Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Présentation

  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
  • Contact

Recherche

Catégories

26 mars 2025 3 26 /03 /mars /2025 21:05

Trois raisons pour Chaplin de ne pas jouer de rôle dans ce nouveau film, le premier pour la nouvelle compagnie United Artists. Pour commencer, il essaie, on l'a vu, de se débarrasser de son personnage (The professor, Idle class), de le démythifier en le représentant marié (Pay day), avec des enfants (A day's pleasure), voire en se représentant tel qu'en lui-même, en insistant sur le fait que moustache et défroques sont bien factices (How to make movies). Bref, il souhaite contourner cette icône.

De plus, il a le sentiment, pas faux à cette époque, qu'on l'assimile surtout à son personnage moustachu; or, Chaplin, souhaite être reconnu pour son rôle de metteur en scène, et aussi d'auteur de films. Enfin, il tourne depuis un certain temps autour d'une représentation complexe du monde à deux niveaux qu'il perçoit; The Kid, The idle class en ont déja montré les contours. Il se sent obligé de libérer son cinéma de son empreinte burlesque, ce qui veut dire que le moustachu n'y a plus sa place. Honnêtement, je ne sais pas si ce film représentait dans l'esprit de Chaplin un affranchissement total de son personnage a priori, ce qui aurait été ensuite contredit par le flop monumental, qui aurait conduit Chaplin à faire machine arrière, avec le succès que l'on sait, ou si le metteur en scène se contentait de faire ce film, et puis après revenir sagement de son propre chef. Quoi qu'il en soit, A woman of Paris est l'unique film muet dans lequel Chaplin n'apparaît pas de façon significative, et c'est à peu près la seule information de la plupart des textes qui y sont désormais consacrés, je n'y reviendrai donc pas...

Pourtant Chaplin est partout dans ce film: regardez les acteurs, leur façon de jouer, l'économie des gestes et des mimiques. Ce gigolo qui baille en levant mollement les yeux au ciel, combien de prises a-t-il fallu lui arracher avant qu'il ait le détachement nécessaire? Carl Miller, qui joue ici le petit ami d'Edna Purviance jouait déjà ce même personnage ou presque dans The Kid, et il est lui aussi entièrement vampirisé par Chaplin... Quant à Edna Purviance, elle est splendide, dans les mains du metteur en scène, elle ne craint personne. Tant mieux, parce que le film repose entièrement sur ces attitudes, sur ces corps et sur les vêtements qu'ils portent, c'est l'un des traits les plus saisissants du film.

Marie et Jean s'aiment, mais leurs parents ne l'entendent pas de cette oreille. Alors qu'ils souhaitent fuir pour se marier, Jean a un contretemps: son père meurt, et il n'a pas le temps de prévenir sa fiancée: elle fuit à Paris seule, croyant à une trahison. Elle y fait sa vie, et on la retrouve un an après, protégée du riche Pierre Revel; elle s'appelle désormais Marie St-Clair, et lorsque Jean débarque à Paris avec sa mère, Marie a du mal à abandonner sa nouvelle vie pour retourner vers son passé...

Carl Miller donne l'illusion d'être l'un des deux personnages principaux, mais ne soyons pas dupes: Chaplin dépeint ici un certain style de vie, une course à la réussite, qui passe par tout un tas de turpitudes qui ne sont qu'esquissées: a priori, la métamorphose de Marie en Marie St-Clair passe par tout ce qui est dans l'ellipse du début. La mère de Jean la considère d'ailleurs comme une traînée... Non, les deux personnages principaux sont bien Marie et Pierre (Adolphe Menjou). Celui-ci, après tout, est tout sauf antipathique, à part lorsqu'il se sert des amies de Marie pour la manipuler. Mais il joue de son charme, et sait manifestement perdre... Il sait surtout que ce que veut Marie, cette fuite en avant du luxe et de la vanité, lui seul pourra le lui amener. De son coté, Jean est peintre (Comme le personnage de Carl Miller dans The Kid, du reste), et il va peindre un portrait du passé de Marie, contre le gré de celle-ci, portrait qui va sceller leur mésentente, leur différence, et portrait qui sera pris à témoin par la mère elle-même sur la dépouille de son fils. ce portrait, c'est la vraie Marie, lui seul l'a vue. Il faudra une catharsis tragique pour que Marie comprenne enfin...

