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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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18 juin 2026 4 18 /06 /juin /2026 07:27

Après deux films à message, Lang persiste et signe, une dernière fois, dans une relative indépendance. You and me, moins apprécié que Fury et relativement peu montré, est un étrange film dans sa filmographie, mais après tout, pas plus que, au hasard, Hangmen also die ou Cloak and dagger... Une expérience, en quelque sorte, dans laquelle il poursuit son exploration de la notion de culpabilité et de l'implacabilité du destin, dans un cadre fortement inattendu pour lui: la comédie!

Joe (George Raft) et Helen (Sylvia Sidney) travaillent tous les deux dans le grand magasin de M. Morris. Ce dernier s'est fait une spécialité d'ouvrir les portes de son établissement à tous les repris de justice, ex-taulards et brebis égarées qu'il a pu trouver, et la plupart d'entre eux lui sont reconnaissants. Mais tous ne savent pas forcément qu'absolument tous les employés ont un casier judiciaire, et de fait Joe, s'il n'a pas caché la vérité à Helen (il fut un redoutable braqueur de banques), ignore que cette dernière a un casier, et qu'elle doit encore voir son officier de probation toutes les semaines... Quand ils se marient, elle n'ose toujours pas lui dire. Pendant ce temps, un malfrat rode autour du magasin, et essaie de monter tous les anciens prisonniers contre leur patron. Joe résiste, mais jusqu'à quand?

C'est un sujet formidable, mais aussi propice à monter un drame édifiant, qu'une comédie légère. De façon étonnante, c'est cette dernière option que Lang a prise, en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour que le drame "conjugal" prenne le plus de place possible. Si George Raft est surtout sobre dans ce rôle inattendu (il n'a jamais eu la réputation d'être un acteur surdoué), il est au moins parfaitement convenable, et même touchant face à la grande Sylvia Sidney. Pour une fois, celle-ci qui tournait pour la troisième fois consécutive, et la dernière hélas, pour Lang, est dès le départ de l'autre côté de la barrière de la loi, et on n'est pas près d'oublier la scène fabuleuse qui la montre expliquer à un tableau noir, craie en pogne, à huit truands endurcis l'exact pourcentage de misère auquel ils auront droit une fois le partage effectué à l'avantage du commanditaire d'un casse! Et l'actrice, qui avait de la répartie, est intégralement crédible aussi bien en épouse inquiète du lendemain, qu'en criminelle endurcie qui se rappelle le bon vieux temps, sans jamais se placer du mauvais côté du Code Hays... Du grand art, quoi.

Mais une fois gratté le vernis de la comédie, le film offre une fois de plus une réflexion sur le bien-fondé du crime, non pas d'un point de vue moral, mais bien d'un côté pratique. C'est inattendu, mais cela n'empêche pas Lang d'avoir doté ses personnages d'un code éthique réel. A ce titre, c'est le principal moteur de l'action et la source des retournements de situation... Comédie oblige, ceux-ci sont généralement un brin trop roses, et certainement bien trop optimistes pour Lang...

Mais celui-ci a su signer ce film d'une autre façon, en confiant de façon étrange à Kurt Weill la bande originale. Celui-ci, probablement sous l'influence du metteur en scène, a donc non seulement signé la musique, mais il a aussi fourni deux chansons "en situation", à la manière de Brecht! Une scène éminemment théâtrale reprend le style du dramaturge Allemand en mettant en scène, lors d'une réunion nostalgique d'anciens truands, les impressions que le destin judiciaires leur inspirent...

Voilà qui fait effectivement un curieux mélange, mais en dépit de ces bizarreries, le film conserve un caractère très proche des thèmes de Lang, de son humanité profonde, et de son obsession de la culpabilité personnelle, qui nous aide à comprendre, non seulement que Joe en veuille à Helen de dissimuler son passé, mais aussi et surtout que celle-ci souhaite s'en affranchir en le cachant. Et comment ne pas se souvenir de M en voyant ces rendez-vous secrets de la pègre? Si ce n'est pas le meilleur film de Lang, il a au moins le mérite, convenons-en, de provoquer la réflexion!

