Griffith adapte Dickens! Ce n'est pas une surprise, l'écrivain Anglais a toujours été une source d'inspiration autant que de fascination, et le metteur en scène partageait sa vue sociale rigoriste et manichéenne, et matinée d'une forte dose de protestantisme un rien aveugle... Et s'il faut chercher la raison d'être de la façon dont Griffith a toujours fédéré le public derrière le suspense lié aux coups de théâtre du destin, c'est bien chez l'écrivain Anglais!
Cette nouvelle, adaptée par Griffith en un court métrage très ramassé, raconte l'amour contrarié d'un couple séparé par le destin: l'homme est parti en mer, et pendant son périple, la famille de la fiancée la promet à un vieil homme... En revenant, le héros va, sous un déguisement, mener son enquête: sa fiancée est-elle vraiment amoureuse d'un autre, ou pourra-t-il empêcher le mariage à temps?
C'est tellement concentré, et dénué d'intertitres, qu'on s'interroge souvent: qu'est-ce qui motive le déguisement? Pourquoi se cacher, par exemple, de la famille de sa propre soeur qui l'aide dans son entreprise? Mais on se laisse aller, car on est devant une narration classique. Mais que de péripéties en 15 minutes!
Dans une pension de famille Italienne, un couple se forme, et ils ont se marier... Mais ce n'est pas du goût de tous, notamment d'un Sicilien qui est amoureux de la jeune femme. Il décide de se venger de son amour déçu, et imagine une machine infernale qui pourra tuer le mari, dissimulée sous l'autel...
Le fait de situer l'intrigue dans le milieu d'une pension de famille Italienne, permet d'excuser par avance, d'une part, l'exotisme de l'intrigue. Car après tout, il est certain que le public visé a priori par Griffith était constitué de gens comme lui, donc des W.A.S.P. avec un fort accent sur le P (comme Protestant). Donc ces Catholiques qu'on imagine un peu bruyants étaient idéaux pour un dépaysement total... et des moeurs fort différentes!
Ca permet aussi d'installer sans trop d'objection un personnage de sicilien qui a des méthodes expéditives d'expression de sa colère. On sait qu'en 1909, on a commencé à regarder de travers les étrangers qui viennent aux Etats-Unis, et que les Méditerranéens (les Italiens en particulier) vont souffrir d'une triple malédiction: pauvres, de religion différente, et illettrés, ils vont souvent tomber dans la caricature, et ça ira jusqu'à Sacco et Vanzetti! Donc cet homme qui est prompt à dégainer une étrange machine pour tuer son copain, c'est plus qu'un signe subliminal.
Cela étant, le film est intéressant ne serait-ce que parce qu'il repose entièrement sur un suspense fort: le spectateur sait ce qui va se passer et aucun autre personnage, jusqu'à un certain point, ne partage cette connaissance; et le metteur en scène se plait à saupoudrer le film d comédie pour ajouter à l'attente et insister sur l'innocence des futures victimes potentielles...
Au XVIe siècle... C'est l'hiver, et une petite fille mendie... Un homme qui passe par là lui glisse un louis d'or dans son sabot, mais elle ne le voit pas. Un joueur qui se rend au casino aperçoit la pièce et décide de l'emprunter, quitte à la rembourser plus tard. Il va jouer, et gagner très gros...
C'est encore une fois l'inspiration dickensienne de Griffith qui s'exprime ici, avec un soupçon d'influence de la Petite Marchande d'Allumettes, donc... à vos mouchoirs! L'inspiration "sociale" de Griffith est souvent d'une clarté absolue, c'est le cas dans ce film révolté, et il faut bien le dire assez cruel... La petite est Adele de Garde, une jeune actrice qui a souvent interprété les petites filles fragiles chez Griffith à l'époque.
Voici un exemple de la façon dont David Wark Griffith, très tôt dans sa carrière, pouvait traiter d'un sujet en saupoudrant des touches évidentes de l'influence de Charles Dickens sur lui! Ici, il confronte sa vision traditionnelle de la famille à la force spirituelle de la nuit de Noël...
Un homme qui n'a plus de travail sombre dans l'alcoolisme, et par peur de les mettre en danger, quitte son épouse et ses enfants. Ceux-ci sont pris en charge par la famille, et obtiennent un logement décent. Le soir de Noël, le mari désespéré a choisi une maison au hasard à cambrioler, je vous laisse deviner laquelle...
On aura donc un happy-end, dans un film dont on se dit, à la lecture du scénario, que ça ne peut marcher tellement c'est gros, mais il suffit sans doute de le voir à hauteur d'enfant...
Dans les montagne (du Kentucky, sans doute?), deux hommes vivent, dans des cabanes de fortune. Ils se rencontrent, et partagent la même condition: ils deviennent amis. Mais l'un d'entre eux va rencontrer l'épouse de l'autre...
C'est un mélodrame assez classique, ni pire ni meilleur que les films habituels du genre, si ce n'est pour un détail: pas l'intrigue, très classique, ni le déroulement, qi se clôt en tragédie. Ce que ce film a de meilleur, et qui est difficile à évaluer, c'est sa photogénie. Griffith tirait souvent le meilleur partie des scènes de montagne et il savait très bien composer des plans en montrant à l'arrière-plan des rivières en contrebas d'un promontoire, et avec son fidèle chef-opérateur Bitzer à ses côtés, ces deux-là avaient tout compris... Hélas, la copie visionnée est tirée d'un 16mm fatigué, et ça pique les yeux.
La fin est surprenante aussi, par la façon dont Griffith traite le suspense: un homme vient de se tuer et il repose, la tête sur la table; la femme qui rentre le voit et contrairement à nous ne comprend pas qu'il est mort... Nous sommes donc à attendre sa réaction: sadique!!!
