Cédric Klapisch a filmé Aurélie Dupont, danseuse étoile du Ballet de l'Opéra National de Paris, entre 2006 et 2009: durant ses cours, ses répétitions, en spectacle, dans les loges, les coulisses et dans la rue. Pas de voix off, même si parfois on entendra Klapisch lui-même dialoguer avec son sujet...
Le résultat est un portrait à la fois intime de la danseuse, à travers l'intimité de sa vie professionnelle cependant. Si une séquence la voit arriver enceinte à l'opéra quelques jours avant d'accoucher de son premier enfant, on ne la verra pas dans la sphère familiale... C'est non seulement un portrait concentré sur une personne et une seule, mais elle y est clairement immortalisée en membre d'un collectif... Dédiée à la cause du ballet, travaillant en répétition avec les uns et les autres au gré des aléas (un partenaire qui doit être remplacé suite à un accident, par exemple)... Mais le parcours personnel reste celui d'une artiste à l'aventure, notamment dans ses choix, comme celui de passer du cadre classique au cadre contemporain. Une séquence qui sera reprise en écho dans Deux moi en 2019...
La caméra est souvent au plus prêt, sans jamais être totalement envahissante. Le résultat est très impressionnant, et nourrira, je pense, l'oeuvre de fiction de Klapisch notamment dans la superbe ouverture de son film En Corps (2022).
A l'origine de ce court métrage, il y a le fait que la communauté cinématographique, dans les années 90, se mobilisait pour la cause de la lutte contre le SIDA, ce qui n'est plus vraiment le cas. Jeune réalisateur en vue, Cédric Klapisch avait contribué à deux courts métrages en 1993. Logiquement, une nouvelle campagne de romotion du préservatif l'impliquait en 1998, mais cette fois avec un cadre inattendu: car Le ramoneur des lilas est à la fois un authentique film de Cédric Klapisch, qui est totalement sur le versant de la comédie, et... un film pornographique.
Dans une vaste demeure ("Les Lilas", donc), Monsieur (Zinedine Soualem) part, laissant Madame (Magella) seule avec une soubrette (Olivia Del Rio). Elle reçoit la visite du ramoneur (Yves Baillat) qui vient, justement, pour la ramoner.
Hum.
Le problème, c'est que le couple n'a pas de préseervatif... Madame envoie donc la soubrette en chercher, et elle va en trouver chez un homme (Francesco Malcolm) qui est justement en train de regarder le film...
Au-dela de la partie la moins intéressante (les inévitables plans anatomiques), le film a le culot de jouer à fond sur le décalage entre le point de vue d'un metteur en scène de cinéma très traditionnel, et un ganre ultra-codifié: notamment, comme le court métrage est supposé être visionné par un spectateur, celui-ci passe les conversations en vitesse rapide pour aller directement aux plans érotiques. Et la mise en abyme est assez réjouissante, comme le choix de post-synchroniser le film sans aucun effort pour masquer l'artifice...
Mélanie (Ana Girardot) travaille en tant que chercheuse dans un département de biologie qui s'est spécialisé dans la recherche sur le traitement du cancer. Elle est soumise à la pression de ses supérieurs qui lui demandent de présenter l'état des lieux des travaux du laboratoire, ce qui lui crée une pression phénoménale. Parallèlement elle se lance, sur les conseils de sa sœur, dans une quête d'un compagnon, car elle vit mal la slitude après avoir été pendant trois ans en couple...
De son côté, Rémy (François Civil) est employé dans une entreprise qui gère l'arrivée et le départ de colis de la vente par correspondance: il apprend qu'il est l'un des rares employés qui vont être gardés et reorientés lors d'une restrucruration majeure, qui verra les tâches de stockage entièrement assumées par des robots. Il souffre de se sentir coupable d'avoir été reconduit dans une nouvelle branche alors que la plupart de ses collègues sont licenciés. Il commence à manifester un état dépressif...
Les deux personnages vont consulter un pychothérapeuthe, Rémy se trouvant face à François Berléand, et Mélanie face à Camille Cottin. Parallèlement, ils vont affronter des soucis dans leurs familles respectives: chez les parents de Rémy, dans les alpes, on ne comprend pas sa situation («pourquoi un psy, tu n'es pas fou»), et Mélanie psse Noël seul, refusant de se rendre en famille car elle estime que sa mère, en quittant Paris pour Amiens, les a abandonnées elle et sa sœur...