La noirceur du film va de pair avec l'humour noir, notamment dans la description toujours sur la brèche de la vie des nantis (le restaurant, avec ses truffes, pour les cochons ou les gentlemen), et la méchanceté dans la peinture des manipulations des intrigantes: Malvina Polo, la jeune femme idiote de Foolish wives, tente de ravir la place de Edna Purviance auprès d'Adolphe Menjou...

L'habit, cette deuxième peau, est un motif qui court d'un bout à l'autre du film. On ne compte plus le nombre de scènes d'habillage, de déshabillage, de préparation du corps (Massage), de dénudage plus ou moins gratuit (Le strip-tease); toutes ces scènes renvoient à l'idée du mensonge, de la parure comme protection. Chaplin s'en sert aussi comme une indication de contemporanéité, comme DeMille le faisait avec divers accessoires (Les disques de chansons populaires, qu'on voyait tourner sur des phonographes luxueux dans ses comédies matrimoniales). Le grand nombre de scènes liées au service des domestiques, et la compartimentation des appartements riches de Marie et Pierre Revel, aussi, renvoient à cette vie à tiroirs, dans laquelle les gens se barricadent derrière le décorum. Bien sur, les petites boîtes communiquent entre elles, on se souvient du faux col masculin aperçu par Jean chez Marie. Cette apparition d'un signe cinématographique est un autre aspect visible de la mise en scène riche de ce film: on note aussi l'utilisation d'un bandeau noir, signe de deuil. Les personnages voient et déduisent en même temps que nous...

La mise en scène du film est d'une précision, d'une force extraordinaire. Chaque plan est composé de façon précise, Chaplin et Totheroh n'ont pas changé leurs habitudes. A des scènes de luxe effréné répondent des images d'une austérité diabolique (on parle toujours de cette scène à la gare, ou le passage d'un train est représenté par ses lumières); un effet de rapprochement de la caméra, est répété trois fois dans le film (Deux fois dans la version actuelle, voir plus bas): La maison de Marie est vue en plan large, puis un peu plus près. un troisième plan resserre sur une fenêtre, ou s'esquisse le visage d'une femme dans la pénombre. Enfin le quatrième et dernier plan nous montre Edna Purviance à la fenêtre. A la fin du film, la maison où sont réfugiées Marie et la mère de Jean pour leur nouvelle vie est saisie de la même façon. La troisième occurrence est très cohérente, puisque c'est le portrait, entouré de crêpe noir, de la maman de Marie dans sa maison. Chaplin avait tenté d'établir une mise en scène fluide, détaillée, mais l'a comme chacun sait bousillée en 1976, 5 ans après avoir massacré le film The Kid. 34 ans après avoir anéanti The Gold rush: son idée, c'était de rendre A woman of Paris plus fluide, de le rendre "moins sentimental". faut-il le redire? Un metteur en scène lui-même n'a pas le droit d'altérer un film, à plus forte raison 53 ans après. Même Chaplin.

Pour le reste, ce film est un miracle de subtilité; les commentaires lus ça et là sur la stupidité du script ne valent pas tripette. Les gens qui parlent d'un insupportable mélo n'ont jamais vu de mélodrame de leur vie, et le film tient diaboliquement la route, à la source de tout un pan du cinéma Américain. Que Lubitsch l'ait vu et s'en soit inspiré, c'est une certitude. Que d'autres, qui y avaient été confrontés directement (Henry D'abbadie D'Arrast, Monta Bell), ou qui l'ont vu comme on reçoit une claque dans la figure (René Clair, de son propre aveu), s'en soient inspiré, c'est une évidence. Bref: il y a un avant et un après A woman of Paris. Pour Chaplin aussi, qui ne supportera pas de voir son 'enfant maudit' boudé par le public, et le retirera du circuit pendant donc 53 ans. Et plus j'y pense, plus je me dis qu'on a de la chance de l'avoir encore...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet 1923 ** Criterion
26 mars 2025 3 26 /03 /mars /2025 18:37

Chaplin, quand il ne faisait pas de films, avait tendance à se livrer à un hobby assez particulier! ...Il faisait des films, mais pour rire... Coquetterie d'un maître de son art, qui disposait de son propre studio et avait le luxe de disposer sous contrat d'une équipe acquise à sa cause, les acteurs comme les techniciens... Mais aussi véritable passion totalement dévorante, ce monsieur, après tout, avait le cinéma dans la peau.

