C'est bien sûr une adaptation parodique de Jack and the beanstalk (Jack et le haricot magique) dans laquelle Bugs Bunny se retrouve dans l'improbable situation d'être dans le jardin d'un géant au cerveau probablement très peu développé pour lui boulotter ses carottes...
Bien sûr que le géant n'a aucune chance... Ce film très rythmé, d'une grande beauté (la rondeur disneyienne des films de Freleng à son apogée) est donc l'une des premières confrontations significatives du metteur en scène à la créature à grandes oreilles, après le formidable Hiawatha's rabbit hunt... Et conformément à ce qui sera le destin de tous les pauvres bougres qui seront face à Bugs Bunny, ce géant (comme il le dit lui-même, "ce lapin n'a aucune chance, je suis un abruti") est clairement foutu d'avance...
Adoptant un mélange de fausses images d'archives et de narration à la façon du cinéma des années 40, Klapisch nous raconte la vie et l'oeuvre du Dr Etienne-Jules Marey, inventeur du "chronophotographe", un ancêtre avéré du cinéma, qui prenait des photos en rapide succession, pour étudier le mouvement...
C'est une belle surprise, un film formellement étonnant et extrêmement ambitieux: Klapisch aurait pu se livrer à l'exercice tranquille du documentaire classique, avec voix off, images d'archives et quelques reconstitutions. Il aurait pu aussi, après tout, jouer la carte de la parodie totale... mais il a préféré faire le tout entre les deux, ne faisant que peu d'efforts pour cacher que son film est un faux, et le saupoudrant d'humour et de poésie en constance... Comme dans l'idée d'inverser sciemment un fait historique (le fait que le chronophotogrape ait permis de prouver qu'un cheval au galop a toujours au moins une patte sur le sol, est ici inversé: la voix off nous annonce en fait que les films Marey ot prouvé le contraire), voire en inventant complètement, comme dans ce final où Marey s'échappe en compagnie de Marina Tomé, après l'avoir vue sur scène danser le tango...
Enfin, en utilisant ou reproduisant des techniques propres au cinéma muet, le metteur en scène qui de toute façon ne se cache jamais derrière son gentil canular, rend un hommage à tout un pan de l'histoire du septième art...
Quel étrange film... Tom et Jerry habitent dans une maison cossue, dont les propriétaires, un couple très comme il faut, viennent d'avoir un enfant. Ils ont engagé une baby-sitter, qui dès qu'ils sont partis, se lance dns une conversation téléphonique marathon, sans se préoccuper un seul instant, ou presque, du bébé... C'est donc au chat et à la souris, qui auraient d'autres chats à fouetter si j'ose dire, de veiller sur le petit... Et il va leur en faire voir.
C'est étonnant, parce que Tom et Jerry ensemble deviennent presque des personnages qui vivent totalement en marge, alors qu'en réalité ils sont sans doute les deux personnages les plus responsables de la maison! Et ce qui est encore plus étonnant, c'est qu'ils sont ici, totalement et sans equivoque, complices!
Le bébé, en même temps, assume une grande part du film par son jusqu'au-bout-isme, qui ne laisse pas une minute de répit aux deux animaux. La dernière partie du film part dans tous les sens, avec des risques délirants pour la petit, auquel Tom et Jerry réussissent à éviter tout accroc.
Le style a bien changé depuis le début des années 40; d'une part, les pieds de "Mammy-Two-Shoes", dont on ne voyait jamais le visage, ont été remplacés par des adultes génériques (et blancs, pour ne pas dire même proprets), qui sont montrés en pied; ensuite, Hanna et Barbera ont été des témoins avisés des révolutions dans l'animation, proposées par le studio UPA, et comme Tex Avery leur compagnon de studio, ils intègrent la stylisation angulaire des nouveaux dessins animés... Ce qui tranche, évidemment, avec le design toujours rond et harmonieux de Tom et Jerry.
Deux vies, qui nous sont contées en parallèle, sans qu'on comprenne dans un premier temps ce qui les relie: Ben (Oakes Fegley), en 1977, est un jeune adolescent qui a perdu sa mère (Michelle Williams) et souffre d'un double manque. Il n'a jamais connu son père, et sa mère n'a jamais pu se résoudre à lui en parler... Il décide, suite à un accident (la foudre) qui l'a privé de l'ouïe, de fuguer et de se mettre en route pour retrouverla trace de celui qui a offert un étrange cadeau à sa mère: un livre/coffret signé 'Danny' qui, pense-t-il, est la clé vers son père...
De son côté, en 1927, Rose (Millicent Simmonds) est une jeune femme de la très bonne société de Hoboken qui est complètement obsédée par l'actrice Lillian Mayhew (Julianne Moore) dont elle va voir les films au cinéma, et dont elle collectionne tout ce qui est publié dans la presse. Quand la star commence un engagement au théâtre à New York, Rose s'y rend et s'introduit au théâtre... Quel est le lien qui unit Rose à cette mystérieuse et distante actrice?
