Up in the air est le troisième film de long métrage de Jason Reitman, le fils d'Ivan Reitman (Mais oui!!), après le grand succès de Juno, d'ailleurs totalement mérité. Son terrain de jeu, on s'en rend bien compte, c'est la comédie, une comédie de situation, adulte et inventive, dont les principales caractéristiques sont de reposer sur l'observation de la vie et du comportement des gens, et sur un sens visuel très impressionnant. A ce titre, ce nouveau film est une réussite, mais pas seulement en matière de forme, il y a ici une mélancolie très délicate qui vous hante après l'avoir vu...
George Clooney interprète un homme doté d'un sale métier: il est licencieur. Son rôle, c'est de venir faire le sale boulot pour des patrons de PME qui se refusent à le faire eux-mêmes... A ce titre, Ryan Bingham se déplace, parfois jusqu'à 300 jours par an, et considère sa vie comme entièrement réglée autour de ses voyages, n'a pas d'attaches, et se considère comme parfaitement heureux, vivant de voyages et de rencontres au hasard, notamment avec Alex (Vera Farmiga), une femme dans son genre. jusqu'au jour ou il doit accompagner une jeune collègue, Natalie Keener (Anna Kendrick), qui vient de faire accepter par leur patron une méthode de licenciement par vidéoconférence. il suggère de lui faire expérimenter le licenciement classique pour commencer...
Ryan Bingham n'est pas une ordure. Je veux dire, objectivement, il fait un métier ignoble, typique de ce monde dans lequel les valeurs privées ont pris le dessus sur tout le reste, au point de transformer un licenciement en un passage obligé de toute carrière professionnelle. Mais fondamentalement, s'il fait un métier affreux, il le fait avec une certaine humanité, à plus forte raison lorsqu'il est accompagné d'une jeune femme qui a tout à apprendre, en particulier de s'investir émotionnellement dans son métier. Le film fonctionne comme un échange: Bingham va enseigner la façon de faire, elle va lui montrer comment s'investir émotionnellement dans sa propre vie. Bingham sort de l'expérience changé, et surtout, va ouvrir les yeux sur sa propre condition.
Cette comédie douce-amère dégage un parfum parfois lunaire, dont Reitman a tenu à ce qu'elle reste quand même les pieds sur terre, afin de ne pas aller trop loin en matière de fantaisie (certaines scènes coupées témoignent de cet aspect): le rôle de Bingham et consorts, qui n'est jamais discuté en tant que tel, reste quand même de signifier la fin de certains emplois, et le réalisateur a voulu garder un certain réalisme, mais la façon dont les voyages, et leur représentation sous forme de vues aériennes, rythment le film de façon visuelle est une grande et belle innovation, de même que l'abondance de plans de transition presqu'abstraits, afin de souligner le vide de la vie de ces robots du licenciement. Le film est là pour rappeler à un monde dont le tissu social part en cacahuète qu'il est temps de se reprendre... On n'en sort pas indemne, tant la remise en question des personnages est bien vue. Décidément, Reitman (le fils, hein, pas le père réalisateur de Ghostbusters) est un homme sur lequel on compte, comme avant lui un Wes Anderson, pour le comparer avec un autre petit génie de la comédie Américaine d'aujourd'hui et demain.