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28 juillet 2023 5 28 /07 /juillet /2023 22:59

Un petit village de Savoie vit l'approche de Noël: les gosses sont soumis à l'odieux chantage des parents, les adultes vivent leur petite vie de notable ou d'artisan, chacun dans sa case, l'instituteur (Robert Le Vigan) ou le pharmacien (Jean Brochard), le vieux fabricant de globes terrestres (Harry Baur) et sa fille un peu dans la lune (Renée faure) qui fabrique des jouets... Le père Cornusse, le plus vieil artisan, qui fabrique des mappemondes, est préposé au rôle de père Noël, et adore raconter aux enfants des contes à dormir debout, sur la Chine, lui qui n'a jamais quitté la Savoie... Pendant ce temps là, la "mère Michel" (Marie-Hélène Dasté), une dame un peu lunaire, continue à chercher son chat.

Bref, tout va bien en quelque sorte, ou du moins tout irait bien s'il n'y avait eu un enchaînement regrettable d'événements. D'une part, le Baron (Raymond Rouleau) est de retour d'un long voyage, et il inquiète tout le monde: d'une part il ne parle à personne, d'autre part il a demandé au pharmacien de lui fournir un médicament contre... la lèpre, ce qui délie les langues d'une façon assez inattendue. autre événement de taille, Catherine, la fille du père Cornusse, se décide en entendant le village pester contre le "lépreux", à sortir de sa torpeur et se rend chez lui, estimant qu'il a sans doute besoi de compagnie. Ils tombent amoureuxl'un de lautre, au grand dam de l'instituteur qui la poursuit avec insistance de ses assiduités. Enfin, à l'issue de sa tournée, le "Père Noël" est vu dans l'église au moment où on y dérobe un anneau de grande valeur... et un cadavre sera retrouvé plus tard dans la neige avec la houppelande et le déguisement du Père Cornusse... Mais qui était-il? Qui a volé? Qui, surtout, a "tué le père Noël"?

Ces trois questions trouveront toutes, plus ou moins d'ailleurs, une réponse, mais ce n'est pas le plus important, dans cette histoire rocambolesque, ans la lignée de l'un des films les plus célèbres de Christian-Jaque, justement adapté du même auteur, Les disparus de Saint-Agil... Non, ce qui compte ic, c'est la peinture pittoresque d'un village à la Française, reflet d'une époque disparue et dont l'extrême-droite du Maréchal espérait sans doute une résurgence en ces années noires. C'est le premier film de la sulfureuse Continental, et non seulement c'est l'un des films les plus atypiques que j'aie vus, mais par bien des aspects il fait concurrence à deux des oeuvres les plus emballantes de l'histoire du cinéma Français, eux aussi sortis sous la responsabiilité de cet étrange attelage franco-Allemand, à savoir La Main du Diable, et Le Corbeau...

Car enfin, dans ce petit village, rien de va comme il faudrait, voyez-vous. Cet instituteur, d'ailleurs incarné par Le Vigan, qui certes fait sans doute bien son travail, mais n'a pas son pareil pour accabler son rival afin qu'on se débarrasse de lui, ce pharmacien trop poli et altruiste pour être honnête, ces chasseurs qui passent leur vie au café, et suggèrent en apprenant qu'un homme est malade, qu'on l'abatte avant de brûler le corps... Et ce maire (Ledoux) qui se débarrasse d'une administrée en la traitant de "vieille folle"... Quant à l'église, on y pratiqe bien des crimes...

Non, décidément, la France profonde chère à Alfred Greven, fondateur de la Continental, qui s'était fixé pour mission de maintenir le cinéma français en le muselant gentiment, n'était finalement comme dans Le Corbeau qu'un repaire de gens bien mal intentionnés.

Christian-Jaque explose de talent ici, inspiré d etoute évidence par le savoir-faire du cinéma muet. Se souvient-il de Kean, de Volkoff et Mosjoukine, quand il utilise le montage rapide dans les interrogatoires, ou qu'il s'amuse à promener sa caméra de point de vue en point de vue? a-t-il vu les films de Josef Von Sternberg et leur utilisation géniale de l'éclairage et du décor? En tout cas il sait utiliser ces ingrédients, dans un film magnifique de bout en bout, dont tous les plans sont impeccables, son sens du fantastique est évident, et la direction d'acteurs (et quels acteurs...) est superlative... Qu'importe que les deux amoureux, dans le film, soient bien mièvres, l'excellence de la mise en scène emporte tout sur son passage...

