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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 12:05

A Römersholm, la demeure d'une petite famille de la noblesse, Birthe (Edith Schou), la fille du châtelain, coule des jours heureux, entre son amie la fofolle Astrid (Karina Bell), et son petit ami Anders (Aage Fonss). Mais son père (Philip Bech), toujours en voyage, lui annonce s'être marié avec une cantatrice, et il revient au pays: entre Birthe et sa belle-mère, Elisa (Ebba Thomsen), les relations vont très vite être tendues. Quand cette dernière tente de séduire Anders, et que celui-ci la repousse, elle l'accuse d'avoir voulue la violer. Il est chassé... Mais suite à une discussion envenimée entre les deux femmes, on retrouve le corps de la cantatrice. Le procureur Falk (Gunnar Tolnaes) mène l'enquête, généralement assisté contre son gré par l'amie de Birthe: Astrid, qui lit tout le temps des romans policiers, a décidé qu'elle saurait trouver la clé du mystère...

A.W. Sandberg touchait à tous les genres du cinéma populaire, sauf pour ce qui est des années 20, à la farce. Il restait, globalement, dans les limites du raisonnable, et préférait une ligne plus franchement loufoque pour ses comédies, comme en atteste l'excellent Nerfs brisés de 1923. Il y a d'ailleurs des similitudes entre les deux films, avec l'idée d'une enquête qui semble être constamment en parallèle de la vraie vie: ici, Astrid se plante évidemment dans toutes ses tentatives de résoudre l'affaire, à laquelle elle n'a d'ailleurs pas compris grand chose... Mais elle est tolérée (pour des raisons extra-professionnelles) par le procureur, qu'elle a d'ailleurs rencontré dans le prologue! dans une scène qui aurait pu faire partie d'une screwball comedy, toutes proportions gardées, Astrid rencontre Falk alors qu'elle est juchée dans un arbre à lire un roman; quand elle fait tomber son livre, il va aller le repêcher... en tombant à l'eau.

C'est d'ailleurs cette propension à éviter les lourdeurs du whodunit (Peter Malberg fait partie de la distribution, donc on sait très vite qui, a priori, a tué!) en faisant tous les genres de film en une seule oeuvre qui fait qu'on retient ce film: du mélodrame bourgeois (la rivalité entre belle-mère et belle-fille), au mélodrame tout court (les amoureux empêchés de s'aimer), de l'enquête policière au marivaudage de la comédie, le film ratisse large... Et de fait il est plaisant.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1924
17 mai 2026 7 17 /05 /mai /2026 09:42

Au début de l'ère Victorienne, la rencontre entre un jeune homme de bonne famille et une jeune femme de la classe ouvrière, dont le père est un repris de justice, est compliquée par les convenances...

C'est le quatrième et dernier film de Sandberg consacré à une adaptation de Dickens, des films qui lui tenaient à coeur et pour lesquels la Nordisk mettait à sa disposition des moyens considérables... Chacun de ces films étaien un événement en soi, propore à raviver l'insoluble espoir de retrouver un jour au Danemark la grandeur passée, celle d'avant la guerre...

Il y a de nombreuses touches qui nous rappellent qu'on est clairement chez Dickens: une vaste galerie de personnages, d'où émrgen fatalement des farfelus hauts en couleurs (le père Dorrit, qui est en prison depuis 20 ans pour dettes, est un cousin de Micawber, et le jeune John Chivery, qui passe son temps à ruminer ses échecs présents en les sublimant, grâce à son imagination qui lui fait imaginer de délirantes pierres tombales), et un brin d'absurde: cette prison où tout Londres semble se relayer, et où outre la privation de liberté, les pensionnaires ne sont pas forcément trop mal lotis... Et en plus, il y a un vieux secret de famille. Sanberg a convoqué son équipe: Karina Bell, Karen Caspersen, et Gunnar Tolnaes sont bien présents, mais pas Peter Malberg. Une fois n'est pas coutume...

