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26 avril 2026 7 26 /04 /avril /2026 19:04

Dans leur jeunesse, Polly et Soren Bastrup étaient d'inséparables camarades de jeux, le garçon ayant pris l'habitude de célébrer l'anniversaire de son amie en lui offrant les plus belles fleurs... Mais Soren était le fils de l'employé du père de Polly, le Comte Wrangell (Philip Bech). Ce qui faisait de la jeune femme une authentique comtesse...

Devenus adultes, ils ne peuvent plus partager la même complicité, mais quand Soren (Aage Fonss) revient de Copenhague avec une jeune fiancée, Stella (Karina Bell), qui plus est une danseuse de variétés, la Comtesse Polly (Grethe Rygaard) va en ressentir une certaine mélancolie...

Ce film vient après plusieurs adaptations de Dickens, et on sent que Sandberg en a retiré beaucoup... D'une part, le film tourne beaucoup autour des notions de classe liées à la noblesse; le personnage de Polly, pour Soren, est absolument intouchable, et il le lui dit souvent, et dès leur enfance. L'essentiel du film, situé lors d'une partie de chasse (tiens donc... Comme La Règle du Jeu... Mais c'est le seul point commun, ne rêvez pas), montre clairement Polly comme étant non seulement au-dessus du rang de son ami, devenu à la suite de son père décédé un employé du château, mais aussi dans une catégorie à part pour tous les protagonistes: son père se conduit, comme ses amis, de façon assez odieuse avec la danseuse, et le cousin (et fiancé!) de Polly, interprété par Peter Malberg, n'est pas en reste. Seule la Comtesse Polly aura l'intuition de ne pas accabler la jeune femme pour la vie qu'elle a mené.

Ce qui vient également de Dickens, c'est à la fois le mélange des genres, entre mélodrame très classique (un jeune homme tombe amoureux d'une danseuse et doute de sa moralité), et la comédie (Karina Bell, constante muse de Sandberg à cette période, joue Stella, voontairement, comme une ravissante idiote un peu vulgaire)... Mais c'est pour mieux brouiller les pistes. Car le film que nous voyons me semble cacher une autre intrigue... Mais la cache de moins en moins sur la fin:

Derrière l'histoire un rien enfantine de Soren et Stella, les deux tourtereaux qui se sont rencontrés au théâtre où la jeune femme montrait ses jambes, se cache la douleur et l'amour condamné de Polly pour un jeune homme destiné à être son employé, et selon les coutumes ancestrales, son inférieur. En choisissant de finir sur un plan de la jeune femme, qui vient de recevoir des bonnes nouvelles des jeunes époux Soren et Stella, et qui part de dos vers son château, la mine triste, il nous prouve qu'elle était bien l'héroïne sacrifiée, d'une sorte de tragédie.

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 A.W. Sandberg Muet
21 avril 2026 2 21 /04 /avril /2026 00:10

Une petite localité tranquille, une nuit: à minuit, le sacristain reçoit un coup de téléphone, une voix de femme, puis on entend un coup de feu. Un homme d'affaires, Erland, a été tué. Une femme, l'actrice Mimi Brandt (Karina Bell), l'arme du crime à la main, s'accuse... Avec elle, le jeune comte Braa (Gorm Schmidt), son amant, s'accuse aussi... Le procureur Steen (Elith Reumert) a fort à faire pou dénouer l'intrigue, qui a commencé quelques temps plus tôt quand Erland a commencé à approcher Mimi pour lui parler d'un héritage dont elle serait bénéficiaire...

C'est un whodunit! Vous savez, ce film qui vous fait réfléchir longuement avant de vous révéler que c'est le jardinier qui a fait le coup! Généralement, c'est un exercice assez vain, mais les films peuvent aussi être réhaussés d'un peu de comédie ou d'atmosphère...

Cela reste donc longtemps une énigme, pour le procureur comme pour nous, puisque les témoignages des deux seuls protagonistes qui apparemment savent quelque chose nous sont certes donnés, mais à chaque fois ils sont adroitement ciblés de manière, on le comprend très vite, à éviter d'en dire trop. La question inévitable, c'est bien sûr de deviner lequel des deux tourtereaux ment pour couvrir l'autre... Ce que comprend Steen assez rapidement.