 

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Published by François Massarelli - dans Fritz Lang Noir Comédie
13 juin 2026 6 13 /06 /juin /2026 00:06

Corinne Griffith est une actrice qui a eu sa petite heure de gloire dans les années 20, en particulier grâce à son mari, Walter Morosco : il produisait ses films un peu à la façon de William Randolph Hearst produisant Marion Davies. Miss Griffith n'avait peut-être pas le talent de cette dernière, mais entre des mains expertes, elle pouvait se révéler une actrice intéressante. En particulier dans ce film...

Toni Lebrun, orpheline Autrichienne recueillie par son oncle et sa tante pâtissiers, ne se voit pas faire des bretzels toute sa vie, et ambitionne de chanter à l'opéra. Elle a même un diplôme authentique, qui lui a ouvert les portes d'un théâtre Viennois... Auquel elle se rend, sans savoir que c'est un établissement un peu plus leste que ses désirs lui font miroiter. Tenu par la solide entremetteuse Mme Bauer (Maude George), on y vient pour voir, plutôt que pour écouter, et Toni ne tarde pas à s'en apercevoir. Tombée dans le piège de M. D'avril (Lowell Sherman), un vil séducteur à la recherche de chair fraîche, elle fuit en compagnie de l'habilleuse Rosa (Louise Dresser), sans savoir que celle-ci est une authentique baronne, qui va l'amener avec elle à Monte-Carlo... Et tant qu'à faire, elle l'adopte!

On retrouve dans cette comédie, le canevas d'un conte de fées légèrement détourné, et passé au travers du filtre de la comédie légère, plutôt du genre de celles dans lesquelles évoluait Colleen Moore, que Marion Davies : un certain glamour, plutôt que du slapstick, affleure volontiers dans le film. Il faut dire que les acteurs n'y sont pas pour rien, surtout Lowell Sherman, qui y reprend à peu près son rôle de Way Down East avec une justesse confondante. Mais Lewis Milestone, qui a sans doute conscience de tourner une bluette, laisse poindre assez souvent une certaine ironie, et dirige constamment Corinne Griffith en appuyant sur le côté naïf du personnage. De fait, le film en bénéficie souvent. Et surtout, le metteur en scène se place en maître du cadre et du champ, en utilisant toutes les ressources de décors mobiles et particulièrement bien rendus. il utilise aussi à merveille le montage, pour livrer une comédie qui trouve en permanence le rythme parfait.

On est bien sûr bien loin des autres films contemporains du metteur en scène et je pense qu'il fait considérer ce Garden of eden comme une halte bienvenue dans la carrière du prodige qu'était Milestone au temps de sa splendeur, entre Two Arabian Knights et The Racket, dont ce film ne possède ni les audaces, ni la verdeur... Au moins il ne manque ni de verve, ni d'énergie, ni de charme. Et il est une de ces gâteries dont le cinéma muet Américain avait le secret, faisant parfois penser à Lubitsch et son talent pour la suggestion légère... Il est vrai que le script du film est du à son complice Hanns Kräly.

Pour finir, la restauration récente du film, finalisée en 2026, met en lumière la présence d'un fantôme de séquence: dans la première bobine de cette charmante comédie venait, un temps, s'insérer une série de rêveries en Technicolor, selon l'habitude de l'époque d'utiliser les nuances particulières du procédé pour relever un peu certaines images d'un film. Parfois à la fin (The merry Widow, Annie Laurie), parfois au début (Seven Chances), parfois au début ET à la fin (Stagestruck), parfois au milieu (The phantom of the opera), parfois un peu partout (Ben Hur) et parfois sur tout le film (The black Pirate)! Hélas, le film qui nous occupe n'en bénéficie plus, car de cette séquence, seuls 8 images ont survécu, et à 24 i/s, ça nous fait donc un tiers de seconde. Une reconstitution, qui utilise symboliquement les huit photogrammes survivants, et pour le reste qui tente de recréer une hypothèse de ces scènes, en utilisant des photos de plateau de ces moments du film, colorisées à la manière du Technicolor, est disponible désormais, pour rappeler au moins la présence de cette petite cerise sur le gâteau.

