Si Buster préférait, de tous ses courts métrages, Hard Luck (Sur lequel je suis fortement mitigé), celui-ci était le deuxième film favori: les deux ne possèdent finalement qu'un point commun, celui de montrer de façon asssez sardonique la philosophie de la vie, forcément noire, de Keaton. Sinon, The boat possède, à l'instar de The navigator, The general et The cameraman, l'avantage d'être centré autour d'un objet dont toutes les situations (C'est-à-dire les gags) découlent. En 27 minutes, c'est une merveille, drôle et souvent presque cartoonesque.
Keaton est doté d'une famille, dans laquelle le chapeau reste l'uniforme. l'épouse, jouée par Sybil Seely, suit son mari et l'assiste en parfaite petite moitié, et leurs deux enfants auront beaucoup à subir, puisque la famille a décidé de partir en bateau. L'esquif, un imposant bateau appelé Damfino, va beaucoup souffrir, puisque Keaton et Cline se sont ingéniés à trouver tous les gags possibles et imaginables avec le bateau. Keaton, Seely, et les enfants vont aussi beaucoup souffrir:
-Trop gros pour passer la porte du garage, le bateau fait s'écrouler la maison.
-Le lancement se termine par un plan de Keaton, debout sur son bateau qui s'enfonce inexorablement. Léger coup d'oeil vers l'arrière, comme pour savoir quoi faire à présent, puis Keaton disparait dans l'eau.

-Pour passer sous un pont, les mats sont amovibles.
-Pris dans la tempête, le bateau fait des tours complets sur lui-même. le "capitaine" décide de se clouer les chaussures au sol pour rester en place.
-Pour égayer la cabine, on a l"idée d'accrocher un tableau. Les clous, c'est fatal, entrainent une voie d'eau.
-Pour enrayer la voie d'eau, Keaton perce un trou dans la coque afin d'évacuer. ce n'est pas très efficace.
Bref... Pris dans la tempête, le bateau coule, avec Buster bien sur. la famille a pris place dans la baignoire de sauvetage, et voit seul le petit chapeau surnager. Ils se recueillent un moment, puis Buster réapparait. Toute la famille se retrouve donc dans le petite baignoire, dont l'un des enfants retire la bonde. La baignoire coule, heureusement près du bord... Sur la plage, Sybil demande à Buster: "Where are we?" Sans intertitre, Keaton répond en prononçant distinctement le nom du bateau: Damfino ("I'll be damned if I know", équivalent de "pas la moindre idée".) Une façon étrange de conclure un film, qui ressemble à la fois à une fin triste, ou en tout cas sinistre (Après tout, la famille s'enfonce dans le noir), tout en étant une fin heureuse: ils ne sont pas morts, après tout... Mais l'essentiel de ce film tient dans le rapport étrange avec l'eau, élément incertain, symbole du destin et véritable Némésis de Keaton, qui se frotte à l'élément liquide dans TOUS SES FILMS, que ce soit par le biais d'un seau, ou de l'océan tout entier. A ce niveau, The boat et sa dérive (Vers où, à propos?) est l'un des grands films en ce qui concerne la thématique. Indispensable chef d'oeuvre, donc.
Ce rêve, sinon, serait un peu gratuit s'il n'était prolongé par une scène durant laquelle Buster, encore dans son rêve, ne voyait des jumelles (l'une d'entre elles, toujours filmée de loin, était Virginia Fox), mais chacune à son tour. Puis, il les voit toutes deux ensembles, face à un miroir chacune... Désespéré par ce qu'il croit être


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C'est un
festival de gags physiques et acrobatiques, avec dès les premières 5 minutes une série de cascades de Buster causées par le jusqu'au-boutisme sadique de son père: c'est difficilement racontable,
mais je pense que Keaton a risqué gros, et on mesure l'implication de l'acteur-metteur en scène dans ses films, tout comme on mesure à quel point son enfance, avec un père pareil, a du être
terrifiante... Notons que l'acteur sur la photo du haut est Roberts, afin que les choses soient claires. Ne manquez pas non plus les interventions spectaculaires (et très minutées) des copains
acrobates de l'acteur, qui le tirent d'un mauvais pas vers la fin du film...