Anders Sandberg savait tout faire et avait une bonne maîtrise de tous les genres... Dans un cadre raisonnable s'entend, et cette histoire sentimentalo-policière lui convient plutôt pas mal, avec ses arrières-goûts de mélodrame sentimental. Les ingrédients nécessaires en sont tous présents: le père conservateur du jeune homme, l'indignité de se montrer en public avec une actrice, le vieil homme d'affaires franchement libidineux... 

Ce n'est en aucun cas un film à message, juste un film de genre, bien fait et plutôt bien interprété, avec savoir-faire sinon brio, et avec quelques touches d'humour fournies par les domestiques, dont Mathilde Nielsen, qui tournera deux ans plus tard avec Dreyer dans Le maître du logis...

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 A.W. Sandberg
13 avril 2026 1 13 /04 /avril /2026 08:58

Au XVIIe siècle, lors d'une période particulièrement intense des conflits entre la Suède et les provinces Danoises, une troupe de mercenaires arrive dans un hameau Danois, pour en prendre possession et y reprendre des forces; parmi les habitants se trouvent le fermier Ole Hassel (Frederik Jacobsen), son épouse (Marie Dinesen) et leurs deux enfants, Anne (Olga D'Org) et Helle (Martin Herzberg); le caporal Prinz (Peter Nielsen), un homme peu recommandable, leur impose sur ordre du Roi de recueillir un soldat blessé, Lasse Manson (Poul Reumert)...

Alors que l'occupation se poursuit, la vie est finalement assez simple à la ferme, tant les habitants sont séduits par le convalescent... Surtout Anne bien sûr. Quand celle-ci apprend qu'en plus Lasse est d'origine Danoise, elle lui reproche ses choix. Mais les deux jeunes gens tombent amoureux, avec plus ou moins la bénédiction de tout le village... quand Lasse doit partir, il se rend compte que le caporal est parti avec son argent, le retrouve et récupère son bien en se débarrassant de son supérieur, qu'il croit avoir tué. Puis, il revient chez les Hassel pour se cacher, ce qui réjouit Anne...

C'est un peu un film en forme de halte, un conte à l'ancienne, qui aurait pu prendre deux chemins fort attendus, mais n'en fait rien: d'une part, comme le dernier chapitre des Pages arrachées du Livre de Satan, de Dreyer, on attendrait que cette histoire d'occupation, d'allégeances contradictoires et de passions entravées vire au pamphlet nationaliste, mais Sandberg et la Nordisk, qui visent le marché international avec leurs films, ont sagement mis cet aspect de l'intrigue en sourdine. Par ailleurs, on évite aussi le conte moral avec connotation Chrétienne, quand après s'être installés ensemble dans la cabane de Lasse, les deux amants consomment leur amour sans réserve. Anne, très superstitieuse, voit dans l'orage qui s'ensuit la colère divine, et d'autres lui emboîtent le pas, mais tout se passe comme si pour le metteur en scène, cette interprétation ne tient pas... Un choix sage et qui permet à Sandberg et à ses acteurs de laisser libre cours au lyrisme d'une histoire qui par moment, et toutes proportions gardées, fera un peu penser à l'amour interdit de Mary Johnson pour Richard Lund dans Le trésor d'Arne de Mauritz Stiller...

Mais en mineur: Sandberg vise ici un public populaire et son film est une histoire d'amour, plutôt qu'une tragédie. La mise en scène est une fois de plus soignée, et Sandberg est très clairement inspiré par son village médiéval et ses sous-bois. Il prend aussi du plaisir à éclairer ses scènes nocturnes à la façon des maîtres flamands, en utilisant bien sûr des bougies dans le champ pour compléter l'illusion. C'est un joli effet qui vient largement contre-balancer le côté anecdotique d'un film taillé pour séduire et satisfaire les foules... Malgré une fin dont on ne peut vraiment dire qu'elle soit heureuse.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/lasse-mansson-fra-skaane

 

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Published by François Massarelli - dans 1923 DFI Muet A.W. Sandberg
10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 23:48

Anders Wilhelm Sandberg ambitionnait, lorsqu'on l'avait promu réalisateur dans les années 20, de devenir le maître de la comédie au Danemark... Mais le créneau était déjà pris: Lau Lauritzen occupait de façon incontestable ce terrain. Néanmoins, à la vision de ce film, on peut se dire que l'idée a du avoir du mal à lui sortir de la tête... C'est une comédie policière particulièrement farfelue, dont le succès a dépassé les frontières au point qu'il est plus facile de trouver le film ou des renseignements le concernant sous son titre Anglais: The Hill Park Mystery, ou The Park Hill Mystery, puisque on trouve les deux! 