 

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie 1928 Lewis Milestone ** Technicolor
2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 22:32

Victor Meynard (Jean Rochefort) est un tueur, un vrai, de la vieille école. On le contacte anonymement, on paye (cher, très cher) et il fait le boulot, proprement, simplement, et sans faille depuis quarante ans. Un pro, quoi... Jusqu'au jour où lors de l'exécution d'un contrat, il rencontre Antoine (Guillaume Depardieu): le jeune homme a été témoin de l'exécution, et se tient prêt à se défendre, un couteau de cuisine à la main... Pris de tendresse, Victor lui explique comment tenir l'arme et de fil en aiguille va lui proposer de devenir son assistant et apprenti...

Lors de leur première mission commune, pourtant, tout va aller mal: la cible est Renée (Marie Trintignant), une jeune femme qui a escroqué un malfaisant rancunier. Mais tout se passe mal, et Victor se rend compte qu'il ne parvient pas à la tuer. Du coup, le tueur et sa potentielle victime, qui font tous les deux l'objet d'un contrat, flanqués de l'assistant, se retrouvent en situation de cavale. Renée ne sait pas qu'elle était la cible de Victor, et elle commence à développer une vraie affection pour ce personnage un peu froid et d'une maniaquerie à toute épreuve...

Cohabitation, caractères opposés, situation de danger, et suspense: les qualités fédératrices pour le public ne manquent pas dans cette comédie de précision, où Pierre Salvadori établit son style rigoureux. Il y remue ses thèmes de prédilection, les situations qui inversent la morale (un tueur et une voleuse, et on les aime!), qui confrontent les gens à leur pire contraire (un maniaque et une iconoclaste), et réussit un mélange étonnant d'absurde, de comédie sentimentale et d'humour noir. Cette façon que le metteur en scène a de se reposer sur l'étonnante subtilité de Rochefort (capable d'un huitième de sourire de faire passer la plus infinie des tendresses) et de l'opposer à l'autre subtilité, celle de Marie Trintignant qui sait passer sans aucune difficulté d'une grande dose de cynisme à l'expression d'un mal-être touchant. Un grand cinéaste, des grands acteurs, aujourd'hui tous les deux partis... Depardieu, et c'est à porter au crédit de Salvadori, est lui aussi excellent.

 

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Published by François Massarelli - dans Noir Comédie Pierre Salvadori
2 juin 2026 2 02 /06 /juin /2026 22:32

C'est le grand ménage chez Blanche (Sandrine Dumas), la bien nommée: elle astique, brique, frotte et nettoie, avec un tel soin qu'il ne nous faut pas longtemps pour comprendre qu'elle en est même malade. Sauf que Colette (Blandine Pelissier), son amie, a décidé de débarquer chez elle pour exposer son mal-être: pendant que l'une raconte ses malheurs (angoisses nocturnes, dégoût physique et penchants suicidaires) l'autre laisse libre cours à son obsession ménagère: essuyer les traces de boue laissées par les chaussures de la copine, observer avec attention la cendre au bout de sa cigarette qui menace de tomber, etc... Et quand le choix est entre intervenir pour empêcher Colette de se jeter dans le vide et nettoyer du café renversé, qui eut cru que ce puisse être un dilemme?

Salvadori fait ses gammes et s'amuse: dès le départ, il inscrit le titre de son court métrage sur une moquette, et l'aspirateur manuel a tôt fait de le faire disparaître. et les deux premières minutes sont un exposé de la maniaquerie de Blanche, à travers l'efficacité géométrique dont elle fait preuve en nettoyant chez elle. Le metteur en scène profite de tourner dans un appartement pour filmer au plus près, et nous prend au piège: tout en désapprouvant son manque total d'empathie (tout ce qu'elle souhaite c'est que sa copine cesse de tout salir chez elle), nous adoptons néanmoins son point de vue, et la comédie naît de l'anticipation, puisque nous pensons comme elle... 