Mais ce n'est pas Les grandes espérances, qui est une réussite sur bien des points: non, d'une part le roman choisi est l'une de ces oeuvres à la thématique floue, dans lesquelles le romancier réglait des comptes personnels (son père a été lui aussi incarcéré dans les mêmes conditions que l'héroïne), et faisait plus ou moins semblant d'inscrire des revendications sociales pas toujours en cohérence avec le reste de son oeuvre mélodramatique, mais en plus il souffre d'être inscrit dans une intrigue qui passe par beaucoup trop de texte, ce qui pour un film muet est rédhibitoire. Et du coup les principaux personnages subissent trop l'action au lieu d'en être les véritables protagonistes. Un comble alors que Sandberg, qui souffrait lui aussi (le cinéma Danois avait un complexe sérieux à ce niveau!) d'une boulimie d'intertitres au début des années 20, commençait depuis Les grandes espérances à se calmer!

Il est probable d'ailleurs que ce film a longtemps été gardé en réserve, afin d'être livré au bon moment, ce qui expliquerait le délai assez important avant sa sortie, deux années après le dernier film consacré à Dickens: Notre ami commun était sorti en 1921, et David Copperfield et Les grandes espérances, quant à eux, en 1922.

Alors évidemment, les décors sont très soignés, les costumes très impressionnants de véracité, et une bonne part de l'interprétation (Sandberg a son équipe et des acteurs dévoués qui sont à l'écoute de sa direction qu'on disait patiente) est totalement dans la lignée de ce qu'on attendrait, mais on peine à se passionner pour ce long et assez statique drame dans lequel Karina Bell n'a peut-être pas les épaules assez solides pour soutenir l'intérêt du spectateur... Le roman est touffu, oui, mais il est aussi confus, et le film lui emboîte le pas.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1924
3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 18:31

C'est amusant de constater que ce film, dont le titre Danois se traduit directement L'île d'amour (les Anglo-saxons le rebaptisèrent Honeymoon island, ce qui n'est pas stupide) est adapté d'un roman de Carl Muusmann, qui s'intitulait Djævleøen (L'île du diable)... J'imagine que l'adaptation en a sérieusement écorné toute prétention au diabolisme!

Charles et Grete Holm (Gunnar Tolnaes et Karina Bell) sont mariés, et ont tout pour être heureux: armateur, il est florissant, et il aime sa petite épouse. Elle le lui rend bien... Mais d'une part elle a du quitter une carrière dans la danse pour son mariage, et son mari est particulièrement peu féru de culture. D'autre part, il reproche à son épouse d'avoir des prétentions qui le dépassent. Et elle n'aime pas, mais alors pas du tout, le bruit de sa pipe! L'un et l'autre rêvent donc (et c'est transposé à l'écran) d'une version différente de l'être aimé...

Sauf que Grete s'affiche ouvertement, et de plus en plus, avec un insupportable poète, Lorens (Peter Malberg), qui est non seulement ridicule, il est surtout amoureux d'elle et ne s'en cache pas. Charles écoute donc l'idée de son ami Grøn (Philip Bech): celui-ci lui suggère en effet de partir en excursion avec un voilier, et de provoquer un faux naufrage, puis de se réfugier sur une île qu'il possède, en Mer du Nord. Seulement, le naufrage va s'effetuer non seulement pour le couple, mais aussi pour Lorens et deux matelots dévoués à l'armateur...

Ce dernier point n'est pas un ressort dramatique, et c'est la source d'un des points les plus faibles du film: il n'y a en réalité pas ou peu d'enjeu... Jamais Grete et Charles ne sont perdus, pas plus qu'ils ne sont seuls. Les trois autres protagonistes sur l'île fournissent essentiellement la comédie (et pas des plus légères, la composition de Malberg en poète étant tout sauf subtile!), et on attend bien sagement que Grete réalise qu'elle a surtout été capricieuse et que on mari n'est pas un rustre, juste un homme sensé... Non, le film n'a par ailleurs absolument rien de féministe!

C'est l'un des 6 films de Sandberg sortis en 1924, et même en ajoutant que souvent la compagnie Nordisk engrangeait tranquillement des films pour en retenir la distribution un an ou deux, le fait est que ça fait quand même beaucoup... C'est une comédie, mais contrairement à l'irrésistible et souvent plus que loufoque Nerfs brisés de 1923, il ne décolle jamais du tout-venant... A un moment, très tardif, Grete semble apte à prendre le pouvoi sur le film, en trouvant le moyen de laisser tout le monde en plan sur l'île pour rentrer à Copenhague (ce qui ne leur ferait pas trop de mal), mais... Karina Bell, comme souvent, joue ici une ravissante idiote, son rôle plus ou moins imposé depuis son appariton dans David Copperfield. Bref: Sandberg avait beaucoup mieux à faire, et ça tombe bien, il le ferait!