Le film est malgré tout ce qui vient d'être écrit, une comédie. Poétique, et fourmillant de petites observations, notamment sur le fait que ces deux personnages, qui ne se sont jamais remarqués mutuellement, sont en réalité voisins... Qu'à un moment, on confie à Rémy un petit chat blanc, qu'il va appeler Nugget, et qui va s'enfuir de chez lui, au risque de se faire écraser; cela va évidemment le précipiter dans les idées noires, mais ce sera aussi un déclencheur (il va réaliser qu'ayant perdu sa jeune sœur à l'âge de 10 ans, il en a conçu une certaine culpabilité de continuer à vivre); et surtout le chat ne sera pas perdu pour tout le monde puisqu'il sera recueilli par Mélanie.
Klapisch s'amuse d'un rien, dans des vignettes du petit peuple Parisien: Simon Abkarian incarne un épicier-bonne fée qui indique les produits les plus chers à ses clients, non pour les escroquer, mais parce qu'il a tout goûté et qu'il sait qu'ils sont meilleurs. De même, c'est chez lui que Rémy, puis Mélanie, vont aller acheter les croquettes de Nugget! Enfin, il va conseiller aux deux jeunes gens qui ne se sont jamais rencontrés, de se rendre dans un cours de danse («tenu par mon beau-frère»), où bien sûr, ils seront enfin présentés l'un à l'autre.
C'est aussi un portrait en douceur de deux thérapeuthes, qui d'ailleurs se connaissent, car pour conclure: le monde est petit, dans ce petit film délicat qui nous berce de sa douceur, parfois triste et grave (affronter enfin, des décennies plus tard, le deuil d'une sœur disparue), souvent comique (les aléas des sites de rencontre, et le cauchemar mal fichu et hilarant que ça occasionne à Ana Girardot), toujours juste.
Jean, ainé de trois enfants qui ont grandi, et dont les parents sont viticulteurs, est parti pour faire le tour du monde, puis il revientaprès quatre ans: en Australie, il a trouvé une jeune femme, ils ont une exploitation viticole, et un enfant, mais... La mère des trois enfants est décédée, le père est en fin de vie... Jean (Pio Marmaï), Jérémie (François Civil) et Juliette (Ana Girardot) vont devoir reprendre l'exploitation familiale... Les reproches, les frustrations, les écueils, les joies, les peines, les trois font du vin, et recollent les morceaux de leurs vies.
Klapisch, en s'inspirant du titre d'un de ses courts métrages, a appelé sa structure de production "Ce qui me meut"... Ici, il joue sur les mots avec ce titre. Le lien, c'est le motif fondamental des films de Cédric Klapisch. Le lien entre les employés d'un magasin (Riens du tout), le lien entre les anciens élèves de terminale (Le péril jeune), le lien entre les membres de la même famille (Un air de famille), le chat que tout le monde cherche (Chacun cherche son chat), le lien entre père et futur fils (Peut-être), entre les étudiants (L'auberge Espagnole) devenus adultes (Les poupées russes, Casse-tête chinois), entre les "hommes" (Ni pour ni contre, bien au contraire), entre les habitants d'une métropole (Paris), les ouvriers sur le carreau (Ma part du gâteau)... Tous les films réalisés avant celui-ci présentent cet aspect de dresser des liens entre les êtres, à travers les crises, les bonheurs, et parfois la mort.
Celui-ci se situe, strictement, sur un passage linéaire du temps, lié au cycle de la vigne. Au-dela de la tradition viticole (je ne partage évidemment pas le respect de ces gens pour le vin, donc cet asepct a tendance à me laisser froid), le film dresse surtout le portrait attachant d'un fratrie, composée de trsoi personnes bien différent, mais unis. Les vendanges, la rivalité avec un viticulteur tricheur (il s'approprie le raisin des autres, et asperge allègrement ses propres parcelles de produits chimiques, au mépris des autres), les chicanes administratives, le comportement dominateur d'un riche propriétaire (en l'occurrence le beau-père de Jérémie), tout devient prétexte à clash, mais on évite le spectre du cinéma français dans lequel tout le monde s'engueule... Car Klapisch sait où s'arrêter, et que ses films ont toujours un petit rien de la comédie.
Et puis il y a une jolie idée, qui donne à Jean une plus grande prise sur le point de vue: il maintient le lien avec le passé en s'affichant parfois auprès de lui-même quand il était enfant... Une façon de faire le point, d'évoluer et de se raccrocher à un lieu où il n'a plus vécu depuis longtemps. C'est un joli film... aux personnages attachants, même si des fois il leur faut écraser du raisin avec les pieds...