Le journaliste Erik Brandt (Gorm Schmidt) est arrivé à la rédaction de son journal à Copenhague, avec à nouveau la résolution d'une enquête. Grâce à son acharnement, il est venu à bout d'un tueur redoutable... mais n'a pas dormi depuis bien longtemps. Il se rend donc chez lui avec un chèque conséquent, et deux semaines de vacances pour rattraper ses nuits en retard, et comme le dit un intertitre, "n'aurait pas du regarder par la fenêtre".

...Car il y a vu un meurtre, simple, bête et brutal. Dans le parc avenant à sa propriété, un homme est accosté par une femme (Olga D'Org) qui fait tomber ses cigarettes, et quand l'aimable citadin les ramasse, il se prend un coup sur la tête, qui le laisse raide mort pendant que la femme disparaît. La police n'ayant que peu d'envie de le croire, le jeune détective va se lancer aux trousses d'une tueuse qui est d'autant plus redoutable qu'elle est particulièrement avenante, et pas insensible à son charme elle non plus...

Les deux acteurs ne sont pas des inconnus pour qui fréquente le cinéma de Sandberg: Olga d'Org interprétait Estella, dans la splendide adaptation par le réalisateur des Grandes espérances de Dickens, le film étant sorti en 1922... Et sinon, Gorm Schmidt, qui jouait souvent les jeunes premiers dans les longs métrages de Lau Lauritzen avec Doublepatte et Patachon, a souvent joué des rôles importants chez Sandberg, ne serait-ce que celui de David Copperfield en 1922... Il était rompu au ton du mélodrame comme à celui de la comédie. ...Et il le prouve ici.

Impossible de toute façon de prendre vraiment au sérieux ce film qui lance un détective compétent mais très très fatigué, dans des aventures où le cocasse le dispute à l'absurde. Sandberg s'est clairement énormément amusé, en variant les décors avec un goût certain, une pointe d'extravagance dans le farfelu (on pense parfois au ton particulier du Brasier Ardent, la flamboyance en moins), et bien sûr ne rate aucune occasion de relancer le mystère en prenant systématiquement le point de vue du héros, c'est à dire celui de l'homme qui n'a en réalité rien compris du tout! 

Sandberg se paie même le luxe de se placer dans son film, et de chasser sur les terres de Lauritzen dans une jolie séquence à la mer avec ses baigneuses en maillot. Il se dégage de ce film pour le plaisir un parfum enivrant de parfaite carte postale du muet, sans un gramme de drame, ce qui est quand même frappant pour une production Danoise! Bref, ce film oublié du réalisateur de Klovnen est plus que recommandable, il est donc hautement recommandé.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/nedbrudte-nerver

 

 

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Comédie A.W. Sandberg DFI *
6 avril 2026 1 06 /04 /avril /2026 18:46

Après Our mutual friend et avant David Copperfield, c'est la deuxième des quatre adaptations spectaculaires de Dickens par Sandberg. On y retrouve le même soin que dans les autres, une volonté affichée de rendre le roman aussi complet que possible dans son adaptation, mais avec cette fois des raccourcis: la longueur des deux premiers films avait été la source d'ennuis avec ses distributeurs, cette fois Sandberg a réussi à rester en dessous de deux heures, et livre une version linéaire, d'une fidélité exemplaire, et très réussie... Notons également que l'économie du cinéma danois était assez particulière, les sti=udios ayant pris l'habitude d'engranger des films et de les garder parfois longtemps avant de les distribuer. Ce film a probablement été tourné deux ans avant sa sortie.

Philip Pirrip (Martin Hezberg), un jeune garçon orphelin qui grandit aux côtés de sa soeur (Ellen Rovsing), une femme acariâtre, et de son mari Joe Gargery (Gerhard Jessen), forgeron de son état, ressent plus d'affection pour ce dernier que pour sa soeur, qui a la main fort leste. Un soir qu'il est resté au cimetière, sur la tombe de sa mère, un forçat évadé (Emil Helsengreen) obtient de lui la promesse de revenir lui donner de la nourriture en échange de la vie sauve. Il revient le soir même... Sans savoir que son geste allait changer complètement sa vie.