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1924 Comédie
27 avril 2026 1 27 /04 /avril /2026 17:16

Un bien sombre drame que ce film de Sandberg, réalisé en pleine montagne, mais sans que jamais le metteur en scène laisse le lyrisme des paysages l'emporter. Au contraire, c'est la rudesse de la nature qui semble avoir été sa principale motivation pour y placer les protagonistes d'une histoire hautement mélodramatique:

Thor Brekanaes (Peter Nielsen), un fermier austère, s'est marié avec une femme (Karen Caspersen) à laquelle il reproche d'avoir eu un enfant naturel, juste avant son mariage. Et leur enfant commun, un garçon, est né avec des troubles mentaux... Du coup, la rancoeur du fermier pour son épouse va rejaillir sur Vasil, l'enfant illégitime... Mais la mère, comme elle l'avait prédit à son mari, se tue à la aissance de son deuxième fils, pour ne plus avoir à subir le joug de celui que les locaux appellent Lehnsmanden (en gros, le seigneur des lieux)...

Des années plus tard, alors qu'à la ferme Brekanaes Thor héberge de nombreuses personnes, dont une jeune femme, Thora (Karina Bell), Swein (Sigurd Langberg), qu'il a adoptée, mais aussi le fils d'un de ses employés qui fait office d'intendant à la ferme. Il rend souvent visite à la jeune femme qu'il projette d'épouser, avec l'assentiment de Thor. Thora est très appréciée de tous: en particulier, d'Alsak (Peter Malberg) le fils simple d'esprit de Thor. Mais la jeune femme est amoureuse de Vasil (Emmanuel Gregers), qui revient alors au payx pour annoncer à son père qu'il envisage de cesser ses études de droit pour se consacrer à l'écriture, et souhaite emmener Thora avec lui. Le père refuse, toujours sous le coup du dépit et de la rancune tenace qu'il garde envers son épouse décédée depuis longtemps... 

Quand quelques jours plus tard, Thor est retrouvé mort, assassiné d'un jet de pierre. Les soupçons se tournent vers Vasil, mais Swein est tout aussi potentiellement coupable que lui... C'est Thora qui découvrira la vérité...

Du mélodrame, disais-je, et du lourd. Mais si le film laisse l'introgue suivre son cours, il vaut mieux: d'une part, on doit avouer qu'une fois de plus le mystère ne vaut pas lourd: le "coupable" du "meurtre" sera vite trouvé, permettant une fin relativement heureuse, mais quand même assez sombre... Les acteurs dirigés par Sandberg sont parfois dans la ligne, dans la mesure où ils jouent des archétypes. Une mention spéciale est due à Peter Malberg qui compose un personnage "simple d'esprit", comme on dit, constamment sur la brèche et réussit à ne pas en faire trop (ce qu'il pouvait parfois se permettre, surtout dans ses nombreux rôles de "méchant" pour Sandberg... De même que le lien entre lui et Thora est joué avec tact par Karina Bell. cette dernière réussit dans les deux dernières bobines à élever son personnage au dessus de son simple statut de commodité... L'actrice, souvent employée pour la comédie, est meilleure dans le drame, où l'étrangeté de son visage est un atout précieux.

On est dans une atmosphère qui rappelle un peu les films "paysans" de Murnau, avec leurs lourds secrets du passé, et leurs intrigues qui mobilisent toute une tribu de membres de la famille et d'employés de ferme. Mais Sandberg, en jouant la carte du conflit habituel entre campagne et cité, entre tradition et modernité, se réfugie plus dans le mélo classique avec ses règles et ses coups de théâtre, que dans le symbolisme transgressif de Terre qui flambe ou City Girl... Le metteur en scène Danois reste, avec ce solide film campagnard, les pieds sur terre, ou plutôt dans la glaise. Il dépeint en vrai citadin, c'est à dire à distance, le jugement de deux hommes par l'ensemble d'une communauté pas spécialement encline à rigoler avec le péché... 