Je le disais, l'enquête tournera court (grâce à une intervention éclair d'un gendarme joué par le jeune Blier, donc une nouvelle raison d'être gourmand), mais le film se terminera... sur un miracle, tout bonnement.

 

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Published by François Massarelli - dans Christian-Jaque
20 juillet 2023 4 20 /07 /juillet /2023 07:46

Un petit pensionnat, peu de temps avant une guerre (la première guerre mondiale?); dans la petite vie tranquille de l'établissement, trois gosses se démarquent: ils se retrouvent la nuit, et ont constitué une société secrète, les Chiche-Capons: Beaume (Serge Grave), Macroy (Marcel Mouloudji), et Sorgues (Jean Claudio). Leur but: planifier, organiser et ffectuer un voyage aux Etats-Unis, les trois ensemble ou pas du tout. 

La vie de l'école est bien réglée, avec ses professeurs, tous des forts caractères, surtout Planet, l'insomniaque (Jacques Derives, auquel tout le monde demande, tous les matins s'il a bien dormi); Lemel (Michel Simon), l'alcoolique; celui-ci est particulièrement méfiant à l'égard de Walter (Eric Von Stroheim), la plus récente recrue du corps professoral, un prof de langues... mais surtout un étranger.

A l'issue d'une réunion des Chiche-Capons, Sorgue aperçoit un homme mystérieux (Robert Le Vigan) qui apparaît et disparaît. Il tente d'en parler aux autres, mais personne ne souhaite apporter le moindre crédit à ce qu'il raconte... Mais après un cours de M. Walter dont il se fait exclure, Sorgue disparaît... Puis c'est au tour de Macroy. Après un esclandre, Lemel, qui recevait parfois la visite du mystérieux inconnu, tombe et trouve la mort. Quel est donc le mystère du collège de St-Agil?

L'aventure avec un grand A, la vraie... Les trois gamins (qui à peine réunis en conciliabule nocturne, allument une Gauloise, et prêtent serment devant un squelette de cours de Sciences Naturelles - il s'appelle Martin) semblent prêts à la vivre, telle qu'on la vivait dans l'entre-deux-guerres dans les romans pour ados. C'est d'un de ces romans policiers pour jeunes gens que ce film a été adapté, une oeuvre de Pierre Véry, spécialiste de ce genre léger... 

Le mystère qui agite la pension est d'autant plus étrange, qu'il s'agit d'un collège modèle, après tout. Pas forcément select, voire franchement miteux, on n'a pas l'impression qu'il puisse être comparé, d'une part à l'école de Zéro de conduite, d'autre part à celle des Diaboliques... Les turpitudes des adultes y sont sans doute mise en valeur par le point de vue des enfants... et ces gamins qui font le pacte de partir à New York, tous les trois ou pas du tout, ont soif d'aventure mais aussi d'absolu.

Christian-Jaque a parfaitement su trouver la mise en scène la plus adéquate pour son film, l'un de ses meilleurs. Un point de vue constamment à hauteur d'enfant, mais avec toujours un temps d'avance; un dosage savant et délicat du mystère ou des mystères (que cache Walter? qui est l'homme de la nuit? que sont devenus les deux disparus?)... Il accomplit un miracle dans son découpage mais aussi dans chaque plan, depuis l'ouverture à la Hitchcock, sur une maquette du collège, jusqu'à l'utilisation subtile de l'éclairage... Et la caméra fluide, sûre de ce qu'elle a à montrer, n'a pas son pareil pour traquer chez les gamins le sens de la fascination, de l'inquiétude, de l'aventure, quoi... Par des acteurs juvéniles dégourdis parfaitement assistés d'adultes plus que compétents... Du plaisir, donc.

 

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Published by François Massarelli - dans Christian-Jaque Erich Von Stroheim