Beaucoup de liens, en fait, et bien sûr il y aura une série de correspondances entre les deux intrigues, d'ailleurs soulignées par la structure du film: par exemple si Rose est au bord de l'eau dans une séquence, le passage vers l'histoire de Ben va se situer dans un environnement aquatique... Quand l'un regarde ostensiblement quelque chose, Haynes s'amuse à un jeu de champ/contrechamp entre les deux parties de son film, créant un dialogue étrange entre ses deux acteurs... Les choix esthétiques sont aussi très pertinents, l'un des plus radicaux étant de traiter tout ce qui a trait à 1927 en muet, mais sans interititres... C'est en noir et blanc, mais en format large. De même, les couleurs de 1977 ont été traitées de manière à être particulièrement chaudes, surtout quand Ben déambule dans un New York très peuplé. Principale rime entre les deux films, qui va faire dévier un peu l'ambiance muette de 1927 vers 1977, la surdité, de naissance pour Rose et accidentelle et récente pour Ben. Ca a probablement été la clé du problème de la jeune fille, à laquelle son père (et pas que son père, d'ailleurs...) semble reprocher son imperfection, ce sera la clé de Ben vers l'histoire de son père...
Et là on est bien obligé de parler de... Hugo Cabret: le roman sur lequel Haynes s'est basé est une oeuvre de Brian Selznick, l'auteur du roman quee Scorses avait adapté en 2011. Le principe est le même: une énigme qui joint deux parties apparemment sans relation, et qui permet au lecteur/spectateur de collectionner les indices vers une solution riche en émerveillement. Dans Cabret, la merveille est le monde de Méliès, et sa découverte par les yeux d'un enfant. Mais dans ce film, la merveille est d'une oart la clé de l'étrange livre ("Wonderstruck"), mais aussi le lien entre Rose et Ben, et enfin un musée (qui donne son titre francophone au film, Le musée des merveilles); musée qui d'ailleurs existe, puisqu'il s'agit du museum d'histoire naturelle de New York...
Le film a été présenté à Cannes où il a reçu une standing ovation... ce qui me parait pour le moins étonnant! Mais on sait que cette marque de respect n'a plus aucun sens aujourd'hui. Car si Todd Haynes et son casting ont fort bien fait leur travail, on attend beaucoup plus que es bouts d'énigme d'un film qui s'appelle Wonderstruck. Le merveilleux est quand même assez plat, et repose sur des fils parfois un peu trop fins... et si j'applaudis le choix du recours au cinéma muet, occasionnellement, il me semble que le résultat ne justifie pas totalement le parti-pris. Donc on a l'impression d'assister à un spectacle soigné pour les adolescents (lesquels, d'ailleurs?), mais qui ne laissera pas forcémentbeaucoup de souvenirs... Si ce n'est un don, déjà particulièrement remarquable dans les films de Haynes qu j'avais vus (Carol, Mildred Pierce), pour recréer une époque.
En 2015, pour fêter les 120 ans de "l'invention" du Cinéma, des cinéastes refont le soi-disant "premier film", la "Sortie d'Usine" tournée à Lyon par Lous Lumière et ses employés. Tous les films sont effectués sous la responsabilité de cinéastes plus que réputés, et présentent un certain nombre de sommités du cinéma principalement Français, mais pas que, sortant des fameux ateliers, désormais situés Rue du Premier film à Lyon...
Sous la direction de Martin Scorsese, le premier à sortir, l'air parfaitement réjoui, et devant la caméra de Pierre-William Glenn, ce sont de gens de 2015 qui marchent devant nous, et jouent en apparente liberté, chacun d'entre eux ayant manifestement un parcours pré-défini, Hippolyte Girardot en grande conversation avec Domnique Besnehard, Michel Hazanavicius s'attardant avec un air très intéressé devant l'objectif de la caméra, ou Pierre Richard combattant son manteau dans une lutte inégale, rendant impossible au spectateur, de regarder autre chose que lui.
Les gens s'égayent dans toutes les directions, parlent, fument, se perdent, empruntent un vélo (Emma de Caunes, Michèle Laroque) comme les ouvrières du film original, etc... C'est émouvant, gentiment (mais sûrement filmé "au ralenti" pour avoir l'air d'être légèrement plus rapide et saccadé à la projection, et c'est un lambeau cocasse et magnifique d'histoire...
Un mari trompé (Jean Marsan) tente par tous les moyens de passer sa colère sur son rival (Edouard Molinaro), qui tente lui-même par tous les moyens d'échapper au courroux de sa propre épouse...
Molinaro qui sera pendant plusieurs décennies un réalisateur sûr, mais sans génie, avait au moins le sens de la comédie cinématographique. Je ne parle pas de cette insistante et agaçante manie qu'ont les français de faire reposer le rire sur le texte, puisque ce film est muet... Un "à la manière de", situé par le propos très boulevardier (on est en plein Feydeau) et par les costumes, dans la première décennie du XXe siècle, au temps où le cinéma balbutiait. Mais le cinéma, ici, ne balbutie pas du tout, il est sûr de lui, d'une grande précision, totalement irrésistible, et servi par des acteurs qui se donnent à fond. Parmi eux, on ne peut pas s'étonner de trouver Yves Robert, clairement dans son élément dans cette comédie burlesque muette, un genre qu'il connaît bien et le prouvera plus d'une fois.