Il n'empêche, pour cette incursion Norvégienne, Sandberg semble se débarrasser un peu de sa tendance Dickensienne, qui prenait depuis quelques films toute la place depuis qu'il avait réalisé trois films (un quatrième, Little Dorrit, allait sortir en décembre 1924) adaptés du célèbre auteur anglais. En recentrant son univers sur la Scandinavie, il se renouvelle...

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/moraenen

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg DFI Muet 1924
26 avril 2026 7 26 /04 /avril /2026 19:04

Dans leur jeunesse, Polly et Soren Bastrup étaient d'inséparables camarades de jeux, le garçon ayant pris l'habitude de célébrer l'anniversaire de son amie en lui offrant les plus belles fleurs... Mais Soren était le fils de l'employé du père de Polly, le Comte Wrangell (Philip Bech). Ce qui faisait de la jeune femme une authentique comtesse...

Devenus adultes, ils ne peuvent plus partager la même complicité, mais quand Soren (Aage Fonss) revient de Copenhague avec une jeune fiancée, Stella (Karina Bell), qui plus est une danseuse de variétés, la Comtesse Polly (Grethe Rygaard) va en ressentir une certaine mélancolie...

Ce film vient après plusieurs adaptations de Dickens, et on sent que Sandberg en a retiré beaucoup... D'une part, le film tourne beaucoup autour des notions de classe liées à la noblesse; le personnage de Polly, pour Soren, est absolument intouchable, et il le lui dit souvent, et dès leur enfance. L'essentiel du film, situé lors d'une partie de chasse (tiens donc... Comme La Règle du Jeu... Mais c'est le seul point commun, ne rêvez pas), montre clairement Polly comme étant non seulement au-dessus du rang de son ami, devenu à la suite de son père décédé un employé du château, mais aussi dans une catégorie à part pour tous les protagonistes: son père se conduit, comme ses amis, de façon assez odieuse avec la danseuse, et le cousin (et fiancé!) de Polly, interprété par Peter Malberg, n'est pas en reste. Seule la Comtesse Polly aura l'intuition de ne pas accabler la jeune femme pour la vie qu'elle a mené.

Ce qui vient également de Dickens, c'est à la fois le mélange des genres, entre mélodrame très classique (un jeune homme tombe amoureux d'une danseuse et doute de sa moralité), et la comédie (Karina Bell, constante muse de Sandberg à cette période, joue Stella, voontairement, comme une ravissante idiote un peu vulgaire)... Mais c'est pour mieux brouiller les pistes. Car le film que nous voyons me semble cacher une autre intrigue... Mais la cache de moins en moins sur la fin:

Derrière l'histoire un rien enfantine de Soren et Stella, les deux tourtereaux qui se sont rencontrés au théâtre où la jeune femme montrait ses jambes, se cache la douleur et l'amour condamné de Polly pour un jeune homme destiné à être son employé, et selon les coutumes ancestrales, son inférieur. En choisissant de finir sur un plan de la jeune femme, qui vient de recevoir des bonnes nouvelles des jeunes époux Soren et Stella, et qui part de dos vers son château, la mine triste, il nous prouve qu'elle était bien l'héroïne sacrifiée, d'une sorte de tragédie.

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 A.W. Sandberg Muet
21 avril 2026 2 21 /04 /avril /2026 00:10

Une petite localité tranquille, une nuit: à minuit, le sacristain reçoit un coup de téléphone, une voix de femme, puis on entend un coup de feu. Un homme d'affaires, Erland, a été tué. Une femme, l'actrice Mimi Brandt (Karina Bell), l'arme du crime à la main, s'accuse... Avec elle, le jeune comte Braa (Gorm Schmidt), son amant, s'accuse aussi... Le procureur Steen (Elith Reumert) a fort à faire pou dénouer l'intrigue, qui a commencé quelques temps plus tôt quand Erland a commencé à approcher Mimi pour lui parler d'un héritage dont elle serait bénéficiaire...

C'est un whodunit! Vous savez, ce film qui vous fait réfléchir longuement avant de vous révéler que c'est le jardinier qui a fait le coup! Généralement, c'est un exercice assez vain, mais les films peuvent aussi être réhaussés d'un peu de comédie ou d'atmosphère...