Ses plans bien rangés, le jeu d'actrices en oppositions (froide et distanciée, obsédée par le détail pour Blanche, expansif, les yeux dans le vide et en roue libre pour Colette) est la cerise sur le gâteau. Des maniaques, il y en aura d'autres chez Salvadori. Des confrontations burlesques entre deux univers irréconciliables mais qui trouvent leur complémentarité dans la comédie, aussi...

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Published by François Massarelli - dans Comédie Pierre Salvadori
21 mai 2026 4 21 /05 /mai /2026 07:17

Danemark, 1924: il fait froid! Carlo Morton, un peintre (Knud Almar) semble filer le parfait amour avec son modèle Helga (Karina Bell), une jeune femme bien comme il faut à laquelle il demande de figurer une paysanne Italienne, ce qui réchauffe... Mais le père (Viggo Wiehe) de la belle vient de revoir une vieille connaissance: Helder (Peter Marberg), l'ami d'enfance de sa fille, un ingénieur ferroviaire, le fils d'un ancien camarade de régiment... Il linvite à passer quelques jours chez eux, ce qui n'est oas du goût d'Helga: jugeant qu'on fat une offense à Carlo, elle fait un caprice et part rejoindre son artiste en Italie où il est supposé profiter de la beauté des lieux. C'est embêtant, puisqu'essentiellement il profite de la beauté de son modèle, la belle Teresa Lucani (Xenia Schroeder). Quand celle-ci voit arriver Helga, elle a le coeur brisé... De son côté, Helder a une idée derrière la tête et propose au père d'Helga d'aller à son tour en Italie pour tirer la jeune femme des griffes de l'abominable séducteur...

C'est une comédie, une vraie, avec un soupçon de l'excentricité bienvenue du film de 1923, le fameux Mystère de Park Hill également connu sous le nom de Nerfs brisés... Comme il le fera dans son mélodrame Fra Piazza del popolo l'année suivante, Sandberg est parti tourner son film en Italie et on le sent motivé par les beaux décors locaux... Ainsi que par les clichés locaux: venu retrouver Helga pour continuer à marquer des points auprès du père, Helder ne tarde pas à repérer le frère de Teresa qui cherche un moyen de venger sa soeur, et à eux deux ils vont monter un canular autour d'une mythique société secrète ("la main noire") qui protège les femmes Italiennes des ravages de séducteurs venus d'ailleurs! Ce qui va occasionner bien des gags et des péripéties... 

Sandberg multiplie les allusions aux différences de température entre le Danemark et l'Italie aussi, au point d'imaginer un gag visuel particulièrement farfelu: quand elle est prise de remords d'être partie sans prévenir son père, Helga imagine ce dernier l'attendant enfoui sous une solide couche de neige. Sandberg s'amusera aussi à rythmer sa dernière demi-heure de scènes montrant invariablement le père faisant les cent pas chez lui, avec  chaque fois un accoutrement différent, et s'emportant toujours... Ces scènes, invariablement, le montre recevant un télégramme d'Helder, loufoque, dans lquel celui-ci rapporte l'avancement de son "enquête" en termes de chasse.

Non content de parfaitement profiter de la photogénie de son décor, Sandberg demande et obtient de ses acteurs plus généralement rompus au drame de vraies performances de comédie, et c'est une révélation: Karina Bell en particulier est bien plus percutante que dans les drames qu'elle a interprétés pour lui (Notamment le plus emblématique, Klovnen, la version de 1926). Pour comparer, elle retrouvera ce ton en interprétant un personnage secondaire en 1928 dans Un mariage sous la terreur... C'était probablement une starlette un brin limitée, mais le metteur en scène fonctionnait en équipe, et sa présence allait de soi. Bon, admettons qu'Helga, bien que dotée d'un certain tempérament, reste quand même, dans le cadre presque obligatoire de la comédie sentimentale, une ravissante idiote! Puisqu'on parle de "l'équipe", ce long métrage est l'un des derniers dans lesquels Sandberg fait intervenir l'acteur Peter Malberg (qui va tourner la même année pour Gregers un rôle assez proche de celui d'Helder): Sandberg l'a utiisé comme second couteau, souvent préposé aux idiots, aux simplets, au poète effeminé (L'île d'amour), aux oncles excentriques (David Copperfield), voire aux assassins! Cette fois, il a le beau rôle et son personnage séduit enfin Karina Bell... leur alchimie, de fait, est évidente.