Nous assistons à des événements situés dans deux univers totalement différents, dans le monde qui est le notre:
d'un côté, à Dunkerque, la faillite d'un groupe industriel pousse France (Karin Viard), une mère de famille récemment licenciée, au suicide. Après sa tentative elle décide de tout faire pour s'en sortir, et accepte une proposition, celle de partir à Paris où elle s'engage auprès d'un service de placement de femmes de ménage dirigé par Ahmed (Zinedine Soualem)...
de l'autre, Stéphane (Gilles Lellouche), un "trader" au succès insolent, a du mal à jongler entre son métier, ses nombreuses conquêtes (plus elles sont expéditives, meilleur c'est, semble-t-il), celle avec laquelle il a tenté un peu plus, et surtout son fils Alban, dont il ne sait littéralement pas quoi faire...
Stéphane va engager France, et lui confier de plus en plus de responsabilités, notamment auprès d'Alban. Mais surtout ils vont se rapprocher, jusqu'à ce que France découvre lors d'une conversation, que Stéphane est responsable de la faillite de son entreprise Dunkerquoise...
L'endroit où le film commence a-t-il été choisi au hasard? C'est que peu de temps avant le commencement du tournage, la raffinerie des Flandres a fermé ses portes... Mettant au chômage un grand nombre de salariés. Beaucoup d'entre eux ont fait de la figuration, et ce n'est pas peu dire que le film a choisi son camp, car entre Stéphane et son culte de l'argent facile, et France qui passe de la débrouille à la lutte sociale dure (et presque inattendue), Klapisch privilégie la mère de famille.
Oh bien sûr, et c'est un paradoxe pour un film qui commence par une tentative de suicide et joue avec la notion d'un enlèvement d'enfant, la forme renvoie immanquablement à la comédie, qui reste le mode de fonctionnement préféré du metteur en scène. Et dès le départ, la façon dont les deux personnages et leurs vies sont présentées en parallèle, nous ne pouvons ignorer qu'il va y avoir un rapprochement! Un moment me semble symptômatique d'une certaine ironie, car lorsque Stéphane propose à France 100 Euros par jour pour garder son fils en plus de son ménage, France entend... Pretty Woman, de Roy Orbison! Comme un commentaire acide sur ce que l'on serait en droit d'attendre d'une comédie typiquement américaine.
Sauf qu'on n'est pas aux Etats-Unis, et entre la vie facile, le luxe quotidien, et l'attrait d'un beau parleur finalement plus vide que ses illusions, et la solidarité avec ceux qui sont sa famille depuis touours, France va clairement afficher sa loyauté, et le faire dans un crescendo audacieux qui réduit la comédie en cendres... Les acteurs sont magistraux, et le metteur en scène a clairement laissé une grande latitude à ses interprètes, certains d'entre eux, d'ailleurs, ne jouent pas vraiment.
A l'origine de ce film noir, très noir, qui tranche radicalement sur le reste de la filmographie de Klapisch, une envie, celle de tourner un "film d'hommes", et de rappeler une tradition du film criminel français...Touchez pas au grisbi, de Becker, serait un excellent exemple. Mais un film scorsesien aussi, dans lequel la voix serait celle du ou des truand(s).
Jean (Vincent Elbaz), et ses amis "Lecarpe" (Simon Akbarian), "Loulou" (Dimitri Storoge) et "Mouss" (Zinedine Soualem) sont des gangsters, spécialisés dans le hold-up express. Des coups pas trop ambitieux, préparés aux petits oignons... Pour l'un de ces casses, ils ont pour "mission" de filmer leur exploit, pour se faire un extra. On leur signale une eune cadreuse qui travaille pour la télévision, qui n'a pas l'air d'être trop à cheval sur les principes. Caty (Marie Gillain) se retrouve donc confrontée au monde du crime et de la nuit, en se demandant si elle va savoir faire ce qui est attendu d'elle...
On retrouve ici l'univers de Cédric Klapisch, fait le plus souvent d'une démarche collective (cinq malfaiteurs amenés à évoluer ensemble, tout en préservant leur individualité, parfaitement définie sous nos yeux). Et le maitre mot de ce film dont les forces de l'ordre (comme on dit) sont totalement absentes, c'est bien sûr, comme dans tant de films noirs, la morale...