Cela reste donc longtemps une énigme, pour le procureur comme pour nous, puisque les témoignages des deux seuls protagonistes qui apparemment savent quelque chose nous sont certes donnés, mais à chaque fois ils sont adroitement ciblés de manière, on le comprend très vite, à éviter d'en dire trop. La question inévitable, c'est bien sûr de deviner lequel des deux tourtereaux ment pour couvrir l'autre... Ce que comprend Steen assez rapidement.

Anders Sandberg savait tout faire et avait une bonne maîtrise de tous les genres... Dans un cadre raisonnable s'entend, et cette histoire sentimentalo-policière lui convient plutôt pas mal, avec ses arrières-goûts de mélodrame sentimental. Les ingrédients nécessaires en sont tous présents: le père conservateur du jeune homme, l'indignité de se montrer en public avec une actrice, le vieil homme d'affaires franchement libidineux... 

Ce n'est en aucun cas un film à message, juste un film de genre, bien fait et plutôt bien interprété, avec savoir-faire sinon brio, et avec quelques touches d'humour fournies par les domestiques, dont Mathilde Nielsen, qui tournera deux ans plus tard avec Dreyer dans Le maître du logis...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 A.W. Sandberg
13 avril 2026 1 13 /04 /avril /2026 08:58

Au XVIIe siècle, lors d'une période particulièrement intense des conflits entre la Suède et les provinces Danoises, une troupe de mercenaires arrive dans un hameau Danois, pour en prendre possession et y reprendre des forces; parmi les habitants se trouvent le fermier Ole Hassel (Frederik Jacobsen), son épouse (Marie Dinesen) et leurs deux enfants, Anne (Olga D'Org) et Helle (Martin Herzberg); le caporal Prinz (Peter Nielsen), un homme peu recommandable, leur impose sur ordre du Roi de recueillir un soldat blessé, Lasse Manson (Poul Reumert)...

Alors que l'occupation se poursuit, la vie est finalement assez simple à la ferme, tant les habitants sont séduits par le convalescent... Surtout Anne bien sûr. Quand celle-ci apprend qu'en plus Lasse est d'origine Danoise, elle lui reproche ses choix. Mais les deux jeunes gens tombent amoureux, avec plus ou moins la bénédiction de tout le village... quand Lasse doit partir, il se rend compte que le caporal est parti avec son argent, le retrouve et récupère son bien en se débarrassant de son supérieur, qu'il croit avoir tué. Puis, il revient chez les Hassel pour se cacher, ce qui réjouit Anne...

C'est un peu un film en forme de halte, un conte à l'ancienne, qui aurait pu prendre deux chemins fort attendus, mais n'en fait rien: d'une part, comme le dernier chapitre des Pages arrachées du Livre de Satan, de Dreyer, on attendrait que cette histoire d'occupation, d'allégeances contradictoires et de passions entravées vire au pamphlet nationaliste, mais Sandberg et la Nordisk, qui visent le marché international avec leurs films, ont sagement mis cet aspect de l'intrigue en sourdine. Par ailleurs, on évite aussi le conte moral avec connotation Chrétienne, quand après s'être installés ensemble dans la cabane de Lasse, les deux amants consomment leur amour sans réserve. Anne, très superstitieuse, voit dans l'orage qui s'ensuit la colère divine, et d'autres lui emboîtent le pas, mais tout se passe comme si pour le metteur en scène, cette interprétation ne tient pas... Un choix sage et qui permet à Sandberg et à ses acteurs de laisser libre cours au lyrisme d'une histoire qui par moment, et toutes proportions gardées, fera un peu penser à l'amour interdit de Mary Johnson pour Richard Lund dans Le trésor d'Arne de Mauritz Stiller...

