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  • : Allen John's attic
  • : Quelques articles et réflexions sur le cinéma, et sur d'autres choses lorsque le temps et l'envie le permettront...
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24 janvier 2021 7 24 /01 /janvier /2021 09:07

Lors des premiers temps de la solution finale, un officier S.S. (Ulrich Tukur) est amené à participer malgré lui en fournissant des ingrédients de préparation du gaz Zyklon B, qu'il croit destiné à une politique d'assainissement et d'hygiène des eaux en Pologne. Dans un camp, il est invité à voir par lui-même les conséquences de son action. Profondément choqué, il décide de mener une action pour enrayer la machinerie qu'il a contribué à mettre en route... il va trouver peu d'aide, mais Riccardo Fontana, un prêtre jésuite (Matthieu Kassovitz) d'une famille Italienne proche du pape Pie XII va l'assister dans sa tâche...

L'un est historique, le lieutenant Kurt Gerstein qui avait rejoint la S.S. par idéalisme (il croyait dur comme fer à la fois aux théories raciales de Hitler, et que le but des nazis était d'écarter les juifs de la société, pas de les éliminer froidement) qui va effectivement batailler contre la solution finale, et laisser un témoignage crucial au début de la période de "dénazification"; l'autre, le père Riccardo Fontana, est fictif, ajouté à la première version de cette histoire, The Deputy (Le vicaire), une pièce Anglophone de Rolf Hochuth. Le jeune prêtre apporte un élément important, en soulignant la complexité de la situation pour les églises chrétiennes durant la seconde guerre mondiale dans les cercles qui gravitaient autour du fascisme et du nazisme... Au départ, ce sont les protestants Allemands qui vont s'émouvoir du sort réservé aux handicapés mentaux dans le Reich, et justement Gerstein a perdu sa nièce dans des circonstances tragiques: amenée à un institut et euthanasiée avec une centaine d'autres... Ce qui n'était évidemment pas la version officielle. Mais devant l'acharnement de Gerstein pour enrayer la solution finale, les églises vont hésiter: un pasteur lui fait comprendre que les handicapés pour lesquels il s'était mobilisé, au moins n'étaient pas juifs...

Avec la Vatican, ce sera plus compliqué, le Sains siège étant tiraillé entre un soupçon de compassion bien chrétienne, et beaucoup de politique; on rappelle souvent le manque coupable de réactivité d'Eugenio Maria Giuseppe Pacelli dit Pie XII pour intervenir auprès des autorités et empêcher le massacre, mais il semble que les atermoiements de la hiérarchie aient été motivés par une volonté de ne pas déprimer les catholiques qui se prenaient déjà des bombes sur la tête en Allemagne et en Autriche! Tout le film, ainsi, montre des gens de tous bords se couvrant les fesses, se lavant les mains, y compris des officiers Allemands zélés qui diront à qui veut les entendre que Hitler est fou, qu'il va trop loin, mais que voulez-vous un ordre est un ordre.

Costa-Gavras qui a si souvent confronté dans ses films les comportements humains individuels face aux tyrannies, a choisi de commencer son film par une séquence située en 1936: un orateur juif à la société des nations est venu pour alerter l'opinion internationale face aux persécutions subies par les juifs en Allemagne, et se tire une balle dans la tête: cette idée du sacrifice ultime est en réalité un thème majeur du film, renvoyant à l'imagerie chrétienne, et qui nécessitait une représentation directe à travers un personnage. Au sacrifice représenté par Gerstein qui du début à la fin se met en danger ainsi que sa famille, pour tenter d'enrayer l'horreur, et face au refus de la hiérarchie Vaticane de s'engager formellement, le jeune jésuite va lui aussi ajouter un sacrifice, qui sera spectaculaire. A la fin, le metteur en scène qui a adopté le ton de la chronique, nous montre un monde qui se libèrera, oui, mais dans le chaos, et dans lequel le retour à la normale sera difficile, comme peut en témoigner le nombre de fois où l'on voit Gerstein empêcher son fils de 6 ou sept ans de faire le salut hitlérien! Egalement, la fin est sans appel: il sera facile pour les criminels d'hier de devenir les acteurs de demain. Ce qui nous permet de mieux apprécier, justement, le sacrifice d'un Gerstein ou d'un Fontana.

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Published by François Massarelli - dans Costa-Gavras
7 juillet 2017 5 07 /07 /juillet /2017 16:13

Lorsque le générique se termine, pas de temps à perdre: nous suivons Catherine Allégret qui entre dans un wagon, où elle rencontre un jeune homme (Jacques Perrin) au comportement gauche. Puis elle se rend dans son compartiment où sont déjà installées quatre personnes. Nous allons en revoir certaines très vite, notamment une actrice qui se la raconte (Simone Signoret) ou encore l'étrange type à l'allure d'obsédé sexuel (Michel Piccoli) qui d'ailleurs se fait sérieusement rabrouer par une jeune femme (Pascale Roberts)... C'est ce dernier personnage, Georgette Thomas, qui va mourir... Du moins la première parce que les passagers de ce compartiment auront une fâcheuse tendance à disparaître dans des circonstances tragiques à partir de là.

On est dans l'univers de Sébastien Japrisot, un monde dans lequel les choses ne sont jamais ce qu'on croit voir, et pour cause: on change de point de vue comme de chemise. Ici, les policiers sont les seuls à pouvoir faire le plein d'informations devant le trop plein de versions, mais qu'importe: comme toujours avec ce genre de films, si l'intérêt se limitait à une énigme, autant jeter les bobines après usage... Non, tout, bien sûr, est dans la mise en scène, et Costa-Gavras, dont c'est quand même le premier long métrage, s'y entend déjà fort bien! Il se joue de tout, et livre un découpage absolument étanche, dans lequel chaque plan compte et maintient l'intérêt, et dans lequel il s'amuse à suivre les associations d'idées et les associations de points de vue qui sont conditionnées par l'intrigue. C'est renversant d'efficacité...

...Et tout ça débouche sur une galerie de portraits fantastique, et évidemment trompeuse: car selon la loi du genre, l'un de ces portraits est celui du tueur. Mais en attendant, on a une sorte de galerie des monstres assaisonnée de quelques affreux, comme dans les meilleurs Clouzot: l'actrice vieillie qui s'accroche à sa jeunesse en se laissant aller à une histoire d'amour avec un jeunot; le quadragénaire complexé qui vire au louche, portant en plus un ignoble imper transparent, et qui transpire à chaque fois qu'il croise une femme; l'amant de la disparue, un gauchiste invétéré qui passe son chagrin dans la diatribe anti-flic (Charles Denner); le commissaire qui a tout vu tout compris et qui passe son temps à se planter; et enfin le flic Marseillais qui patine, parce que décidément entre son supérieur et ses subalternes, il n'est pas aidé... C'est Yves Montand, qui a pris un malin plaisir à laisser courir son accent. Le tout est saupoudré de dialogues fabuleux...

Alors on passera sur une poursuite en voiture un peu convenue, et des notations franchement à la limite de l'homophobie (autre temps, autre moeurs, et on est confronté au même type de situation que dans Rope, de Hitchcock...) même si elles sont bien cachées. Cette accumulation de scènes impeccables débouche sur un film noir modèle, un policier sans faille ou presque, bref, du plaisir.

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Published by François Massarelli - dans Noir Costa-Gavras