Ce court métrage réalisé entre la fin de son contrat avec First National (qui allait officiellement se clore en 1923) et son premier film pour Unite Artists, le montre s'adonnant à des aventures pour rire en compagnie d'invités, et non des moindres: Lord Mountbatten (Vice-roi des indes coloniales) et sa Lady, en effet, étaient de jeunes mariés en lune de miel, et avaient fait escale chez Chaplin, qui adorait les visites de célébrités, qu'il s'agisse de ses copains de cinéma (Fairbanks, King Vidor) ou des politiciens sportifs et littérateurs (George Bernard Shaw, notamment, ou le comédien Harry Lauder). Et il les engageait pour figurer ou jouer dans des films improvisés; réalisé en un après-midi, ce film (où s'illustre pour la dernière fois son copain Jackie Coogan en sa compagnie) a été finalement offert au jeune couple.

Joli cadeau...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 11:42

Curiosité parmi les curiosités, Life est une énigme. C'est donc un film inachevé de Chaplin, dont certains commentateurs ont douté qu'il ai jamais existé, mais dont on est à peu près sur qu'il a bien été entamé. Quand on sait à quel point Chaplin pouvait contrôler, jusqu'à ses derniers jours, le devenir de chacune des images dont il possédait les droits, il est étonnant de savoir qu'on dispose d'une bonne portion de ce film, d'autant qu'il n'a jamais été achevé... Mais voilà: Life a été commencé en octobre 1915, dans le cadre de son contrat avec Essanay, et Chaplin n'en possédait pas les droits. de toute façon, le film n'est que virtuel: essayons d'y voir un peu plus clair. Nous sommes face à plusieurs objets filmiques qui sont autant de pièces de ce puzzle:

Police

Chaplin est libéré de prison, et commence l'habituelle recherche: manger, un endroit pour dormir. Il rencontre, après avoir tenté de s'installer dans un asile de nuit, un ancien compagnon de cellule (Wesley Ruggles), avec lequel il va se lancer dans un cambriolage. C'est un désastre, et à l'arrivée de la police, La jeune fille de la maison, jouée par Edna Purviance, va disculper le vagabond, qui va pouvoir continuer son errance...

Le film est un bon court métrage de deux bobines, enlevées, avec des figures qui sont troublantes: le choix entre réforme et débrouillardise, entre honnêteté et vol... Et il y a une scène troublante dans un asile de nuit, un endroit qui sera toujours pour Chaplin un lieu intéressant pour ses tragi-comédies...

Triple Trouble

Quelques années après, en 1918 très précisément, l'Essanay sortait Triple trouble; il s'agissait d'un ensemble de chutes de films, assemblées de façon supposée cohérente et complétées avec de nouvelles scènes réalisées par Leo White. Le plus intéressant dans ce film incompréhensible, c'est bien sûr que les chutes soient tirées des tournages de Police, et de Life. Mais s'agit-il vraiment de deux films différents?

A voir Police et Triple trouble à la suite, on est frappé par les ressemblances de certaines scènes, et l'incohérence qui se dégage de leur juxtaposition: les deux films contiennent de façon évidente les fragments d'un troisième, qui ne peut être assimilé ni à Police, ni à Triple trouble, un salmigondis sans queue ni tête dans lequel Leo White a inséré des passages répétitifs et anti-Germaniques, et une intrigue débile dans laquelle Chaplin n'a d'ailleurs rien à faire, et quelques plans tirés de Work.

Mais l'essentiel  de ce nouveau film est composé d'images qui sont soit des doublons de séquences de Police (la rencontre entre Chaplin et son copain de cellule), soit des prolongements (La séquence de l'asile de nuit, ici longuement développée). Mais c'est quand même une énigme, d'autant que le montage chamboule tout; un personnage de l'asile de nuit porte le même maquillage et les mêmes vêtements que Wesley Ruggles qui joue l'escroc avec lequel Chaplin se rend à un cambriolage (Dans les deux films, même s'il ne s'agit pas du même cambriolage!); à un moment, l'homme de l'asile de nuit poursuit Chaplin, qui s'enfuit de l'asile, se retrouve dehors, et se trouve nez à nez avec le même homme, ou du moins son sosie, avec lequel il pactise désormais: ça ne marche pas...