belle. Celle-ci est mise à contribution en particulier pour improviser un pas de danse qui va conduire à une série de quiproquos. Alors qu'elle danse, elle tombe nez à nez avec Roberts, un peu embarrassé. Elle lui demande assistance sur son ballet, et Buster arrive et les trouve enlacés. Il se lance dans une lamentable grande scène de jalousie ultra mal jouée, prouvant que le propos de ce film est surtout de s'amuser un peu... j'en retiens pourtant des gags étranges et attachants, tel cette course-poursuite entre Buster et le chien Luke (De Roscoe Arbuckle) ou ce beau plan qui voit la jeune fille faire son choix, et enlacer enfin Buster. Celui-ci, totalement immobile et apparemment impassible, manifeste son émotion en fermant les yeux quelques secondes... Sinon, le final voit le jeune couple dans une moto avec side-car, embarquer un prêtre, qui les marie, mais l'équipage se retrouve dans une rivière, donc dans l'eau, élément Keatonien par excellence (TOUS SES FILMS!!!!). La mariage, oui, mais une fois marié, semble-t-il nous dire, tout tombe à l'eau!!
Après la réussite de One week, tout s'est passé comme si Buster Keaton avait été débarrassé d'un poids impressionnant, et le film suivant est beaucoup moins rigoureux, à tous les niveaux. mais il recèle quand même de solides moments de Keatonerie, et grâce au bon vieux truc du rêve, il nous permet d'avoir accès à ce fameux sens de l'absurde sans limite qui a fait une bonne part de sa réputation, et qu'il doit en partie à ses années de formation auprès de Roscoe Arbuckle...
gardien, comme un représentant de la loi. le film est dominé par l'humour physique et sportif, avec des gags joyeusement idiots (la fessée administrée au poisson après lui avoir fait restituer une balle de golf qu'il avait avalé, la corde pour pendre le condamné, remplacée par un élastique), et des prouesses: le plus impressionnant serait selon toute vraisemblance une trouvaille de Joe Keaton, le père (d'ailleurs présent parmi les prisonniers ici): Keaton assomme les mutins les uns à la suite des autres en faisant tournoyer une corde au bout de laquelle un boulet est attaché: un ballet à la précision redoutable...
échapper aux gardiens, Buster apprend qu'étant le numéro 13, il va être exécuté le jour même. S'ensuivent diverses mesures, et en particulier l'exécuteur (Eddie Cline) lui trouve le cou parfait pour être pendu... Les scènes de la poursuite entre les gardiens et le faux détenu sont une prémonition de Cops (1922) et Seven chances (1925) dans lesquels Buster sera aussi poursuivi, respectivement par des policiers, et des femmes en colère. Mais ici, les gardiens ne sont qu'une dizaine. Toutefois, on trouve ici un gag qui sera absent des deux films en question: rejoint par la troupe de gardiens disciplinés, et se trouvant de fait à leur tête, Buster change de direction comme à la parade, immédiatement imité par tous les hommes en uniforme...
dessinant des petits coeurs sur le mur de la maison. Elle offre même à Keaton un gag lié à la nudité, le seul passage franchement absurde du film, puisqu'elle demande littéralement au caméraman de cacher l'objectif pendant qu'elle sort nue de la baignoire afin de rattraper le savon... De son coté, Keaton prouve à quel point il sait habiter ses films physiquement, payant de sa personne avec la précision qu'on lui connait. chaque séquence recèle une trouvaille dans ce sens, et on verra avec plaisir la progression des tâches physiques à accomplir, de plus en plus difficiles, de plus en plus drôles aussi. Le point culminant est sans doute le moment ou cette maison tourne sur son axe à la faveur d'une tempête, et Keaton cherche à y entrer, en visant la porte, mais ratant son coup un certain nombre de fois;
Keaton est déja parfaitement à son aise en matière de mise en scène: pour lui, tourner un film, c'est utiliser l'écran en pliant le cadre à ses exigences; il pense ses séquences autour d'un décor, et dans ce film il intègre la profondeur de champ à ses gags, lorsqu'il fait courir un personnage vers le fond du champ par exemple. Chaplin en 1920/21 pensait encore en terme de déplacements horizontaux, mais Keaton utilisait tout l'espace, et se libérait des entraves du studio en baladant ses acteurs de terrain vague en fête foraine: il en résulte le sentiment d'une grande liberté dans ce film (pourtant encore sage): on voit de plus ses singuliers talents d'ingénieur déjà à l'oeuvre lors du final de ce film, une bagarre généralisée entre les bandits et la famille de la victime dans une maison entièrement truquée, truffée de trappes et de pièges divers. Un ballet magnifiquement réglé. Mais Keaton n'était pas content, estimant avoir abusé de gags faciles, alors il a tourné