Mais pas celle qui est commune, et supposée acceptée (?) et reconnue (??) de tous, non, la morale personnelle, celle qui dicte à la minute près nos choix. Dois-je ou non accepter cette proposition qui m'est faite, qui me semble si dangereuse, et si excitante à la fois? Dois-je accepter de porter une arme? Dois-je accepter de procéder à ce qui ressemble fort à de la prostitution? ...Dois-je vraiment presser la détente et supprimer la vie d'un homme? Car si la voix off qu'on entend au début est celle de Jean, dans un début qui renvoie clairement à, Goodfellas (Les Affranchis) de Scorsese, il n'empêche que son point de vue va être piraté. C'est un film d'hommes, avec ses codes, son narrateur, mais qui va être investi par une jeune femme... Et pour Caty le cheminement va être très inattendu.
Il y a beaucoup d'ironie, beaucoup de pression aussi sur le versant moral comme je le disais. Car une bonne part du fiml nous fait suivre avec une certaine crainte les aventures de "Caty chez les hommes", avec le sentiment qu'il va lui arriver malheur. Mais elle devient vite le grain de sable, chez des grands gamins avec des flingues, persuadés qu'ils sont qu'ils vont pouvoir, jusqu'au bout, profiter de la "Baraka". Mais comme le signale Mouss, la baraka, ça a aussi et surtout été de survivre, mais jamais d'éviter la prison, car des quatre bandits, trois en ont fait... Et certains d'entre eux en referont.
Tout en étant l'un des plus graves de ses films, l'humour de Klapisch, et son sens du détail aussi, qui passe par un jeu impeccable (Mouss essayant de concilier ses activités de gangster et son métier de chorégraphe de la nuit Parisienne, Souallem jouant du regard en permanence; Vincent Elbaz, à la fois mûri et intentionnellement trop jeune pour ses pompes en croco, qui joue au caïd sans jamais questionner ses propres choix), se combinent pour détailler les caractères, nous rapprocher ou nous éloigner des personnages. Certes, c'est "noir", mais on n'échappe jamais à la poésie, au timing propres au réalisateur, dont je pense qu'il signait là l'un de ses meilleurs films, même s'il s'agit aussi de l'un des plus atypiques.
Le 31 décembre 1999, à deux doigts du bug de l'an 2000 (vous savez, celui qui n'a pas eu lieu), Arthur (Romain Duris) et Lucie (Géraldine Pailhas) se réfugient dans les toilettes, lors de la soirée délirante à laquelle ils participent pour anticiper la nouvelle année, et font l'amour. Elle ne prend plus la pilule et il le sait, mais elle ne lui a pas avoué la vérité: bien sûr qu'elle a envie d'un enfant. Lui? Il n'y a même pas songé, et donc... il a recours au bon vieux coitus interruptus, provoquant ainsi une gêne entre eux. D'un côté, elle n'apprécie pas qu'il n'ait pas anticipé, et lui n'aime pas avoir été plus ou moins trompé dans les intentions. Pendant cette bouderie, et pendant que la fête bat son plein, Arthur resté dans les toilettes a la grande surprise de trouver l'accès à un portail temporel qui l'amène en 2070. Paris est ensablé, et un septuagénaire chevelu (Jean-Paul Belmondo) lui affime être son fils. Il lui demande solennellement, avec l'appui de sa grande famille bigarrée, de retourner et de reprendre les choses avec Lucie, afin de lui permettre d'être conçu, puis de naître et de former cette belle famille, qui sans cela, n'existerait pas... Une fois le choc passé, la tempête fait rage dans le crâne d'Arthur...
Commençons par établir quelque chose: on parle parfois du "film de science-fiction" de Cédric Klapisch. Pour moi, cette oeuvre s'apparente plus au merveilleux d'un René Clair, d'autant qu'il y ce titre qui invite à une lecture allgorique. Pour qu'il y ait de la science-fiction, certes on peut toujours argumenter de la présence d'une intrigue d'anticipation à supposer qu'il faille prendre la véracité de l'expérience d'Arthur au premier degré, mais il faudrait quand même qu'il y ait eu une volonté scientifique de créer la possibilité d'un voyage dans le temps...
Peu importe, bien sûr, mais justement Cédric Klapisch me semble revendiquer à sa façon, par son film, une parenté plus poétique que scientifique. L'essentiel, au fond, est de représenter le drame de Romain Duris, qui certes aime sa compagne, mais n'a pu se projeter dans l'hypothèse d'être parent. Le fait d'être confronté à sa descendance, et du même coup à un possible Paris du futur se conditionne à une circonstance particulière: pendant le réveillon, Philippe (Vincent Elbaz) et sa soeur Clotilde (léa Drucker) ont choisi un thème futuriste, et chacun des invités est venu déguisé sur le thème de la science-fiction et du futur...