Voilà, tout porte à croire que Chaplin s'est bien lancé dans la confection d'un film qui aurait été son premier long métrage, qui aurait mélangé les aventures de son héros vagabond dans la ville, et l'aurait vu d'abord sortir de prison, lutter pour sa survie, s'installer dans un asile de nuit, ou une longue scène de Triple Trouble se situe en effet, puis sans doute rencontrer un escroc... après, les paris sont ouverts: deux cambriolages, chacun avec une Edna Purviance différente... N'oublions pas que Chaplin aimait à faire, défaire, écrivait ses scénarios avec la caméra, et qu'il a sans doute ravalé ses ambitions devant le peu de soutien manifesté par l'Essanay. Auquel cas Police est sans doute la version "acceptable" de Life concédée par Chaplin à ses patrons, qui lui permettait de faire passer certaines scènes. Le fait qu'il s'agisse d'une concession expliquerait que le très intransigeant Chaplin s'en soit désintéressé aussi facilement. Pour finir, Chaplin a fini par reconnaître Police, et même Triple Trouble, dont il est vrai qu'il recèle une longue scène totalement intacte de ce qui a du être un film que Chaplin aurait aimé pouvoir finir...

Post-scriptum:

une reconstitution du film (Sous le titre POLICE, EXTENDED EDITION) a eu lieu, elle a été disponible un temps sur DVD, et les reconstructeurs sont partis de l'hypothèse que le film était à peu près achevé, et ont agencé les séquences de la façon suivante: 

Chaplin sort de prison, tente quelques rapines pour manger, essaie d'entrer dans l'asile de nuit, mais en est expulsé.(Police)

Le lendemain, il trouve un travail, et devient assistant cuisinier dans un manoir, dont la bonne à tout faire est Edna. ils flirtent, mais il est vite licencié. Avec l'argent, il a au moins de quoi entrer dans l'asile. Là, il  déclenche une bagarre, et doit sortir précipitamment.

(Triple trouble)

Du coup, seul dans la nuit, il se retrouve face à son "ami" qui lui propose un cambriolage. il accepte, et participe au casse. Il y revoit Edna, qui ne le dénonce pas lorsque la police intervient, et il part sur la route, seul...

(Police)

Voilà, c'est vrai que ça tient assez bien la route, reste le cas des deux escrocs habillés pareillement, qui pose toujours ce problème de continuité. En tout cas, le film ainsi arrangé est proche de 40 minutes...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet ** 1916
22 mars 2025 6 22 /03 /mars /2025 11:26

Un prisonnier (Chaplin, identifié uniquement par son matricule) est libéré de prison, et commence l'habituelle recherche: manger, un endroit pour dormir. Il rencontre, après avoir tenté de s'installer dans un asile de nuit, un ancien compagnon de cellule (Wesley Ruggles), avec lequel il va se lancer dans un cambriolage. C'est un désastre, et à l'arrivée de la police, La jeune fille de la maison, jouée par Edna Purviance, va disculper le vagabond, qui va pouvoir continuer son errance...

Le film est plaisant, avec de bons, voire très bons moments: les cinq premières minutes sont un mélange intéressant du style habituel de Chaplin, qui va droit au but, et d'une atmosphère urbaine réaliste. Chaplin s'y paie la fiole des "réformateurs", ces gens plus ou moins religieux qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas (ce n'est que la première fois qu'il le fait, mais il y reviendra...); le passage trop court dans l'asile de nuit est frustrant (surtout quand on sait qu'il provient certainement du film inachevé Life qui lui tenait à coeur mais que la compagnie essanay avait refusé de cautionner): on se rappelle l'obsession de Chaplin pour ce lieu si Dickensien, qui lui permettra toujours de livrer des raccourcis cinglants sur l'état des finances de ses personnages (Il retentera le coup dans le film inachevé The Professor en 1918, mais surtout il nous montrera le lieu de façon magistrale dans The Kid).

