
On va évacuer ça tout de suite: y a-t-il film plus inutile à la base que cette troisième visite de la franchise? Les carrières de Barry Sonnenfeld et Will Smith sont-elles tellement en danger, que la seule solution pour les sauver était une nouvelle visite de la franchise, confirmant après coup l'impression insistante que le deuxième film était lui-même essentiellement alimentaire? On reprend d'ailleurs un élément de ce deuxième film dans le troisième: il faut "retrouver" K. Bref, toujours reconstituer le duo, car il y a urgence: invasion alien, ou... banqueroute pour les deux compères qui ont fait le succès du premier film...
Donc on pourrait aussi énumérer ce qui ne va pas: ces répétitions, l'omniprésence de Will Smith et de sa façon de verbaliser sa présence dans le monde, et une tendance à utiliser des outils merveilleux (Les images modulables à merci de l'animation 3D) pour essentiellement faire quelque chose de repoussant: le personnage de Boris l'animal, franchement...
Mais il est aussi probable que les avis particulièrement tranchés sur ce film (Qui a pourtant eu plus de succès encore que les deux autres) sont dus à un problème de l'homo sapiens avec un truc qui ne pose pourtant aucun problème à certains: le paradoxe temporel. Certains humains n'ont en effet aucun problème à accepter l'idée du voyage dans le temps et les ramifications de conséquences, principal ingrédient rigolo de ce nouveau film. D'autres en revanche, ne s'y feront jamais...
Donc pour faire court: un alien a perturbé l'espace-temps et tué l'agent K en 1969, créant ainsi les conditions de la survie de son espèce, qui en profite pour venir détruire la terre. J va lui aussi remonter le temps pour empêcher ça...
Voilà, pas besoin d'en savoir plus: Will Smith a beau jouer un personnage qui lui ne s'en fout pas, Will Smith en revanche s'en fout complètement... Comment voulez-vous qu'on s'y intéresse vraiment? Cet aspect des choses plombe toutes les tentatives de recourir à l'émotion, et il y en a. Mais ce qu'on cherche dans ce genre de film, ce sont les gags: il y en a. Un peu... La recréation d'une époque a été effectuée, de façon fonctionnelle dirons-nous, et Josh Brolin est à son plus hait niveau de Josh Brolinitude pour interpréter un Tommy Lee Jones jeune, et là aussi ça marche... Pour peu qu'on ne s'en foute pas trop.


On prend les mêmes, etc etc etc. L'agent Jay (Will Smith peine à se trouver un partenaire digne de ce nom, alors quand une affaire d'alien venu de très loin pour mettre la pagaille, suite à un ancien dossier qui impliquait le fameux Kay (Tommy Lee Jones), rangé des voitures, il se fait un plaisir d'aller récupérer son copain qui végète à la poste... Et donc c'est reparti.
Faut-il revenir sur l'histoire? Sur le principe d'un gamin des rues de New York, devenu un excellent flic et qui se retrouve malgré lui confronté à une réalité presque parallèle et du même coup bombardé membre des "Men in black", ce groupement mystérieux qui fait tout pour éviter que les braves gens se rendent compte du fait que leur planète est envahie en permanence d'aliens... Non, ce sera inutile. En revanche, le ton qui s'en dégage est intéressant, permettant de rebondir sur la société Américaine contemporaine, sur la gestion de la différence (la première scène voit les MIB intervenir pour saboter une rafle anti-clandestins à la frontière Mexicaine, après tout), et le tout sans jamais donner le moindre crédit à une quelconque thèse conspirationniste: Men In Black reste une comédie de bout en bout, que nul ne pourra jamais prendre pour argent comptant.
Suite du premier film, pour laquelle on prend les mêmes et on recommence. C'est selon, en fait: soit on considère que dans l'exercice périlleux des suites, Sonnenfeld s'en est bien tiré en jouant la carte du jusqu'au boutisme sur l'oncle Fester (Confronté à la joie de l'amour, mais aussi et surtout à des risques sérieux) et sur Wednesday et Pugsley, les deux enfants Addams (Confrontés quant à eux d'une part à l'arrivée dans eur vie d'un petit frère, mais aussi à la réalisation qu'une intrigante veut supprimer leur oncle): du coup, il réussit à prolonger le premier film et l'univers de Chas Addams, tout en développant quelques contours... Soit on considère que le film ne s'imposait pas et n'est, en dépit d'une prestation hilarante de Joan Cusack, pas un renouvellement profond de tout ce qui était déjà dit dans le premier film.
Si on juge un metteur en scène à son premier film (Ce qui n'a rien d'idiot, après tout: prenez Welles et Citizen Kane!) Sonnenfeld apparaît définitivement comme celui qui ne fait rien comme tout le monde, avec une oeuvre extravagante et totalement burlesque, dont les censeurs, et autres maniaques du classement logique, ne doivent pas savoir quoi faire: le mauvais goût y est omniprésent, élevé glorieusement au rang d'ingrédient essentiel. Le comportement psychopathique de ce petit monde, et son installation au coeur de notre société sont la clé d'une histoire de toute façon impossible. Bref, c'est du cinéma qui joue à fond son rôle de ne pas refléter la réalité, et le fait avec un humour féroce et permanent.
Rappelons donc puisque je viens d'y faire allusion, l'intrigue du film: la très riche famille Addams, qui habite une immense et bien glauque maison, vit tranquille, absolument pas intégrée dans sa petite communauté, et chacun passant les journées à accomplir une série de tâches parmi lesquelles magie noire, torture, et autres bizarreries font toutes bon ménage. Les enfants jouent à se tuer mutuellement, et les adultes, Gomez et Morticia, s'aiment au point de se séduire en permanence, au mépris de ce qui les entoure. Mais il y a une ombre au tableau: le frère de Gomez, Fester, a disparu vingt-cinq années auparavant, pour ne jamais plus donner signe de vie, suite à une querelle. Un avocat véreux (Dan Hedaya) qui souhaite mettre la main sur la fortune des Addams, découvre un sosie (Christopher Lloyd, et un stratagème se met en place...).
Barry Sonnenfeld n'est pas Billy Wilder. C'est une évidence, mais il ne faudrait pas non plus passer à coté de lui: le metteur en scène, qui était au départ un talentueux directeur de la photographie, a un style, une obsession même, celle de réaliser des scènes qui renvoient à la comédie pure, celle de la juxtaposition burlesque. Il a non seulement expérimenté à peu près tous les styles actuels de comédie en y injectant son grain de sel personnel, mais il a aussi su créer une franchise qui allie grosse artillerie et humour visuel loufoque, en obtenant le succès par dessus le marché, et créé (entre autres) une série fabuleuse qui est hélas passée à la trappe des télévisions pour cause d'originalité, Pushing daisies. Autant de raisons pour aller fouiller parmi les recoins d'une filmographies en grand danger de devenir une simple TVgraphie...

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