Griffith, dès 1909, avait compris qu'il serait attendu de sa production qu'occasionnellement il tourne un film adapté de la plus noble des littératures: ce sujet Russe est donc adapté de Léon Tolstoï. Comme souvent quand il tente de faire s'élever son art au-dessus de la mêlée, il se plante et produit donc un film plutôt ennuyeux...
Un prince Russe séduit une jeune paysanne, mais il est marié, et on va donc la retrouver dans une taverne, devenue alcoolique et prostituée. Elle est arrêtée. Un jour, des représentants de l'état-major viennent visiter la prison, et le prince, présent, la reconnaît...
A la fois centrée sur la rédemption du salopard et sur le rachat de l'âme de la femme déchue, le film accumule les poncifs mélodramatique... Notons toutefois que la copie visionnée est un cauchemar permanent (voir l'illustration, elle se passe de commentaires), et qu'en prime elle serait incomplète, le film n'ayant pas été conservé intégralement a priori...
Parmi les quelques films foncièrement anti-alcooliques du Griffith des origines, celui-ci est annonciateur d'une certaine tendance de son oeuvre, qui consiste certes à asséner des leçons de morale bien senties, mais en ne fermant pas la porte à une certaine échappatoire sous forme d'un happy-end!
Un homme rendu brutal par son alcoolisme terrorise sa femme et sa fille, mai il emmène celle-ci à une représentation d'une adaptation de L'assommoir de Zola. Il est bouleversé et décide d'arrêter la boisson...
Si l'épouse est posée comme une victime impuissante, c'est la présence de la petite fille qui fournit une catharsis au personnage; déjà, la femme-enfant est un personnage crucial des films de David Wark Griffith... Celui-ci reviendra sur ce thème avec Brutality en 1912, un film qui développe la même intrigue, mais sur deux bobines... La deuxième hélas est perdue.
Dès le début de sa carrière, on notera la présence dans l'oeuvre de David W. Griffith de films antialcooliques, une constante de ces premières années, qui disparaitra avant de revenir à la fin de sa carrière (The struggle, 1931): on ne reviendra pas sur l’ironie de la situation, on sait que Griffith est mort alcoolique, par désoeuvrement principalement.
What drink didet le film de la même annéeThe drunkard’s reformationsont un peu les deux faces d’une même médaille: dans le premier, Un homme alcoolique entraine involontairement la mort de sa fille. Bien que convenu et académique, on ressent l’effort effectué sur la reconstitution d’intérieurs en studios. C’est donc le versant noir de l’anti-alcoolisme, qui passe par une leçon de morale administrée par le réformateur indécrottable qu'était le très rigoriste artiste... Et comme il a parfois une certaine cohérence, il nous montre la menace pesée par le démon de l'alcool sur la famille.
L'héroïne de ce film des premiers temps de l'oeuvre de Griffith est une jeune femme Juive dont la mère décède au début. Elle travaille désormais avec son père dans la boutique familiale. Le père souhaite organiser un mariage traditionnel, mais la jeune femme tombe amoureuse d'un homme qui n'est pas juif, et se marie avec lui. Le père refuse de les fréquenter, et la petite famille vit heureuse, et prospère dans leur librairie jusqu'au jour ou le jeune homme meurt; contrainte de vendre sa librairie, la jeune femme tombe malade, et sa fille va trouver son grand père dans le but de réconcilier père et fille avant la mort de cette dernière...
Romance of a Jewess étonne pour trois raisons: d'une part, bien que Griffith sort peu du studio, et utilise encore des décors approximatifs et des toiles peintes, ce mélodrame situé dans deux lieux principalement (boutique et librairie) a en fait été tourné exactement sur le même décor en studio, mais agencé différemment, sous un autre angle de prise de vue: voilà comment on économisait intelligemment, sans que ça se voie trop.
Le deuxième point remarquable tient dans les ruptures de ton; un intermède très sennettien (Sennett est d'ailleurs l'un des acteurs qui y participent, et était à l'époque le conseiller ès-comédie de Griffith) occupe le deuxième plan, qui finit quand même avec souplesse dans le mélodrame. Voilà clairement un rappel du coté touche-à-tout de ces films Biograph, tournés par une équipe versatile et rompue pour l'instant à tous les styles de films. Griffith mettra cependant vite un frein à ce mélange, en prenant les drames et les histoires plus subtiles en charge, laissant la comédie à Mack Sennett.
Enfin, dans ce film plutôt délicat dans son traitement "ethnique", le titre ne trouvant aucun écho dans le déroulement de l'action, on notera une série de plans assez naturalistes qui non seulement tranchent sur le coté factice des décors cités plus haut, mais constituent aussi un avant-goût de plans similaires des rues populeuses de New York dans The musketeers of Pig Alley en 1912. Ces plans pourtant tournés en studio sont remarquables par le naturel qui se dégage de l'amoncellement de figurants.. Donc si le cinéma de Griffith balbutie encore en 1908, la construction d'une oeuvre solide et fascinante a vraiment déjà commencé.
The song of the shirt a été tourné la même année que The Adventures of Dollie: Griffith vient darriver à la tête des productions de la Biograph, lui qui avait fourni des scénarios pour le vétéran Wallace McCutcheon...
C'est donc un mélo ultra-classique dans lequel une jeune femme s'efforce de travailler plus afin de sauver sa soeur mourante...
Des plans de joyeuses fêtes organisées par la bourgeoisie, utilisés afin de contraster avec la pauvreté Dickensienne du drame principal, constituent malgré tout un avant-goût de A corner in wheat, réalisé l'année suivante, qui montrera en parallèle les deux classes antagonistes du drame. Si la façon est encore gauche, on est déjà dans les thèmes Griffithiens...