Sinon, le cambriolage donne lieu à deux scènes visuellement très travaillées d'une part (une séance de pantomime en ombre chinoise, et l'arrivée menaçante d'un policeman, dont la silhouette se découpe lentement dans le chambranle d'une porte, l'étoile apparaissant la première), et à des gags indignes d'autre part (Chaplin se fait tirer des coups de feu dans le derrière de façon répétée, et saute en l'air à chaque fois, il tourne ensuite autour d'une table en se massant l'arrière train, tout en piquant une bouteille de vin au passage... Il parodie aussi le style des mélodrames de Griffith, montrant ici Edna Purviance qui, entendant les cambrioleurs dans la maison, téléphone à la police pour qu'on vienne la secourir, 

Le film n'a pas été monté par Chaplin, mais laissé derrière lui au moment de son passage à la Mutual. Alors qu'il aurait du être occupé à monter ce film, Chaplin était en plein tournage de A burlesque on Carmen, un film dont on ne peut pas dire qu'il bouleverse quoi que que ce soit, et qui sera son dernier film pour l'Essanay: manifestement, il était pressé de partir et d'en finir avec ce contrat. 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
7 mars 2025 5 07 /03 /mars /2025 23:48

Ce film qui m'était jusqu'à il y a quelques jours totalement inconnu pourrait en quelque sorte être considéré comme une version raccourcie de A night out, le deuxième film Essanay (donc la période 1915-1916) de l'acteur-réalisateur... Il se trouve qu'il possède malgré tout deux petites particularités qui en font un film à part, malgré tout:

d'une part, le film commence par un petit film qui a été tourné lors d'une probable sortie publique de l'acteur, en tournée promotionnelle. Comme il le faisait j'imagine assez ouvent, il se retrouve à improviser (en costume, et avec moustache, s'il vous plaît) un sketch avec un orchestre de rue, les dirigeant avec entrain, pour ne pas dire excès! 

d'autre part, les extraits de A night out sont pour la plupart des prises alternatives de plans du film. Certains ont probablement été également insérés, en plus des séquences habituelles, dans le film officiel, résulant en certaines copies qui étaient considérablement alourdies par ces redites...

Quoi qu'il en soit, ce fragment accessoire de l'oeuvre de Chaplin, aussi rare soit-il, est totalement apocryphe, et n'apporte pas grand chose à un corpus déjà imposant, et qui n'a décidément pas besoin de lui pour être fascinant...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
6 mars 2025 4 06 /03 /mars /2025 22:25

Avec ses égarements, ses redondances et son slapstick largement improvisé, A night out est un film mineur dans la carrière de Chaplin, qui se cherchait donc encore après la réussite de His new job. Ici il  semble adapter les formules de Mack Sennett à sa rigueur en matière de décor, telle qu'il l'a expérimentée notamment sur Dough and dynamite (1914): ainsi, le film se déroule-t-il dans des lieux indentifiables, et filmés systématiquement sous le même angle. Mais le problème est ailleurs: il s'agit, une fois de plus, d'une histoire de beuverie, partagée entre Chaplin et son complice Ben Turpin, dont on dira simplement que si l'argument rappelle The rounders, tourné avec Arbuckle pour la Keystone, Turpin n'est pas Arbuckle. Et l'histoire, si l'on peut dire, est tout sauf claire...

Mais peu importe: d'une part, ce film qui a beaucoup souffert des outrages du temps n'est sans doute qu'une étape pour Chaplin, qui va faire beaucoup mieux bientôt; de plus, il a trouvé une actrice intéressante, en la personne de la jeune Edna Purviance qu'il se plait à filmer ici, et dont on sait qu'elle va rester très longtemps. Outre Turpin, qui ne restera pas longtemps à ses cotés, il a trouvé un méchant intéressant en la personne de Bud Jamieson, qui préfigure, en moins spectaculaire, le formidable Eric Campbell, qui sera l'ennemi de Chaplin à la Mutual. Sinon, Leo White continue à camper les comtes barbus et vaguement ridicules, on le reverra souvent.

Reste donc un film qui ressemble beaucoup à un exercice dans lequel l'auteur se cherche ouvertement, et qui le pousse à se répéter, et tenter ça et là une nouvelle approche, un peu au hasard. On se doute qu'il devait à cette époque combiner une approche de scénario, peut-être même écrit, avec déjà une tendance à l'improvisation, probablement facilitée par le recours à des gags souvent un peu faciles... Bref: le génie se cherchait encore.