Plus tard, il fréquente la maison excentrique et délabrée d'une dame à demi-folle qui vit en compagnie de sa mystérieuse pupille Estella (Olga D'org): Miss Havisham (Marie Dinesen), éternellement habillée en robe de mariée (son mariage a été annulé in extremis), vit dans le passé et la rancoeur, et semble élever Estella dans la méchanceté à l'égard des hommes, ce dont Philip (surnommé Pip) fera bien vite les frais, d'autant qu'il est amoureux... Quand le premier acte se termine, Pip devenu adulte (Harry Komdrup) apprend qu'il est l'heureux dépositaire d'une fortune, mais sans connaître l'identité de son bienfaiteur... Ou de sa bienfaitrice, car il soupçonne Miss Havisham d'être son ange gardien secret...

Dickens ne s'était pas fait que des amis, avec un roman dans lequel il mélangeait le chaud et le froid, l'amour (Pip) et la souillure (Miss Havisham), les largesses d'un mystérieux bienfaiteur et la violence menaçante d'un forçat. En Pip, héros enfantin devenu adulte sans perdre son âme d'enfant, il avait créé un personnage qui allait déplaire, mais qui était parfait pour le cinéma. D'ailleurs il y a de nombreuses adaptations, et ça continuera tant que le cinéma et les images qui bougent existeront... Avec sa naïveté affichée, Pip est le parfait vecteur de cette entreprise d'illusions que sont les films.

Et c'est, je pense, ce qui attire Sandberg dans Dickens et la raison pour laquelle il va réaliser tant d'adaptations de ses oeuvres...  Il touche ainsi à une relative universalité, ou du moins à ce que l'occident en 1922 considérait comme tel. Il a du matériau parfait pour du mélodrame, pour des intrigues linéaires avec moult péripéties. Et il a des possibilités plastiques phénoménales, avec ces costumes 1860, ces décors Londoniens qui ici, au passage, ne sont pas forcément très recherchés, mais aussi ces décors naturels qui sont l'une des caractéristiques les plus évidentes du cinéma danois: de la scène dans le cimetière jusqu'à la rencontre finale de Pip et Estella, le film est souvent confronté à une nature sans artifice, parfaitement composée, dans des plans rigoureux. Pas d'audaces filmiques proprement dites, et si le metteur en scène est comme la plupart de ses collègues danois passé expert dans l'utilisation du clair-obscur et ne s'en prive pas, il fait peser de manière importante ces scènes diurnes qui marquent en particulier la première partie: on se souvient de la rencontre sinistre, en plein jour, avec un bandit... Le décor en est lugubre à souhait et tout le film nous montre cette faculté à tirer le meilleur aussi bien d'une ambiance décrite par Dickens (qui ne se privait pas, ça non!) que des lieux qu'il choisissait pour son film. N'oublions pas que sandberg recréait l'Angleterre de Dickens dans le Danemark des années 20!

Le film allait-il bouleverser l'histoire du cinéma? Non, bien sûr, pas davantage qu'il n'allait restituer au Danemark sa place de premier plan qui était la sienne en ce qui concerne le septième art, dix années auparavant. Mais ce que voulait Sandberg, c'était offrir à un public populaire des retrouvailles avec un roman qui avait tout pour l'être, populaire...en allant si possible un peu plus loin qu'une simple illustration. C'est tout, et c'est déjà beaucoup. Et c'est surtout parfaitement réussi, d'autant que de tous les films adaptés de Dickens par le réalisateur, c'est sans conteste le meilleur, le plus cinématographique aussi.

Le parcours initiatique de Pip, entre la cruauté de la vie et des êtres, et la candeur qui l'anime, est l'occasion d'une liste impressionnante de scènes sublimes: j'ai déjà mentionné la rencontre inquiétante avec le forçat, dans un décor parfaitement défini... Mais les morceaux de bravoure abondent: les premières entrevue avec la cruelle Miss Havisham et sa pupille, la froide mais mystérieuse Estella, le rendez-vous nocturne avec l'horrible Orlick, tout en atsmophère, et la fin tragique de la vieille Miss Havisham, tournée de façon frontale et d'une violence assez impressionnante... le cinéaste a beaucoup donné, et son film est une magnifique transposition.