Sans temps morts, très distrayant, ce film miraculé de Sandberg est à nouveau une belle surprise, dans laquelle le metteur en scène recycle quelques idées glanées chez Harold Lloyd (Dr Jack, 1922), notamment toute la (fausse) terreur déclenchée par Helder afin de pousser Carlo le peintre à retourner auprès de Teresa...

 

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Published by François Massarelli - dans Comédie 1924 A.W. Sandberg
3 mai 2026 7 03 /05 /mai /2026 18:31

C'est amusant de constater que ce film, dont le titre Danois se traduit directement L'île d'amour (les Anglo-saxons le rebaptisèrent Honeymoon island, ce qui n'est pas stupide) est adapté d'un roman de Carl Muusmann, qui s'intitulait Djævleøen (L'île du diable)... J'imagine que l'adaptation en a sérieusement écorné toute prétention au diabolisme!

Charles et Grete Holm (Gunnar Tolnaes et Karina Bell) sont mariés, et ont tout pour être heureux: armateur, il est florissant, et il aime sa petite épouse. Elle le lui rend bien... Mais d'une part elle a du quitter une carrière dans la danse pour son mariage, et son mari est particulièrement peu féru de culture. D'autre part, il reproche à son épouse d'avoir des prétentions qui le dépassent. Et elle n'aime pas, mais alors pas du tout, le bruit de sa pipe! L'un et l'autre rêvent donc (et c'est transposé à l'écran) d'une version différente de l'être aimé...

Sauf que Grete s'affiche ouvertement, et de plus en plus, avec un insupportable poète, Lorens (Peter Malberg), qui est non seulement ridicule, il est surtout amoureux d'elle et ne s'en cache pas. Charles écoute donc l'idée de son ami Grøn (Philip Bech): celui-ci lui suggère en effet de partir en excursion avec un voilier, et de provoquer un faux naufrage, puis de se réfugier sur une île qu'il possède, en Mer du Nord. Seulement, le naufrage va s'effetuer non seulement pour le couple, mais aussi pour Lorens et deux matelots dévoués à l'armateur...

Ce dernier point n'est pas un ressort dramatique, et c'est la source d'un des points les plus faibles du film: il n'y a en réalité pas ou peu d'enjeu... Jamais Grete et Charles ne sont perdus, pas plus qu'ils ne sont seuls. Les trois autres protagonistes sur l'île fournissent essentiellement la comédie (et pas des plus légères, la composition de Malberg en poète étant tout sauf subtile!), et on attend bien sagement que Grete réalise qu'elle a surtout été capricieuse et que on mari n'est pas un rustre, juste un homme sensé... Non, le film n'a par ailleurs absolument rien de féministe!

C'est l'un des 6 films de Sandberg sortis en 1924, et même en ajoutant que souvent la compagnie Nordisk engrangeait tranquillement des films pour en retenir la distribution un an ou deux, le fait est que ça fait quand même beaucoup... C'est une comédie, mais contrairement à l'irrésistible et souvent plus que loufoque Nerfs brisés de 1923, il ne décolle jamais du tout-venant... A un moment, très tardif, Grete semble apte à prendre le pouvoi sur le film, en trouvant le moyen de laisser tout le monde en plan sur l'île pour rentrer à Copenhague (ce qui ne leur ferait pas trop de mal), mais... Karina Bell, comme souvent, joue ici une ravissante idiote, son rôle plus ou moins imposé depuis son appariton dans David Copperfield. Bref: Sandberg avait beaucoup mieux à faire, et ça tombe bien, il le ferait!