Mais en mineur: Sandberg vise ici un public populaire et son film est une histoire d'amour, plutôt qu'une tragédie. La mise en scène est une fois de plus soignée, et Sandberg est très clairement inspiré par son village médiéval et ses sous-bois. Il prend aussi du plaisir à éclairer ses scènes nocturnes à la façon des maîtres flamands, en utilisant bien sûr des bougies dans le champ pour compléter l'illusion. C'est un joli effet qui vient largement contre-balancer le côté anecdotique d'un film taillé pour séduire et satisfaire les foules... Malgré une fin dont on ne peut vraiment dire qu'elle soit heureuse.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/lasse-mansson-fra-skaane

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 DFI Muet A.W. Sandberg
10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 23:48

Anders Wilhelm Sandberg ambitionnait, lorsqu'on l'avait promu réalisateur dans les années 20, de devenir le maître de la comédie au Danemark... Mais le créneau était déjà pris: Lau Lauritzen occupait de façon incontestable ce terrain. Néanmoins, à la vision de ce film, on peut se dire que l'idée a du avoir du mal à lui sortir de la tête... C'est une comédie policière particulièrement farfelue, dont le succès a dépassé les frontières au point qu'il est plus facile de trouver le film ou des renseignements le concernant sous son titre Anglais: The Hill Park Mystery, ou The Park Hill Mystery, puisque on trouve les deux! 

Le journaliste Erik Brandt (Gorm Schmidt) est arrivé à la rédaction de son journal à Copenhague, avec à nouveau la résolution d'une enquête. Grâce à son acharnement, il est venu à bout d'un tueur redoutable... mais n'a pas dormi depuis bien longtemps. Il se rend donc chez lui avec un chèque conséquent, et deux semaines de vacances pour rattraper ses nuits en retard, et comme le dit un intertitre, "n'aurait pas du regarder par la fenêtre".

...Car il y a vu un meurtre, simple, bête et brutal. Dans le parc avenant à sa propriété, un homme est accosté par une femme (Olga D'Org) qui fait tomber ses cigarettes, et quand l'aimable citadin les ramasse, il se prend un coup sur la tête, qui le laisse raide mort pendant que la femme disparaît. La police n'ayant que peu d'envie de le croire, le jeune détective va se lancer aux trousses d'une tueuse qui est d'autant plus redoutable qu'elle est particulièrement avenante, et pas insensible à son charme elle non plus...

Les deux acteurs ne sont pas des inconnus pour qui fréquente le cinéma de Sandberg: Olga d'Org interprétait Estella, dans la splendide adaptation par le réalisateur des Grandes espérances de Dickens, le film étant sorti en 1922... Et sinon, Gorm Schmidt, qui jouait souvent les jeunes premiers dans les longs métrages de Lau Lauritzen avec Doublepatte et Patachon, a souvent joué des rôles importants chez Sandberg, ne serait-ce que celui de David Copperfield en 1922... Il était rompu au ton du mélodrame comme à celui de la comédie. ...Et il le prouve ici.

Impossible de toute façon de prendre vraiment au sérieux ce film qui lance un détective compétent mais très très fatigué, dans des aventures où le cocasse le dispute à l'absurde. Sandberg s'est clairement énormément amusé, en variant les décors avec un goût certain, une pointe d'extravagance dans le farfelu (on pense parfois au ton particulier du Brasier Ardent, la flamboyance en moins), et bien sûr ne rate aucune occasion de relancer le mystère en prenant systématiquement le point de vue du héros, c'est à dire celui de l'homme qui n'a en réalité rien compris du tout! 

Sandberg se paie même le luxe de se placer dans son film, et de chasser sur les terres de Lauritzen dans une jolie séquence à la mer avec ses baigneuses en maillot. Il se dégage de ce film pour le plaisir un parfum enivrant de parfaite carte postale du muet, sans un gramme de drame, ce qui est quand même frappant pour une production Danoise! Bref, ce film oublié du réalisateur de Klovnen est plus que recommandable, il est donc hautement recommandé.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/nedbrudte-nerver

 

 

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Comédie A.W. Sandberg DFI *
6 avril 2026 1 06 /04 /avril /2026 18:46

Après Our mutual friend et David Copperfield, c'est la troisième des trois adaptations spectaculaires de Dickens par Sandberg. On y retrouve le même soin que dans les autres, une volonté affichée de rendre le roman aussi complet que possible dans son adaptation, mais avec cette fois des raccourcis: la longueur des deux premiers films avait été la source d'ennuis avec ses distributeurs, cette fois Sandberg a réussi à rester en dessous de deux heures, et livre une version linéaire, d'une fidélité exemplaire, et très réussie... Notons également que l'économie du cinéma danois était assez particulière, les sti=udios ayant pris l'habitude d'engranger des films et de les garder parfois longtemps avant de les distribuer. Ce film a probablement été tourné deux ans avant sa sortie.

