lui a toujours fait dire qu'il regrettait de ne pas collecter de récompenses avec des films qui reflétaient l'état du Japon, et il citait Vittorio de Sica comme un modèle à cet égard. Il y a justement un parfum de néo-réalisme qui se dégage de ce petit film attachant, mais il y a aussi des aspects embarrassants...

Un merveilleux dimanche? une antiphrase, plutôt: Yuso et sa fiancée Masako n'ont que quelques Yen pour passer la journée ensemble, dans un Japon encore marqué par la tourmente. Ils se disputent un peu aussi, frustrés de ne pas pouvoir encore se marier, et ont des déconvenues; ils visitent une maison en vue de l'avenir, mais cela les met devant l'évidence: ils ne sont près ni de se marier, ni d'avoir les moyens de se loger décemment; ils veulent manger ou se distraire, mais tout coute trop cher. Enfin, ils n'ont d'autre ressource pour clôre la journée que de mobiliser leur imaginaire en improvisant un concert virtuel dans un amphithéâtre vide...

Austère et dépouillé, le film suit patiemment les personnages dans leurs pérégrinations. Il faut s'accrocher tant les autres n'existent pas dans ce film qui est principalement un dialogue entre l'homme et la femme, une confrontation finalement assez inattendue chez Kurosawa, qui n'a jamais été le peintre de l'amour. Si le film renvoie principalement au modèle du néo-Réalisme Italien, il est néanmoins très proche d'un thème qui restera important chez lui, jusqu'à la fin, avec Rêves (1989): la façon dont Masako exhorte Yume de se laisser aller à imaginer qu'il dirige un orchestre renvoie à la poésie de l'imagination telle que le cinéaste vieillissant la montrera en action dans les curieux sketches de ce film tardif. Mais la scène est selon moi rendue lourde par le recours à un truc (déja essayé par Herbert Brenon dans son Peter Pan de 1924), lorsque les deux amoureux sont saisis par le désespoir, et que Yuso ne cherche même plus à essayer de faire semblant, Masako tente longuement de pousser le public en s'adressant à la caméra et pendant deux minutes, nous pousse à applaudir. Le public, en 1947, restait impassible devant la séquence...

Le film, comme tous les autres films des débuts de Kurosawa, est surprenant, et un peu décevant aussi. Au moins échappe-t-on à l'impression gênante de la propagande de Le plus beau, par exemple. Ce film est d'une honnêteté totale, jusqu'à l'embarras comme on l'a vu. Toutefois, Kurosawa avait sans doute besoin de'autres ingrédients pour ses films, et ses films noirs à venir (L'ange ivre et Chien enragé sont deux des trois films suivants du metteur en scène) vont lui permettre de trouver la dose nécessaire de baroque pour son cinéma, ainsi qu'un interprète exceptionnel...

 

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Published by François Massarelli - dans Akira Kurosawa Criterion