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1922
3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 19:02

David Copperfield (Martin Herzberg) nait un beau jour, d'une dame (Margarethe Schlegel) qui six mois auparavant a perdu son mari... Son enfance se passe sans histoire, jusqu'à ce qu'un gandin (Robert Schmidt) commence à tourner autour de sa maman... Quand celle-ci se marie avec l'homme en question, c'est le début des ennuis. Puis la maman meurt en laissant son fils à un homme qui ne l'aime pas, ainsi que sa soeur... Forcé de partir, david commence à travailler, puis va faire des rencontres (dont celle du pittoresque Micawber, Frederik Jensen) avant que sa vie ne se stabilise quand il revient vers une vieille tante (Marie Dinesen) qui fut bien acariâtre, mais qui va fondre devant le jeune homme.

Les années passent, et si David (Gorm Schmidt) fait une petite carrière dans le droit, il a aussi s'intéresser à l'écriture, ce qui va beaucoup attirer la belle Dora (Karina Bell)...

De tous les films (il y en eut quatre) que Sandberg a adapté de Dickens, ce fut sans doute le plus gonflé... Notamment en raison de sa durée, et de l'extrême linéarité de son intrigue, qui empêche assez clairement de trop raccourcir l'histoire! Mais Sandberg et le scénariste Laurids Skands ont réussi à obtenir une épure qui tient en deux heures et demie à peu près, bien tassées... La méthode du cinéaste sur ces adaptations, est de se mettre intégralement au service du roman, quitte à abolir tout apport personnel... 

Bien sûr qu'il y a fait son travail de cinéaste, notamment en choisissant avec goût ses décors, qui figurent une vieille Angleterre de la première moitié du XIXe siècle qui est presque plus vraie que nature... Toute en étant Danoise! Une séquence d'une grande beauté vers la fin trouve un moyen éminemment poétique, et qu'il a fallu planifier sur plusieurs mois, pour transposer le passage des saisons... Mais le film tente l'impossible, à savoir de refléter exactement le roman, en représentant aussi fidèlement que possible la vision de Dickens.

A ce niveau, c'est globalement réussi, les acteurs ayant à coeur de véhiculer le ton constamment équilibré entre un humour narratif solide et une intrigue mélodramatique à souhait. Les personnages sont formidablement campés, et on est épaté de la performance de Frederik Jensen en Micawber, qui semble préfigurer le W.C. Fields du film de Cukor, Marie Dinesen dans le rôle de la Tante Betsy, ou Peter Malberg, l'acteur complice qui cette fois n'a pas à jouer les traitres!

C'est moins flagrant pour les deux jeunes premières, avec Karina Bell (décidément très présente dans la filmographie de Sandberg) et Karen Vinther qui jouent les deux amoureuses de Copperfield. Elles sont souvent un peu trop stéréotypées. Mais Dickens décrivait Dora comme une ravissante idiote, et ma foi Karina Bell s'en sort assez bien. Le bât blesse pour Uriah Heep, l'infâme, dont le personnage est très réduit...

Et le film accuse le coup, car non seulement ces 568 pages sont rudes à adapter, mais le texte abondant débouche sur près de 280 intertitres très fournis... Une lecture parfois aride pour qui est venu vers le film pour y apprécier la fluidité du film muet. L'adaptation de Great Expectations qui avait précédé n'avait pas ce défaut... 

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1922
31 octobre 2025 5 31 /10 /octobre /2025 13:53

C'est, selon toute vraisemblance, la première des quatre adaptations de romans de Dickens par Sandberg (les quatre films sont sortis dans le désordre), et ça montre bien les ambitions du metteur en scène, qui cherchait à produire des films au Danemark qui rivaliseraient avec le meilleur du cinéma mondial et en particulier avec les quatre leaders de l'industrie, Italiens, Français, Américains et les Allemands revenus d'entre les morts, et qui étaient fortement présents au Danemark. Bref, le réalisateur de Klovnen cherchait à apporter sa contribution pour restaurer la toute-puissance Danoise d'avant 1914 en ce qui concerne le cinéma...

