
Réalisé durant le printemps 1934, mais sorti en septembre, soit après le retour du Code de production qui limitait sérieusement la liberté (et donc les côtés subversifs) des films produits dans les studios Hollywoodiens, Dames est la dernière grande comédie musicale de la Warner, cette fameuse série dont les ciné-chorégraphies assurées et filmées par Busby Berkeley étaient le centre d'attention. C'est aussi un cas d'école, car il me semble que c'est le premier de ces films dans lesquels les fameuses séquences musicales se font, mais oui, voler la vedette par la comédie !
La faute au casting, à n'en pas douter... Horace P. Hemingway (Guy Kibbee) se rend chez son cousin par alliance, le richissime et excentrique philantrope et père la pudeur Ezra Ounce (Hugh Herbert). Celui-ci lui promet de lui doner, en avance sur son testament, dix millions de dollars, à condition que ce brave Horace, bon père de famille, mari sans histoire (De Mathilda interprétée âr Zasu Pitts), et emballeur de saucisses de son état, mène une vie irréprochable. Facile, pense Horace... Mais deux éléments vont lui mettre des bâtons dans les roues : d'une part, sa fille Barbara (Ruby Keeler) est amoureuse du lointain cousin Jimmy (Dick Powell), un acteur (!!!), donc la brebis galeuse de la famille aux yeux d'Ezra ; d'autre part, sur le chemin qui le ramène en comagnie d'Ezra, Horace tombe entre les mains expertes d'une showgirl, Mabel (Joan Blondell)... Qui une fois en ville saura le faire chanter pour le pousser à financer pour Jimmy un show du genre qu'Ezra déteste : il y a des filles (« dames ») dedans...
La formule habituelle des films Warner se double ici d'une solide comédie de mœurs avec quiproquos et portes qui claquent, dans laquelle Guy Kibbee excelle. Ajoutez à ça Zasu Pitts et Hugh Herbert, et dès le départ, on a une promesse de comédie bien charpentée. Dans la lutte désespérée du cousin Ezra pour rester du côté de la probité, on notera un gag récurrent : à chaque fois qu'il est pris de hoquet, le bon Ezra se sert une goulée d'un élixir dont il est absolument persuadé qu'il va le guérir, sans jamais s'percevoir qu'il s'agit probablement de la gnôle frelatée de la pire espèce... Il est contagieux en plus, et Mathilda et Horace le rejoignent dans une scène de saoulôgraphie particulièrement appuyée.
Et puis il y a le code... Donc Busby Berkeley se retient beaucoup, notamment dans un numéro charmant et collet monté, qui plus est chanté par Joan Blondell : pas une bonne idée, maintenant on sait pourquoi Busby Berkeley avait souhaité ne proposer u'un numéro « parlé » à l'actrice dans le ballet Remember my forgotten man, dans Gold Diggers of 1933! Sinon, le ciné-chorégraphe laisse libre cours à son génie délirant dans I've only got eyes for you, où il démultiplie Ruby Keeler d'une façon très extravagante. Enfin, avec Dames, il se lâche un peu, ose nous convier dans la salle de bains des « filles » célébrées dans la chanson.
Mais tout en ayant leurs mérites, ces numéros ne possèdent pas la vitalité, la nouveauté, le mordant des splendeurs passées telles qu'elles sont apparues dans 42nd street, Footlight parade et Gold Diggers of 1933. Le film avec lequel Busby Berkeley commencera à son tour à mettre en scène non seulement les numéros musicaux mais aussi toute l'intrigue, sera d'ailleurs le moins bon de tout le cycle : bien fait, oui, mais terriblement fade... Ce qu'on ne peut pas dire de celui-ci, dans lequel pour la dernière fois, l'intrigue et les personnages jouent à cache-cache (ou à cache-sexe ? Je sors?) avec la censure : Joan Blondell, attendant Horace dans sa cabine en nuisette, les Dames dans leur baignoire sous une couche abondante de mousse, et les très efféminé Ezra qui proclame fièrement qu'il « Disapproves of females »... La friponnerie faisait encore un peu de résistance, mais ça n'allait pas durer.











Dans ce film, qui retourne à l'inévitable intrigue urgente de 42nd street (Lancer un show dans des conditions difficiles, comme si sa vie en dépendait), nous avons une compagnie dont le gagne-pain est de réaliser des prologues dansés pour les cinéma des grands boulevards, mais dopée par la concurrence avec un autre studio. L'énergie déployée par les artistes est phénoménale, et le résultat doit être à la hauteur... Il le sera, aucun doute là-dessus. Mais la supériorité de ce film sur les autres tient à une alchimie particulière... qui tient en deux mots: James Cagney. Parce que tout le reste de l'équipe est bien là, mais ce film est le seul des films musicaux de ces années glorieuses dans lequel l'acteur joue, et imprime son style (En concurrence avec Joan Blondell, qui est comme d'habitude parfaite...). et Footlight parade tient aussi sur un petit suspense: Cagney dansera-t-il?