Les tribulations de Ralph, le loup (qui ressemble furieusement à un coyote, mais avec une truffe rouge), et de Sam, le cheind de berger (dont l'éternelle frange nous empêche de voir ses yeux), les deux animaux qui prennent leur fonction le matin en pointant, puis en s'affrontant sur le champ où des moutons, totalement indifférents à ce qui se trame autour d'eux (un conflit dont ils sont pourtant l'objet unique), mangent tranquillement.
Comme d'habitude, un conflit qui ne passe pas par la parole, mais par l'action, une transposition du mythe de Sisyphe, ou tout simplement un détournement des aventures de Wile E. Coyote? De toute façon, tout est dans le "Comme d'habitude"...
Inspiré par l'histoire de Tom Pouce, ce film de Chuck Jones (qui a choisi de mettre en valeur la contribution de Maurice Noble, le décorateur qui a rendu les Looney tunes, surtout ceux avec le Coyote, de plus en plus abstraits par ses décors) fait partie de ses expérimentations narratives. D'un côté, un graphisme étonnant, ultra-stylisé, auquel Jones cédait de plus en plus en ces années 60, et de l'autre une narration souvent absurde, marquée par un humour à froid, renforcé par l'accent Britannique forcé de tous les protagonistes...
Et de fait, si j'admets l'attrait de l'expérience, ce n'est en aucun cas plaisant. C'est assez typique des Looney tunes des années 60 qui tendent à cacher l'indigence de leur animation derrière les aspects expérimentaux, et on baille parfois un peu trop...
Bugs Bunny et Wile E. Coyote sont voisins, et le coyote une fois de plus aimerait bien manger le lapin... Mais s'il se considère ouvertement (et avec insistance) comme un génie, l'animal est bien à la peine pour "retenor son voisin" à dîner...
Que dire de plus que ce qui a déjà été dit sur To hare is human et sur rabbit's feat, les deux films précédents sur lesquels Bugs Bunny et le Coyote s'affrontaient: le dialogue gâche tout... Non que les gags soient révolutionnaires (on notera quand même l'effet extrème de l'aimant attrape-tout, qui attrape vraiment tout), mais l'omniprésence de la voix insupportablement "je sais tout" du coyote nous empêche d'apprécier quoi que ce soit ici...
Pour résumer, exceptionnellement, un coyote perdu en plein désert du Sud-Ouest des Etats-Unis, affamé, tente d'attraper un oiseau coureur, sur la route, et utilise des moyens divers et variés, pour changer. Mais cette fois-ci, de façon étonnante, ça ne marche pas du tout...
A ce stade, pourquoi se priver? L'entreprise de Jones, qui consistait à utiliser systématiquement des variations de toujours la même situation, n'a jamais varié pour autant. Si ce n'est que le style a évolué naturellement, ainsi que les décors qui bien entendu ont été de plus en plus abstraits au fur et à mesure des années...
Ce film tardif est un bon exemple, d'ailleurs, de la technique imaginée à la fin des années 40 par Jones et le scénariste Michael Maltese: alors qu'une tentative d'utiliser une bombe contre la bestiole a comme de juste complètement raté, le coyote se retrouve à tenter d'échapper à la bombe, tout en tombant de très haut, et une fois arrivé en bas, il va quand même devoir subir les effets de la bombe... Les gags sont systématiquement la source d'autres gags, et ça ne s'arrête jamais...
...enfin si, à la fin. Mais cette fois, hélas, un gag verbal (ou quasi verbal, puisqu'il utilise un jeu de pancartes) gâche toute la fête en jouant sur les mots.
Chuck Jones avait déjà eu l'idée, franchement bizarre, de mêler les univers respectifs de Wile E. Coyote et Bugs Bunny... Pourquoi pas? ...Sauf que pourquoi s'évertuer à faire du coyote un insupportable bavard, lui qui justement n'a pas besoin de la parole pour être un protagoniste génial?
Ca recommence, et on doit donc supporter ici la loghorrée de l'animal, qui nous explique ce qui n'a pas besoin d'être expliqué, ce qui tue les gags. Bugs Bunny a plus de chance, mais l'adversaire est ici tellement faible, qu'il ne lui faut pas grand chose pour donner l'illusion de la grâce. Jones était un maître en matière de timing, il savait aussi parfois se planter dans les grandes largeurs...
Conrad Cat est un personnage intermédiaire, l'une de ces nombreuses tentatives effectuées par Chuck Jones à l'époque où il essayait de se démarquer de la triplette Porky - Daffy - Bugs, qui faisait la loi dans les années 40 chez Leon Schlesinger): d'autres héros d'un ou deux cartoons se sont retrouvés mis en avant, avant de disparaître... Conrad ne sera pas le dernier chat, du reste, puisqu'il y aura aussi Claude, plus intéressant.