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Published by François Massarelli - dans A.W. Sandberg Muet 1924 Comédie
17 avril 2026 5 17 /04 /avril /2026 15:38

Antoine Brisebard (Louis De Funès) est un auteur dramatique à succs, marié à une actrice (Claude Gensac) qui remplit les salles. Ils vivent dans une somptueuse demeure à la campagne... Tout pour être heureux? Non! Un odieux maître-chanteur a découvert un secret de famille inavouable... Sous couvert d'écrire une pièce policière, Antoine prépare un meurtre parfait pour se débarrasser du sale type... Sauf que s'il va bien tuer quelqu'un, ce ne sera pas le maître-chanteur...

C'est à l'origine une pièce, une comédie policière anglo-saxonne, qui raconte les mésaventures d'un cadavre placé sous un kiosque. Avec Louis de Funès dans le rôle principal et Jean Girault à la réalisation on pouvait attendre le pire... surprise! c'est d'une certaine qualité, même si on se vautre parfois dans le boulevard et souvent dans la facilité. Et les prétextes pour les énervements systématiques ne manquent pas, avec ce cadavre qui change d'identité toutes les cinq minutes...

Par contre, le fait d'avoir confié le rôle de l'inspecteur de police (qui enquête sur le meurtre de Jo le maître-chanteur, qui a été tué dans une autre maison!) à Blier est une excellente idée... Ainsi d'ailleurs que la présence de l'inévitable Claude Gensac, qui tempère de façon toujours aussi efficace le cirque de De Funès. Ce qui ne l'empêche pas de mettre la main à la pâte quand il s'agit de scier le cadavre décidément bien encombrant qui pourrait apporter tant d'ennuis à l'homme qu'elle aime...

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Published by François Massarelli - dans Louis De Funès Comédie
14 avril 2026 2 14 /04 /avril /2026 23:18

Phileine (Kim Van Kooten), c'est l'héroïne du film (le titre veut dire, tout bonnement, "Phileine dit qu'elle est désolée"), et elle nous raconte la frustration de ses relations... En gros, elle a développé une sorte d'habitude de se trouver à des hommes qui, à un moment ou un autre, vont la décevoir. C'est justement le cas de son petit ami, Max (Michiel Huisman): il lui annonce qu'il va devoir se rendre à New York, car il est engagé pour participer à une adaptation moderne de Romeo et Juliette... Elle se rend par surprise à New York, où elle se rend compte bien vite qu'il se passe des choses entre Max et Joanne, sa partenaire.

Bon, jusqu'à présent c'est d'une évidence... Mais ce n'est pas aussi simple: car Max et Joanne sont partenaires oui, mais sur scène. En gros la pièce est réinterprétée de façon pornographique... 

Et la version officielle du film, c'est que Phileine, si j'ai bien compris, est supposée être la méchante du film. 

Hein?

C'est tragiquement approximatif dans l'intention, malgré des audaces sympathiques: la façon dont Phileine joue avec la continuité, arrête le film, nous parle, et réinvente ce qui se passe sous nos yeux. Un gag idiot me réjouit, quand Phileine se tournevers le public et annonce une page de publicité: en fait nous voyons l'auteur du roman original, Ronald Giphart, qui annonce que le film est meilleur que son roman. 

Sinon, même si elle ne brille pas par ses costumes, le film offre aussi un rôle à la chanteuse Leona ¨Philippo, qui de 2000 à 2001 a été membre de l'illustre groupe Hollandais Nits. Elle interprète Joanne.

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Published by François Massarelli - dans Comédie Mettons-nous tous tout nus
10 avril 2026 5 10 /04 /avril /2026 23:48

Anders Wilhelm Sandberg ambitionnait, lorsqu'on l'avait promu réalisateur dans les années 20, de devenir le maître de la comédie au Danemark... Mais le créneau était déjà pris: Lau Lauritzen occupait de façon incontestable ce terrain. Néanmoins, à la vision de ce film, on peut se dire que l'idée a du avoir du mal à lui sortir de la tête... C'est une comédie policière particulièrement farfelue, dont le succès a dépassé les frontières au point qu'il est plus facile de trouver le film ou des renseignements le concernant sous son titre Anglais: The Hill Park Mystery, ou The Park Hill Mystery, puisque on trouve les deux! 