Dans ces conditions, le choix de Dickens peut paraître étonnant, mais la même année, Griffith aux Etats-Unis sortait Orphans of the storm, qui devait plus aux romans de Dickens qu'à la pièce qu'il adaptait! Pourtant, le film de Sandberg est très différent de ce que faisait Griffith...

L'intrigue du dernier roman de Dickens est touffue, et il semble que le film ait cherché à en adapter les moindres recoins, et à en reprendre toute la richesse des personnages, qui sont fort nombreux, et chacun d'entre eux apporte un nouvel élément de complication dans la première partie! Il est donc question d'un testament, celui d'un vieil homme dont l'unique héritier est retrouvé mort. Sa fortune est donc reprise par son valet, un brave homme un peu simplet, mais... Evidemment, tout le monde la convoite un peu; bien sûr, certains sont plus malhonnêtes que d'autres; bien sûr, les riches et les pauvres vont s'opposer, en particulier sur la morale; et enfin, pour couronner le tout... L'héritier est-il vraiment mort?

C'est emballant, car en dépit d'une fidélité au texte, à sa linéarité et à la naïveté mélodramatique de l'intrigue, Sandberg a évité les pièges d'une trop littérale adaptation. Il illustre, oui, mais en poussant les ambiances, pour faire de son Londres inquiétant quelque chose de plus fort encore que ce que voulait Dickens. Chaque personnage peu être lu de plusieurs façons grâce à des caractérisations plus cinématographiques que littéraires, et le metteur en scène utilise le montage à merveille pour alterner plans d'ensemble d'une grande richesse, et inserts vivants. Les acteurs incarnent totalement leur personnage, et comme c'est un film Danois les éclairages sont luxueux!

Après ce qui précède, on s'attend à un "mais...", et ça ne va pas pouvoir être évité: "...mais" le problème c'est que la deuxième partie est perdue, en tout cas de moitié, et n'a survécu que sous la forme de fragments disjoints. Au regard de la qualité photographique de la copie et de l'impeccable tenue de la première partie, c'est un crève-coeur... Cette adaptation sage mais très réussie donne envie de voir les autres films adaptés de l'écrivain par le décidément très intéressant metteur en scène, qui ne mérite absolument pas d'être tombé dans l'oubli.

 

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1921
27 octobre 2025 1 27 /10 /octobre /2025 08:53

Bien que le copyright du film indique la date de 1920, le film est sorti à l'automne de 1921, alors que le cinéma Danois se remettait encore avec difficulté de la mort de Valdemar Psilander (que Sandberg avait dirigé en 1917 dans son film Klovnen peu de temps avant son décès prématuré)... C'est donc Gunnar Tolnaes, qui avait plus ou moins pris la place de la star disparue, qui interprète le rôle principal aux côtés de l'acteur Philip Bech, et de Kate Riise. Cette dernière, qui incarne une artiste de music-hall, avait exigé d'apparaître sous un nom d'emprunt, car le rôle exigeait d'elle des scènes en petite tenue (en l'occurrence un justeaucorps et des collants pour les scènes situées dans les coulisses, des vêtements jugés trop suggestifs par l'actrice)...

Le titre, qui signifie "Les yeux peuvent-ils mentir?", trouve dès l'ouverture, un écho: en effet le film commence par un plan très clair, celui des yeux d'une jeune femme aux cheveux blonds, qui nous regardent de façon très aguichante... Une façon comme une autre de placer le sujet de ce mélodrame: Egil, un riche héritier (Tolnaes) est amoureux d'une artiste (Riise), et la séduit. Ils veulent se marier mais la famille n'a pas confiance en elle. Alors que le mariage se profile à l'horizon, la jeune femme disparaît. Quand elle revient, elle apprend à son fiancé qu'elle est mariée, et qu'elle a fui son mari violent, le comte Mirko. Mais elle est bien vite accusée d'avoir tué son mari...