Philip Pirrip (Martin Hezberg), un jeune garçon orphelin qui grandit aux côtés de sa soeur (Ellen Rovsing), une femme acariâtre, et de son mari Joe Gargery (Gerhard Jessen), forgeron de son état, ressent plus d'affection pour ce dernier que pour sa soeur, qui a la main fort leste. Un soir qu'il est resté au cimetière, sur la tombe de sa mère, un forçat évadé (Emil Helsengreen) obtient de lui la promesse de revenir lui donner de la nourriture en échange de la vie sauve. Il revient le soir même... Sans savoir que son geste allait changer complètement sa vie.

Plus tard, il fréquente la maison excentrique et délabrée d'une dame à demi-folle qui vit en compagnie de sa mystérieuse pupille Estella (Olga D'org): Miss Havisham (Marie Dinesen), éternellement habillée en robe de mariée (son mariage a été annulé in extremis), vit dans le passé et la rancoeur, et semble élever Estella dans la méchanceté à l'égard des hommes, ce dont Philip (surnommé Pip) fera bien vite les frais, d'autant qu'il est amoureux... Quand le premier acte se termine, Pip devenu adulte (Harry Komdrup) apprend qu'il est l'heureux dépositaire d'une fortune, mais sans connaître l'identité de son bienfaiteur... Ou de sa bienfaitrice, car il soupçonne Miss Havisham d'être son ange gardien secret...

Dickens ne s'était pas fait que des amis, avec un roman dans lequel il mélangeait le chaud et le froid, l'amour (Pip) et la souillure (Miss Havisham), les largesses d'un mystérieux bienfaiteur et la violence menaçante d'un forçat. En Pip, héros enfantin devenu adulte sans perdre son âme d'enfant, il avait créé un personnage qui allait déplaire, mais qui était parfait pour le cinéma. D'ailleurs il y a de nombreuses adaptations, et ça continuera tant que le cinéma et les images qui bougent existeront... Avec sa naïveté affichée, Pip est le parfait vecteur de cette entreprise d'illusions que sont les films.

Et c'est, je pense, ce qui attire Sandberg dans Dickens et la raison pour laquelle il va réaliser tant d'adaptations de ses oeuvres...  Il touche ainsi à une relative universalité, ou du moins à ce que l'occident en 1922 considérait comme tel. Il a du matériau parfait pour du mélodrame, pour des intrigues linéaires avec moult péripéties. Et il a des possibilités plastiques phénoménales, avec ces costumes 1860, ces décors Londoniens qui ici, au passage, ne sont pas forcément très recherchés, mais aussi ces décors naturels qui sont l'une des caractéristiques les plus évidentes du cinéma danois: de la scène dans le cimetière jusqu'à la rencontre finale de Pip et Estella, le film est souvent confronté à une nature sans artifice, parfaitement composée, dans des plans rigoureux. Pas d'audaces filmiques proprement dites, et si le metteur en scène est comme la plupart de ses collègues danois passé expert dans l'utilisation du clair-obscur et ne s'en prive pas, il fait peser de manière importante ces scènes diurnes qui marquent en particulier la première partie: on se souvient de la rencontre sinistre, en plein jour, avec un bandit... Le décor en est lugubre à souhait et tout le film nous montre cette faculté à tirer le meilleur aussi bien d'une ambiance décrite par Dickens (qui ne se privait pas, ça non!) que des lieux qu'il choisissait pour son film. N'oublions pas que sandberg recréait l'Angleterre de Dickens dans le Danemark des années 20!

Le film allait-il bouleverser l'histoire du cinéma? Non, bien sûr, pas davantage qu'il n'allait restituer au Danemark sa place de premier plan qui était la sienne en ce qui concerne le septième art, dix années auparavant. Mais ce que voulait Sandberg, c'était offrir à un public populaire des retrouvailles avec un roman qui avait tout pour l'être, populaire...en allant si possible un peu plus loin qu'une simple illustration. C'est tout, et c'est déjà beaucoup. Et c'est surtout parfaitement réussi, d'autant que de tous les films adaptés de Dickens par le réalisateur, c'est sans conteste le meilleur, le plus cinématographique aussi.