Le journaliste Erik Brandt (Gorm Schmidt) est arrivé à la rédaction de son journal à Copenhague, avec à nouveau la résolution d'une enquête. Grâce à son acharnement, il est venu à bout d'un tueur redoutable... mais n'a pas dormi depuis bien longtemps. Il se rend donc chez lui avec un chèque conséquent, et deux semaines de vacances pour rattraper ses nuits en retard, et comme le dit un intertitre, "n'aurait pas du regarder par la fenêtre".

...Car il y a vu un meurtre, simple, bête et brutal. Dans le parc avenant à sa propriété, un homme est accosté par une femme (Olga D'Org) qui fait tomber ses cigarettes, et quand l'aimable citadin les ramasse, il se prend un coup sur la tête, qui le laisse raide mort pendant que la femme disparaît. La police n'ayant que peu d'envie de le croire, le jeune détective va se lancer aux trousses d'une tueuse qui est d'autant plus redoutable qu'elle est particulièrement avenante, et pas insensible à son charme elle non plus...

Les deux acteurs ne sont pas des inconnus pour qui fréquente le cinéma de Sandberg: Olga d'Org interprétait Estella, dans la splendide adaptation par le réalisateur des Grandes espérances de Dickens, le film étant sorti en 1922... Et sinon, Gorm Schmidt, qui jouait souvent les jeunes premiers dans les longs métrages de Lau Lauritzen avec Doublepatte et Patachon, a souvent joué des rôles importants chez Sandberg, ne serait-ce que celui de David Copperfield en 1922... Il était rompu au ton du mélodrame comme à celui de la comédie. ...Et il le prouve ici.

Impossible de toute façon de prendre vraiment au sérieux ce film qui lance un détective compétent mais très très fatigué, dans des aventures où le cocasse le dispute à l'absurde. Sandberg s'est clairement énormément amusé, en variant les décors avec un goût certain, une pointe d'extravagance dans le farfelu (on pense parfois au ton particulier du Brasier Ardent, la flamboyance en moins), et bien sûr ne rate aucune occasion de relancer le mystère en prenant systématiquement le point de vue du héros, c'est à dire celui de l'homme qui n'a en réalité rien compris du tout! 

Sandberg se paie même le luxe de se placer dans son film, et de chasser sur les terres de Lauritzen dans une jolie séquence à la mer avec ses baigneuses en maillot. Il se dégage de ce film pour le plaisir un parfum enivrant de parfaite carte postale du muet, sans un gramme de drame, ce qui est quand même frappant pour une production Danoise! Bref, ce film oublié du réalisateur de Klovnen est plus que recommandable, il est donc hautement recommandé.

https://www.stumfilm.dk/en/stumfilm/streaming/film/nedbrudte-nerver

 

 

 

 

 

 

 

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Published by François Massarelli - dans Muet 1923 Comédie A.W. Sandberg DFI *
28 mars 2026 6 28 /03 /mars /2026 17:21

En supplément de son magnifique film Etreintes brisées, Almodovar a tourné La conseillère anthropophage, numéro d'actrice, tiré du film Filles et valises, film "inclus" dans Etreintes brisées. Libertin, limite cochon (Sans pour autant qu'il s'agisse d'autre chose qu'un monologue), c'est du Almodovar de défoulement, d'ailleurs signé Mateo Blanco, alors que le scénario en est bien sûr attribué à Harry Caine, le scénariste dans Etreintes brisées...

Ainsi ce dernier film est doté, même si c'est en supplément, de sa performance artistique saugrenue, comme tant d'autres films avant lui... et par la même occasion, la filiation du drame avec la comédie, de Etreintes brisées avec Femmes au bord de la crise de nerfs, est accomplie.

...avec du gaspacho, et un lit fumant.

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Published by François Massarelli - dans Pedro Almodovar Comédie