Un (mélo) drame dans la noblesse, des traditions bousculées, des codes amoureux dictés par les conventions, un mariage en dépit de la désapprobation des parents, une figure féminine sur lequel le doute (celui des protagonistes aussi bien que celui des spectateurs) plane avec insistance, des personnages mystérieux, une mort suspecte, et enfin des secrets compliqués voire inavouables... On est en plein mélodrame établi, étanche et à l'épreuve des balles. Mais Sandberg démontre une fois de plus son métier et sa filiation avec les grands noms du cinéma Danois des années 10, Blom, Holger-Madsen, Gad et Christensen en tête: son utilisation des lumières et de l'ombre, sa scénographie des intérieurs bourgeois (particulièrement luxueux), le jeu souvent très retenu des acteurs, tout fonctionne très bien. Le cinéaste prend un certain plaisir à détailler à travers tous les univers aperçu (les coulisses d'un théâtre fréquentés par les héritiers en haut-de-forme qui viennent fréquenter les danseuses, un salon austère dans lequel la famille tient conseil, des galeries imposantes de manoirs tout aussi peu discrets...) tout le luxe mais aussi la vanité d'un monde qui semble bien loin de ce que devait être le quotidien des gens qui fréquentaient les salles de cinéma à l'époque. Car cet art consommé du mélodrame est un art populaire par définition, qui se doit de raconter et d'aller d'un point A à un point Z...

Le film fait la part belle aux gros plans dynamiques, pas de décrochage idéaliste à la façon d'un Griffith: chaque plan a une fonction rigoureuse dans la continuité... Et cette histoire certes un rien éventée plus d'un siècle plus tard se déroule tranquillement sous nos yeux, dans un style qui ne fait certes pas de vagues, mais donc l'eficacité n'est plus à  démontrer... C'est un film qui ressemble beaucoup, donc, à ceux que Sandberg allait réaliser durant toute la décennie, et Sandberg aime à questionner les apparences dans une narration certes sage, et dans laquelle à la fin, tout conduit au bonheur de ces nobliaux d'un autre âge...

Le film, comme tant d'autres de son auteur, est disponible sur le site de plus en plus fourni du Danske Filminstitut, mais comme pour la plupart des oeuvres disponibles, ce sera avec des intertitres danois sans traduction...

https://www.stumfilm.dk/stumfilm/streaming/film/kan-disse-ojne-lyve

 

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Published by François Massarelli - dans Muet A.W. Sandberg 1920
19 juillet 2025 6 19 /07 /juillet /2025 00:03

Les Quatre Diables, des acrobates, sont deux garçons et deux filles, issus de deux fratries différentes, et élevés jusqu'à devenir des artistes talentueux par un père adoptif particulièrement pointilleux... Ils sont très unis, mais avec l'arrivée de l'âge adulte, les ennuis commencent: l'une des deux jeunes femmes, Aimée (Margarethe Schlegel), ressent un amour d'autant plus troublant pour Frederick (Ernest Winar), qu'il ne semble pas se soucier d'elle. Par contre, il est tombé amoureux d'une comtesse qui ne rate pas une seule des représentations, et qui l'a invité à la rejoindre dans sa maison... Frederick en revient épuisé par l'amour, mais commence lors des entraînements à ressentir un vertige qui l'inquiète beaucoup, et ses partenaires également: c'est que pour une soirée de charité très en vue, ils vont effectuer leur numéro de trompe-la-mort sans aucune protection... 

Sandberg est en délicatesse avec la compagnie Nordisk Film de Copenhague au moment où il effectue ce film, tourné à Leipzig et à Berlin pour un distributeur Allemand. Il vient de compléter son film le plus ambitieux (tourné en 1918, monté en 1919, et qui ne sortira qu'en 1921), une adaptation de Our mutual friend de Dickens, et doit batailler sur le montage, l'exploitation et tout un tas d'autres choses. On remet en cause sa position au sein de la compagnie, qui lui permettait de mettre en scène des grands sujets sans interférences... Le choix du film tourné en Allemagne est assez ironique, puisque Les quatre diables avait déjà été un énorme succès en Europe en 1911, sous pavillon Danois! C'était une production de Robert Dinesen, adaptée du roman de Hermann Bang, et qui allait ensuite fournir la base d'un film de Murnau aujourd'hui disparu, réalisé à la Fox en 1928...