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
21 octobre 2019 1 21 /10 /octobre /2019 23:14

How to make movies n'a jamais été exploité entier du vivant de chaplin, et est fascinant à plus d'un titre: d'une part, il s'agit d'un documentaire, réalisé par Chaplin pour présenter son personnel, son environnement de travail et bien sûr la vision de son nouveau studio pour First national est fascinante: c'est de là que sont partis The KidShoulder armsThe pilgrim ou ses films United artists!

Ensuite, le projet a été longuement mûri, puisque il incorpore des plans pris sur le lieu de construction du studio avant l'ouvrage: on y voit Chaplin, auquel un génie (Albert Austin, semble-t-il) accorde son rêve le plus précieux: un studio. Puis des prises de vue enchaînées nous montrent en quelques secondes la construction, et enfin, Chaplin heureux comme un gosse arrive sur place. Le maquillage est là, mais pas la moustache, et le patron est en costume de ville. Le tour du studio est vu avec humour, et on assiste à des recréations de tournage et de répétition (D'après les costumes de Loyal Underwood et Henry Bergman, c'est au moment du tournage de Sunnyside que ces plans ont été tournés), mais qui sont l'objet de vrais gags. On voit aussi les pin-ups convoquées par Chaplin pour la danse de Sunnyside faire les bathing beauties au studio, le minuscule Loyal Underwood se faire malmener, les acteurs (Bergman, Underwood, Purviance, Wilson...) bullant, se mettant soudain à travailler à l'approche du patron, etc. On voit aussi Chaplin en plein montage, seul, comme le veut la légende, et Albert Austin, sans maquillage, supervisant le développement de la pellicule. Enfin, un exemple de film est montré, et pour le film Chaplin a recyclé un film Mutual inédit sur le golf, avec Eric Campbell et John Rand. Il a du l'abandonner assez tôt, et il est fascinant, non parce qu'il anticipe sur les séquences de golf de The Idle Class, mais surtout parce que Chaplin y est encore au stade du tâtonnement, et du coup improvise beaucoup: on voit son personnage rire, mais... ce n'est plus son personnage, c'est lui.

Le fait de tourner ce film consistait pour Chaplin en une déclaration d'amour au cinéma, une affirmation aussi de sa puissance, il est clairement le patron. La forme, très pince sans rire, est une excellente surprise même si elle ne doit pas nous tromper sur la vraie personnalité de ce géant du cinéma. La joie d'un studio nouveau était certainement une autre motivation de faire ce film récréatif, mais le choix de ne pas le montrer fut sans doute du à une volonté de contrôler au maximum son image, et son influence: il ne se fera pas facilement photographier, ou filmer par la suite en pleine action, à part pour Souls for sale (1923). Le film de 16 minutes a été heureusement préservé par Chaplin, et monté par Kevin Brownlow et David Gill qui en ont montré des extraits dans Unknown Chaplin. Finalement ils en ont assumé sur instruction de la famille Chaplin le montage intégral... Il me semble un passage obligé pour qui s'intéresse à Chaplin, à son art, et à son style, parce que ce faux documentaire est totalement empreint de son esprit...

 

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Charles Chaplin
18 juillet 2018 3 18 /07 /juillet /2018 09:08

Voilà ce que j'écrivais sur ce film en 2011:

"Pourquoi s'intéresser à The professor, aujourd'hui, film inachevé de Chaplin car abandonné? Après tout, on a déja fort à faire avec les films qu'il a finis, avant de s'intéresser à ceux qu'il a lui-même mis de côté... seulement voilà, le décidément indispensable documentaire Unknown Chaplin a mis un coup de projecteur sur ce film, qu'on a donc découvert dès 1983, et qui s'est mêlé de façon indissociable aux nombreux souvenirs liés à la vision des films de Chaplin. Et puis en regardant bien les scènes achevées, on s'aperçoit qu'il est plein d'intérêts...

Pour commencer, le film est situé dans un asile de nuit, ou le héros se rend. Ce décor ne quitte pas Chaplin depuis sa tentative avortée de Life, lui qui y retourne encore et encore... il s'en souviendra pour The Kid.