Ce qui donne une immense légèreté au film, c'est précisément le contraste: d'un côté, l'histoire folle de disparition programmée (les acteurs du futur perdent peu à peu la visibilité de leurs membres et l'un d'entre eux s'évapore même dans une vision fantasmée), située dans les sables d'un désert qui se trouve être la ville de Paris, même si ce fut tourné en Tunisie! De l'autre, une fête qui n'en finit pas de dégénérer, et si les parents (Jean-Pierre Bacri et Elisa Servier) ont demandé à leurs enfants de rester raisonnables (Bacri: "j'avais dit mollo sur le destroy!"), l'appartement finira dévasté... Et Philippe déchiré, car, entre de nombreux gros pétards et du Jack Daniels, il aura aussi mis un point d'honneur à goûter la cocaïne des invités... Le télescopage entre les visiteurs du futur et la fête de 1999 va donner lieu à des destructions et autres saccages particulièrement drôles...
C'est cet aspect du film, ce dosage entre sa poésie visionnaire mais foutraque, et une description de l'esprit d'insouciance des années 90, que se situe non seulement la clé du film (car c'est l'histoire d'un homme qui se trouve au pied du mur de la soudaine responsibilité d'être un parent), mais aussi la condition de sa réussite. Car s'il avait été entièrement consacré à cette intrigue futuriste, je pense qu'il n'y aurait pas eu grand chose à en dire. Ce mélange contre-nature entre comédie et poésie est au contraire ce qui le distingue et le rend unique.
Et puis tant d'acteurs qu'on aime à suivre, de Léa Drucker à Julie Depardieu, de Romain Duris à Vincent Elbaz, et surtout Géraldine Pailhas. Tous, quelle que soit la durée de leur contribution, existent durablement à l'écran... Tout ça fait de Peut-être (un titre qui se justifie pleinement à la toute fin) un film qu'on n'aurait pas osé imaginer.
A l'origine de ce film, une pièce de théâtre, écrite par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri... Le film reprend la distribution de la pièce, et reste globalement circonscrit dans le lieu désigné par les auteurs. Tout au plus l'exposition est-elle précédée d'un préambule dans lequel on voit un peu l'environnement autour du café qui est le centre de l'action...
Comme toute les semaines, la famille Ménard se retrouve pour un repas, au café tenu par Henri (Jean-Pierre Bacri). Outre ce dernier, il y a Philippe (Wladimir Yordanoff), un ingénieur informatique qui monte dans la boîte où il travaille, Betty leur petite soeur (Agnès Jaoui), Yolande (Catherine Frot) l'épouse de Philippe, et la mère des trois enfants (Claire Maurier). Pour assister Henri, son employé Denis (Jean-Pierre Daroussin) reste travailler pendant la soirée... Et va parfois continuer à être le souffre-douleur de son patron...
Avec comme fil rouge les râleries de Jean-Pierre Bacri, dont le personnage vient d'apprendre que son épouse souhaitait le quitter, les conversations vont bon train autour d'un certain nombre de thèmes: Philippe vient de passer à la télévision pour représenter l'entreprise dont il est l'un des cadres, Betty vient de s'engueuler avec son patron; par ailleurs, elle a aussi un mystérieux petit ami que sa famille aimerait rencontrer, sans savoir qu'il s'agit de Denis... Par ailleurs c'est l'anniversaire de Yolande, mais peu de personnes semblent s'en soucier véritablement! D'ailleurs l'ambiance est électrique...
Le film est ponctué d'images d'un bonheur fugace, fragile, et ô combien passé: les parents (Cédric Klapisch et Sophie Simon) et leurs trois enfants, un matin, au réveil, faisant les fous dans un lit... Un bonheur tellement fugace que la plupart des protagonistes doivent le considérer comme totalement perdu! D'ailleurs le leitmotiv de cette famille saisie dans le bonheur, finit par se gripper dans l'image des engueulades passées...
Les convenances de façade, les souvenirs embellis, les crises qu'on n'a pas voulu voir venir, tout explose, et les réflexes des uns et des autres tournent autour de la nature humaine, des hommes d'un côté, des femmes de l'autre. Les discussions tournent toutes plus autour d'un ensemble de monologues sans communication aucune!