Conrad, donc, tente en dépit de ses limites (physiques et autres), d'amener dans une salle de spectacle un pot contenant une petite plante, mais la porte et la plante semblent ne pas être compatibles... Après quelques minutes de jeu autour de ces accessoires, il parvient à ses fins, et entre dans la salle où il devient le jouet d'un oiseau particulièrement irascible qui souhaite conserver sa tranquillité dans un chapeau de magicien!
C'est étonnant, et je mettrais volontiers ce court métrage dans le même panier que l'admirable The Dover Boys, avec son jeu élastique sur le timing... Et peut-être aussi pour ce plan qui nous montre les instruments tombant les uns à la suite des autres, dans la fosse d'orchestre, vus en amorce, et surtout entendus... Une expérimentation sonore qui nous rappelle qu'àcette époque, Chuck Jones ne se satisfaisait jamais de ce qui aurait pu être sa routine.
Quant au titre, il est typique de cette tendance qu'avaient les courts métrages de la Warner d'imiter les titres de longs métrages (ici, The bride came C.O.D., de Lloyd Bacon) de la firme, sans qu'il y ait le moindre rapport avec l'intrigue...
Le conseil d'entreprise des établissements Elmer J. Fudd se tient, mais les administrateurs sont inquiets: le patron est bien malade; il se prend pour...
Un wapin.
Il est donc placé dans une institution (le "Fruitcake sanitarium", rien que ça) où on va l'aider. Manifestement, il ne souhaite pas l'être: il demande à un vrai lapin qui passe par là (vous aurez deviné de qui il s'agit) de l'aider à s'enfuir... Le médecin en charge du cas arrive et trouve Bugs Bunny, s'imaginant qu'il s'agit d'une métamorphose d'Elmer due à son trouble...
Oui, tout le monde est cinglé manifestement...
Et donc voici Bugs Bunny qui, sous forte médication, est persuadé d'être Elmer Fudd, et Elmer se prenant pour Bugs Bunny... Le film atteint une glorieuse idiotie quand Bunny-Elmer se rend chasser ("Be vewy quiet, I'm hunting wabbits"), et Elmer-Bugs lui demande "What's up, doc?")...
C'est le troisième et dernier film de la trilogie de la chasse, par Chuck Jones. Dès le d"part, on se souvient que dans le précédent, Daffy avait confirmé sa duplicité en plaçant des pancartes indiquant la saison de la chasse au lapin. Et sur ces entrefaites, arrive Elmer Fudd avec son fusil...
C'est toujours le cas: dans la mesure où c'est effectivement la saison de la chasse au canard, Daffy Duck a forcément un grand besoin de détourner la conversation...
Et en parlant de conversation, tout ici est, une fois de plus, question de mots, de répétition, de timing, de détournements de l'intrigue, et bien évidemment, ce bec de canard qui subit toutes les avanies possibles...
En finissant avec ce film la "trilogie" absurde et immobile de ce triangle de personnages loufoques et énervés, Chuck Jones et son complice le scénariste Michael Maltese se doutaient-ils qu'ils venaient de changer totalement non seulement les héros du film, mais aussi les règles de la dynamique d'un cartoon? Je ne le sais pas, mais clairement, à partir de là, les rôles de Bugs Bunny et surtout de Daffy Duck ne seraient plus jamais les mêmes.
C'est la saison de la chasse, comme nous l'indiquent des dizaines de pancartes, toutes posées par Daffy Duck: il le reconnait lui-même. Sauf qu'il ajoute qu'en réalité c'est la saison de la chasse... Au canard.
C'est la saison de la chasse, et Elmer Fudd, accoutré comme il se doit, est donc de sortie avec son fidèle fusil. Il assiste presque en victime non-consentante à un dialogue absurde entre un lapin et un canard cinglés, qui jouent en permanence sur les mots, interrompent le flot du dessin animé, commentent sur leurs dialogues, le tout saupoudrés de gags impossibles impliquant le bec amovible de Daffy Duck. Bref, c'est le deuxième film de la trilogie de la chasse de Chuck Jones... Un de ces films qui auront pour conséquence de redéfinir complètement les personnages qui y apparaissent.
Parmi les partenaires de Bugs Bunny dans les films de Chuck Jones, celui-ci est assez rare: le petit pingouin "Playboy" est présent en tout et pour tout dans deux films, dans lesquels Bugs Bunny l'aide à retrouver son chemin... L'autre s'intitule Frigid Hare.
Dans celui-ci, le pingouin est laissé par les responsables du cirque qui l'emploient et Bugs s'évertue à le ramener au Pôle Sud, ignorant que l'oiseau est natif de Hoboken, New York...
C'est très drôle, le ressort comique reposant beaucoup sur le contraste entre le lapin sarcastique et le petit oiseau souvent larmoyant... La comparaison entre le pingouin et un poulet, qui crée un gag récurrent, donne aussi une coloration absurde au film. L'apparition tout aussi récurrente de Humprhey Bogart, en vagabond à la "Sierra Madre", est par contre assez irritante...