Ensuite, The professor présente un Chaplin inattendu, au maquillage différent, au caractère différent, avec une identification forte: le "Professeur" Bosco est montreur de puces savantes. Son allure se rapproche de celle du vagabond, avec des vêtements qui ont connu de meilleurs jours, des grosses godasses, et la tignasse proverbiale de l'acteur, mais la moustache est plus vaste, le regard vide, et un chapeau très démodé, façon Dickens, achève de parfaire l'illusion. On note aussi la présence d'une de ces petites pipes en bois sensées compléter l'attirail de son personnage lorsqu'il est doté d'un emploi stable. Chaplin, qui n'allait pas tarder à laisser de côté son personnage le temps d'un long métrage, avait déjà envie de se débarrasser de lui 4 ans auparavant... La transgression n'a pas abouti, et on peut comprendre pourquoi. Ce professeur se comporte d'une façon différente. Son visage trahit une lassitude, un dégout presque, qui fait froid dans le dos. Lorsque les puces s'échappent de sa boîte, il fait usage d'une surprenante autorité, usant de son fouet. Une assurance qui étonne...

Les puces reviendront, dans une séquence rêvée de Limelight, le clown Calvero se voie dans un numéro assez similaire à celui du Professeur Bosco, sauf que les puces seront, là, imaginaires. Ici, elles sont réelles, ce qui entraîne une épidémie de gratouille chez les pensionnaires, par ailleurs très passifs, de l'asile. Un mot, d'ailleurs, au passage, pour parler de cette étonnante tendance au grossier et à la vulgarité assumée, chez Chaplin, qui va de pair avec une pudeur paradoxale. Ici, il s'agit d'utiliser la crasse, le manque d'hygiène associés à la présence de puces à des fins de pantomime...

Mélanger une fois de plus le pathos et le comique, noir, c'est devenu une habitude chez Chaplin. mais peut-être avait-il besoin de motivation? Peut-être ne sentait-il plus son personnage, en passe de rentrer dans le rang (il en fait un homme au costume de ville soigné dans The bond, un homme à tout faire dans Sunnyside, donc employé, un soldat dans Shoulder arms...), peut-être avait-il besoin de redéfinir de nouveaux contours afin de repartir à zéro avec le public. L'échec de la tentative le mènera de toute façon à The kid. Sans doute avait-il besoin d'un angle d'approche différent... ce film le lui a peut-être fourni: il n'est donc pas si anodin."

Et maintenant, il faut bien admettre que la donne a changé, car The professor, tourné selon le biographe et ancien secrétaire de Chaplin en 1919, durant la période troublée qui précède la sortie de The Kid, a effectivement été abandonné, mais le titre a resurgi dans le studio pour une possible sortie... En 1922, au moment de quitter la compagnie First National, Chaplin a tenté de faire un film complet avec des chutes de Shoulder arms et de Sunnyside, plus l'intégralité de la séquence décrite ci-dessus. Il a donc imaginé une continuité, qui a été préservée, et qui intègre les scènes domestiques coupées de Shoulder arms (afin de montrer le quotidien peu reluisant de son héros), la séquence du barbier non intégrée dans Sunnyside, avec Albert Austin et Edna Purviance (pour indiquer qu'au moins, le personnage a un emploi), la scène mémorable du conseil de révision supprimée de Shoulder arms, et enfin la séquence de l'asile de nuit placée en fin de deuxième bobine, pour montrer que le héros s'est choisi un destin...

Toutes ces chutes ayant été préservées, la continuité et la liste d'intertitres retrouvées, David Robinson a donné son feu vert à la reconstitution du film, dont no ne s'étonnera pas qu'il n'est pas sorti, en bout de course: ça ne ressemble à rien d'autre qu'à une série de chutes mises bout à bout, et ça montre essentiellement, d'une part que Chaplin pouvait parfois être à court d'idées, et pleine crise, au point d'être tenté par le recyclage (How to make movies part un peu de la même intention, mais a au moins le mérite de l'originalité); d'autre part, le fait que le film n'est pas sorti montre aussi que le metteur en scène savait aussi s'arrêter à temps.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Charles Chaplin Muet
18 juin 2018 1 18 /06 /juin /2018 08:20

Très officiellement la première comédie burlesque de long métrage, premier long métrage aussi bien de Mack Sennett réalisateur que de son studio, le film possède une importance historique indéniable, et on peut ajouter par dessus qu'il s'agit aussi du premier long métrage de Charles Chaplin, même si l'implication de ce dernier est limitée.