Le parcours initiatique de Pip, entre la cruauté de la vie et des êtres, et la candeur qui l'anime, est l'occasion d'une liste impressionnante de scènes sublimes: j'ai déjà mentionné la rencontre inquiétante avec le forçat, dans un décor parfaitement défini... Mais les morceaux de bravoure abondent: les premières entrevue avec la cruelle Miss Havisham et sa pupille, la froide mais mystérieuse Estella, le rendez-vous nocturne avec l'horrible Orlick, tout en atsmophère, et la fin tragique de la vieille Miss Havisham, tournée de façon frontale et d'une violence assez impressionnante... le cinéaste a beaucoup donné, et son film est une magnifique transposition.

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1922
3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 19:02

David Copperfield (Martin Herzberg) nait un beau jour, d'une dame (Margarethe Schlegel) qui six mois auparavant a perdu son mari... Son enfance se passe sans histoire, jusqu'à ce qu'un gandin (Robert Schmidt) commence à tourner autour de sa maman... Quand celle-ci se marie avec l'homme en question, c'est le début des ennuis. Puis la maman meurt en laissant son fils à un homme qui ne l'aime pas, ainsi que sa soeur... Forcé de partir, david commence à travailler, puis va faire des rencontres (dont celle du pittoresque Micawber, Frederik Jensen) avant que sa vie ne se stabilise quand il revient vers une vieille tante (Marie Dinesen) qui fut bien acariâtre, mais qui va fondre devant le jeune homme.

Les années passent, et si David (Gorm Schmidt) fait une petite carrière dans le droit, il a aussi s'intéresser à l'écriture, ce qui va beaucoup attirer la belle Dora (Karina Bell)...

De tous les films (il y en eut quatre) que Sandberg a adapté de Dickens, ce fut sans doute le plus gonflé... Notamment en raison de sa durée, et de l'extrême linéarité de son intrigue, qui empêche assez clairement de trop raccourcir l'histoire! Mais Sandberg et le scénariste Laurids Skands ont réussi à obtenir une épure qui tient en deux heures et demie à peu près, bien tassées... La méthode du cinéaste sur ces adaptations, est de se mettre intégralement au service du roman, quitte à abolir tout apport personnel... 

Bien sûr qu'il y a fait son travail de cinéaste, notamment en choisissant avec goût ses décors, qui figurent une vieille Angleterre de la première moitié du XIXe siècle qui est presque plus vraie que nature... Toute en étant Danoise! Une séquence d'une grande beauté vers la fin trouve un moyen éminemment poétique, et qu'il a fallu planifier sur plusieurs mois, pour transposer le passage des saisons... Mais le film tente l'impossible, à savoir de refléter exactement le roman, en représentant aussi fidèlement que possible la vision de Dickens.

A ce niveau, c'est globalement réussi, les acteurs ayant à coeur de véhiculer le ton constamment équilibré entre un humour narratif solide et une intrigue mélodramatique à souhait. Les personnages sont formidablement campés, et on est épaté de la performance de Frederik Jensen en Micawber, qui semble préfigurer le W.C. Fields du film de Cukor, Marie Dinesen dans le rôle de la Tante Betsy, ou Peter Malberg, l'acteur complice qui cette fois n'a pas à jouer les traitres!

C'est moins flagrant pour les deux jeunes premières, avec Karina Bell (décidément très présente dans la filmographie de Sandberg) et Karen Vinther qui jouent les deux amoureuses de Copperfield. Elles sont souvent un peu trop stéréotypées. Mais Dickens décrivait Dora comme une ravissante idiote, et ma foi Karina Bell s'en sort assez bien. Le bât blesse pour Uriah Heep, l'infâme, dont le personnage est très réduit...

Et le film accuse le coup, car non seulement ces 568 pages sont rudes à adapter, mais le texte abondant débouche sur près de 280 intertitres très fournis... Une lecture parfois aride pour qui est venu vers le film pour y apprécier la fluidité du film muet. L'adaptation de Great Expectations qui suivra ne tombera pas autant dans le même travers... 

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1922