Mais Sandberg, dont le style passe-partout s'adaptait assez bien à tous les environnements, en fait un film totalement nocturne, dans lequel il focalise toute son intrigue sur l'âge adulte de ses protagonistes, contrairement aux deux autres adaptations qui proposent l'histoire en séquence, en commençant par la jeunesse difficile sous la protection mais aussi la férule du clown Cecchi... L'intrigue est vraiment centrée sur ces deux personnages, plus évidemment celui de la comtesse, qui est essentiellement un type de femme fatale assez fréquent dans le cinéma Européen de cette époque. On retrouve la patte de Sandberg dans l'attention portée aux coulisses du spectacle, saisies dans une volonté de naturalisme qui parfois tranche singulièrement avec le traitement mélodramatique du drame des personnages principaux... Et la main du destin prend la forme, clin d'oeil très itonique, du dessin d'un diable sur un costume de scène, qui est visible dans le miroir lors de la présentation d'Aimée: nous ne voyons, d'ailleurs, que ce diable grimaçant, avant de la voir elle...

C'est sans doute une certaine forme de dépit qui a poussé le metteur en scène à quitter le Danemark momentanément, pour y faire ce film. Il n'empêche, il y est très à l'aise: il y trouve le même ton ironique, caché derrière le mélo, que dans ses deux adaptations du Clown, celle de 1917, mais aussi et surtout sa version de 1926 qui est probablement son plus grand film... Comme ce fameux remake, ces Quatre Diables 1921 ne se contentent pas d'être une nouvelle version d'un film passé de mode (la première version, de 1911, réalisée par Robert Dinesen et Alfred Lind): Sandberg y continue son exploration des coulisses de l'art, des hommes voués par leur aveuglement à l'échec amoureux, et à travers le mélodrame expose une vision noire du monde, parfois baignée de flash-backs qui nous renvoient à la fois à Dickens (dont il venait d'effectuer une adaptation, comme je le disais plus haut) et au feuilleton... C'est donc un film qui lui ressemble! 

Et si ce film a été longtemps visible dans des copies incomplètes (notamment une, trouvée en Uruguay, qui réduisait le film à 40% de sa durée, et qui éliminait les flash-backs), et de mauvaise qualité: celle actuellement disponible (pas visible, cependant, sur le site du DFI consacré au fonds muet de la cinémathèque danoise... Sans doute parce qu'il s'agit d'abord et avant tout d'un film allemand!) est superbe, dominée, scènes nocturnes obligent, par un teintage bleu. Elle n'est semble-t-il pas complète non plus, puisqu'on passe abruptement de a fin du troisième acte au sixième... il y a une évidente ellipse, avec une évolution des rapports entre les quatre artistes, mais le "grand final" est là, presqu'intact. Un saut de la mort particulièrement littéral...

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1920
18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 14:46

La Comtesse Evelyn (Clara Wieth) est sur le point d'accéder à sa majorité, le moment pour elle de commencer à gérer elle-même le budget d'une maison, qu'elle a eu tendance jusqu'à présent, par son insouciance, à laisser dans le rouge. Un administrateur a dépéché un agent (Gunnar Tolnaes)pour établir si les comptes on besoin d'être resserrés ou pas. Ca tourne au bras de fer entre la jeune femme volage, et l'ombrageux fonctionnaire... Sur fond de révolte des employés de la ferme!

C'est le troisième film  de Sandberg avec Clara Wieth, et elle commence clairement à passer l'âge de jouer les jeunes premières, mais la grande comédienne s'est prétée au jeu de la comédie sentimentale avec une certaine énergie. Le film est d'ailleurs strictement une comédie, sans jamais s'éloigner d'une dynamique légère: il n'est pas compliqué de deviner très tôt dans le film, dans sa première séquence (un bal masqué lors duquel la jeune femme rencontre, derrière un loup noir, son futur administrateur), que les deux protagonistes vont finir ensemble. Sandberg est sans doute moins à l'aise dans ce genre, sans les noirceurs du drame et du mélodrame, les deux genres dans lesquels il s'est illiustré.

Tout est dans l'ordre, dans un raisonnable revendiqué, avec un petit trait assez fréquent toutefois: quand une révolte des ouvriers et des employés se déclenche (suite à un accident provoqué par la comtesse), l'agent de l'administrateur et la Comtesse se réfugient à l'écart, dans une cabane au fond du parc, où elle va devoir apprendre l'humilité... C'est lors de cette cohabitation forcée entre deux fort caractères, à l'écart du monde, que leur relation va vraiment se révéler... Comme dans d'autres escapades, dans des films ultérieurs de Sandberg (Lasse Månsson fra Skaane, de 1923, ou Kærligheds-øen, de 1924).

 

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