Marie Dressler, actrice reconnue pour son travail au théâtre, est la véritable vedette de ce film (Adaptée d'une pièce à succès, Tillie's nightmare), et interprète donc Tillie Banks, une jeune femme franchement disgracieuse dont un coureur de dot (Chaplin, en costume pré-vagabond) essaie de faire sa prochaine victime: il a en effet constaté que son père avait un sacré bas de laine. Lorsqu'il apprend par la presse que Tillie est l'héritière de la fabuleuse fortune de son oncle milliardaire, qui a disparu lors d'une chute en montagne, le malfrat l'épouse. Son authentique petite amie, interprétée par Mabel Normand, n'a aucun mal à se faire engager comme soubrette pour y voir clair et récupérer son homme...

C'est gros et gras, et si j'ai parlé d'importance historique, cela ne va pas beaucoup plus loin. Sauf... que Chaplin vampirise l'écran, et n'a aucun mal à s'imposer avec la mise en scène basique de Sennett: il demande au chef-opérateur de poser la caméra, et doit vaguement demander aux acteurs de bouger. Beaucoup d'entre eux s'agitent, certains en font des tonnes, Chaplin, lui, vampirise l'écran; rien que sa première apparition est splendide: il est de dos, et contemple la ville comme s'il prenait une pause avant de fondre sur sa proie. Quelques gestes, et subrepticement, il se place en plein milieu du cadre, tout simplement. En ces mois de mai et juin, il n'en était qu'à tourner ses premiers courts, mais nous qui savons ce qui a suivi,; nous n'avons aucun mal à le reconnaître. heureusement qu'il est là, sinon, le reste du film est bien sur regardable, mais pas franchement extraordinaire. Et pourtant, c'est par ce film qu'est née la comédie de long métrage, pas par The kid comme on le lit parfois.

On remarquera qu'au-delà de l'attraction représentée par le film lui-même qui quoi qu'il en soit était un grand pas en avant pour Sennett, il a fait en sorte que tout le monde participe. On peut s'amuser à reconnaître ses acteurs, de Mack Swain à Chester Conklin, en passant par Minta Durfee, Al St-John ou Charles Parrott. Mais on ne verra ni Sennett, ni Arbuckle, qui ne jouent ni l'un ni l'autre.

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1914 Mabel Normand Charles Chaplin *
17 juin 2018 7 17 /06 /juin /2018 10:42

Tout a une fin: avec ce film, Chaplin quitte la Keystone de Mack Sennett pour la compagnie Essanay, ou il avait enfin, et en étant mieux payé, la possibilité de faire ce qu'il voulait au lieu de faire ce qu'il pouvait. Le problème, il allait très vite s'en rendre compte, c'est qu'il fallait pour cela aller à Chicago, ou les conditions météorologiques n'étaient pas propices, mais n'anticipons pas.

Getting acquainted est, une énième fois, la bonne vieille formule "allons au parc, et tournons une histoire de marivaudage endiablé avec deux couples dont les maris sont de fieffés dragueurs". Chaplin et son rival Mack Swain sont mariés respectivement à Phillys Allen et Mabel Normand, et le lieu a déjà servi et resservira. Toutefois, on mesure à quel point la formule, aussi usée soit-elle, a été raffinée par Chaplin, qui a réussi à faire en sorte que la frénésie soit tempérée par un début de caractérisation, qui donne aux épouses un peu plus que le rôle de faire-valoir, qui donne au policier (Edgar Kennedy) un rôle beaucoup plus subtil d'arbitre, et qui structure justement le film autour du ballet des couples, de conciliabules entre les époux et les épouses, et pour finir qui évite comme le note justement Jeffrey Vance dans ses notes de se livrer au moindre jet de briques ou de tartes à la crème...

Partager cet article
Repost0
Published by François Massarelli - dans Muet Comédie Mabel Normand Charles Chaplin