D'un côté c'est extrêmement vachard (le texte est souvent au vitriol,avec des petites notations très noires, notamment dans les rapports tendus entre Henri et le reste de l'humanité), et jusque dans le détail: le plus sain de tous les personnages est manifestement Denis, qui regarde tous les membres de la famille dont il ne fait pas partie, avec humanité. Yolande, d'ailleurs, le lui rend en tentant de l'intégrer à la dégustation du gâteau... Mais quand il prend seul son repas en cuisine, et que la mère vient souhaiter un bon appétit au chien, il dit négligemment "merci"... Les répliques fusent, notamment "quel bonheur d'avoir un mari attentionné" suivi de "il suffit d'avoir de l'argent!"...
De l'autre, c'est malgré tout, en dépit des efforts de tout un chacun, extrèmement tendre... Comme dans tant de films de Klapisch, l'effort familial (que ce soit une vraie famille ou une famille de substitution, comme dans Rien du tout, Paris ou L'auberge Espagnole) prime finalement sur tout. Mais le portrait particulièrement acerbe d'une famille de petits-bourgeois s'incruste dans le souvenir de celui qui a vu le film, à travers non seulement les répliques au vitriol, mais aussi et surtout par ses à-cotés, les discussions dissonnantes sur les chiens handicapés, les un, puis deux, puis trois verres de tel ou tel protagoniste, les reproches qui ont bien mûri avant de sortir...
"Famille, je vous aime, mais..." Le fait est que parmi les instants de grâce les plus mémorables de ce film, on se souviendra en pafrticulier de ce moment où Denis et Yolande, les deux personnes qui n'appartiennent pas à la famille, dansent... Et Yolande, que son mari passe son temps à rabrouer, à couper et à ignorer, me semble être probablement la personne la plus éclairée de toute cette famille... Tout en disant de sublimes réplique absurdes: "Il a l'air mort, ce chien... Quand je pense que je vais avoir le même."
Adoptant un mélange de fausses images d'archives et de narration à la façon du cinéma des années 40, Klapisch nous raconte la vie et l'oeuvre du Dr Etienne-Jules Marey, inventeur du "chronophotographe", un ancêtre avéré du cinéma, qui prenait des photos en rapide succession, pour étudier le mouvement...
C'est une belle surprise, un film formellement étonnant et extrêmement ambitieux: Klapisch aurait pu se livrer à l'exercice tranquille du documentaire classique, avec voix off, images d'archives et quelques reconstitutions. Il aurait pu aussi, après tout, jouer la carte de la parodie totale... mais il a préféré faire le tout entre les deux, ne faisant que peu d'efforts pour cacher que son film est un faux, et le saupoudrant d'humour et de poésie en constance... Comme dans l'idée d'inverser sciemment un fait historique (le fait que le chronophotogrape ait permis de prouver qu'un cheval au galop a toujours au moins une patte sur le sol, est ici inversé: la voix off nous annonce en fait que les films Marey ot prouvé le contraire), voire en inventant complètement, comme dans ce final où Marey s'échappe en compagnie de Marina Tomé, après l'avoir vue sur scène danser le tango...
Enfin, en utilisant ou reproduisant des techniques propres au cinéma muet, le metteur en scène qui de toute façon ne se cache jamais derrière son gentil canular, rend un hommage à tout un pan de l'histoire du septième art...
Ce petit film a été réalisé dans le cadre des études de cinéma de Cédric Klapisch, à New York. Si le réalisateur, conformément à son habitude (qui n'a pas changé, son dernier film en témoigne), apparaît dans un tout petit rôle, il n'est pas le seul futur grand du cinéma: Todd Solonsz est également dans la même scène...
Leonard Pavlovsky (Youri Olchansky) est un musicien en transit, qui est supposé se rendre à l'étranger pour donner un concert, mais il est bloqué à New York car sa compagnie a fait faillite... Il trouve le temps long d'abord, puis se laisse aller à passer du temps avec une jeune femme qu'il a rencontrée dans un motel où elle travaillait... Mais tout n'a qu'un temps.
C'est un court moment de deux vies, vues sous l'angle souvent gentiment loufoque et tendre de la caméra de Klapiscj, qui traque la maladresse évidente de son personnage, un procédé qu'il aimera longtemps. Comment ne pas penser à Romain Duris dans L'auberge Espagnole, arrivant à Barcelone pour ses études, et se rendant compte qu'on y parle le Catalan et non l'Espagnol... Si le film ne va nulle part, il est déjà le premier gage d'un univers attachant.