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23 février 2019 6 23 /02 /février /2019 10:51

Le vrai titre de ce film, tel qu'il a été distribué en tout cas à partir du 8 février 1909, est Edgar Allen Poe, la copie la plus souvent montrée aujourd'hui commençant par établir que la coquille était attribuable à la volonté de la Biograph de sortir le film à temps pour l'anniversaire du poète...

Pour fêter le centenaire d'un auteur maudit que Griffith a toujours, de son propre aveu, admiré, il le représente donc en cinq plans: le poète (Herbert Yost) reste au chevet de son épouse malade (Linda Arvidson), et lors de la scène, est visité par l'inspiration, car un corbeau empaillé semble lui aussi veiller de façon lugubre la malade. Les deux plans suivants montrent Poe se rendre chez un éditeur, puis à la rédaction d'un journal, où on finit par accepter son poème. Le quatrième plan nous montre, en plan rapproché, la mort de Virginia dans une dernière convulsion. Le dernier plan enfin montre Poe retournant au chevet de son épouse.

Bien sûr, ce n'est pas dans ce court métrage commémoratif qu'il faut chercher le génie de Griffith, mais l composition soignée est un élément intéressant. Et le film, privé d'intertitres, se débrouille très bien tout seul pour véhiculer du sens. Griffith s'inspire de façon évidente de l'univers de l'écrivain dans The sealed room tourné la même année, et il retournera à Poe avec l'un de ses premiers longs métrages en 1914, The Avenging Conscience...

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 17:52

A l'origine, ce film contenait deux bobines, dont on imagine si on compare aux autres films Biograph de Griffith de la même période, qu'il était assez long, autour d'une demi-heure... Il n'en subsiste que la première bobine. 

Deux jeunes gens se rencontrent, elle est interprétée par Mae Marsh, et lui par Walter Miller. Ils s'aiment et se marient, mais au fur et à mesure de leur histoire, la jeune femme voit son mari devenir de plus en plus violent, au poing de se battre à la moindre occasion. Elle en fait elle-même les frais, et commence à le craindre. Au cours d'une représentation théâtrale, ils vont être confrontés à une version d'Oliver Twist dont une scène de violence conjugale va réveiller chez eux des souvenirs cuisants, pour l'une (qui a subi la violence) comme pour l'autre (qui va laisser enfin ses regrets s'exprimer)...

La fin de ce résumé est bien sûr tirée des nombreuses mentions du film dans l'histoire du cinéma, puisqu'on ne peut plus la voir. Mais il y a peu de doutes que c'est effectivement de cette façon que le film se termine, puisque il reprend une formule déjà exploitée à plusieurs reprises par Griffith, le plus souvent avec des films anti-alcooliques: What drink did ou The Dunkard's Reformation notamment. Le principal intérêt du film, au-delà de la mention pas si courante de la violence maritale, est bien sûr Mae Marsh: contrairement à sa co-star qui est lui absolument infect, la future enfant bondissante et irritante de Birth of a nation et Intolerance, est au contraire d'une grande dignité ici, profitant du temps imparti à l'intrigue pour ralentir sérieusement le tempo et laisser sa terreur monter et s'exprimer avec subtilité. 

On peut rapprocher l'utilisation dramatique de l'actrice de ce qu'il allait faire quelques mois plus tard avec une jolie jeune femme qu'il avait beaucoup négligée, à tort, et à laquelle il donnerait enfin, à contrecoeur sans doute, la vedette dans The mothering heart. Celui-ci est d'ailleurs un film autrement plus important que ce Brutality un peu sommaire.

Sinon, Griffith faisant appel à sa "troupe" pour tous ses films, ce qui nous gratifie ici d'une vision d'une figurante de grand luxe: Miriam Cooper... Voyez la photo ci-dessus.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
18 février 2018 7 18 /02 /février /2018 20:21

Ce film est généralement en dehors des radars, sans doute parce qu'il n'a pas été préservé dans une copie très décente (C'est en 16mm, comme tant des courts Biograph). C'est dommage, car c'est un film dans lequel Griffith cherchait à sortir du carcan de la bobine de 15 mn, en étoffant l'intrigue et en développant ses personnages; il est contemporain d'une série de films en deux bobines qui ont précédé le passage au long métrage avec Judith of Bethulia.

Maintenant, ce film qui fait un peu pour Mae Marsh (éternelle adolescente écervelée, en proie aux pires turpitudes du destin) ce que The mothering heart faisait pour Lillian Gish, est quand même un mélo assez conventionnel, dans lequel Griffith continue à explorer les mille et une façons de menacer la quiétude familiale: ayant grandi avec ses parents rigoristes, au milieu de nulle part, la jeune femme se laisse séduire par un inconnu (Henry B. Walthall), et tombe dans le piège: la ville, les établissements louches... Retrouvée par l'ami de toujours (Bobby Harron), elle s'en va retrouver son père. En effet, la mère n'a pas supporté la disgrâce et en est morte...

Griffith tourne son film dans une campagne qui ressemble furieusement à la nature sud-Californienne, et ses acteurs (On reconnait aussi Kate Bruce en éternelle maman) font tous leur travail avec talent...

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith
20 juin 2017 2 20 /06 /juin /2017 14:00

Encore un chaînon manquant! Mack Sennett, premier producteur-réalisateur vraiment spécialisé dans la comédie aux Etats-Unis, a toujours revendiqué un double héritage: celui du burlesque Français (En particulier les films Pathé des temps héroïques), et celui du maître David Wark Griffith, qui était à la Biograph son employeur principal. On voit ici la jonction des deux, dans l'un des premiers films non seulement interprétés, mais aussi écrits, par Sennett.

Il y interprète un personnage de dandy (Dont les historiens pensent qu'il serait un hommage appuyé à Max Linder, ce que le nom Français du personnage dans le script semble devoir confirmer) qui a cassé une tringle à rideau chez des amis et qui va se mettre en quatre pour la remplacer, déclenchant au passage le chaos dans les rues où il passe. Ce qui commence comme une comédie domestique se termine par une course poursuite délirante impliquant au moins une cinquantaine de passants...

Le film a été un gros succès, et est très réussi. Il porte en plus la marque des grands Biograph: une invention formelle qui se manifeste dans deux plans spécifiques; un gros plan appuyé sur un personnage à la fin, et surtout un plan dans lequel on suit de gauche à droite un personnage qui sort de chez lui, dans un mouvement de caméra dont Billy Bitzer était pourtant avare à cette époque. On comprend maintenant que Griffith, qui détestait la comédie et avait dû être affligé par le résultat de ce tournage aussi réussi soit-il, ait ensuite confié la direction des comédies à une autre: Frank Powell, puis Mack Sennett justement à partir de 1911. Et le monde du cinéma en a été durablement influencé...

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Published by François Massarelli - dans Muet Comédie David Wark Griffith
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:54

 

Griffith n’était pas ennemi de la contradiction, on le sait ; c’est donc par une tentative de pamphlet anti-alcoolique qu’il va terminer son illustre carrière, lui qui a plongé durant les années 20 dans un alcoolisme qui ne se démentira jamais jusqu’à sa mort en 1948. En pleine prohibition, décriée tant et si bien qu’elle sera terminée deux ans plus tard, le film commence par un de ces avertissements qui fleurissaient sur un grand nombre de films à l’époque : Scarface est par exemple présenté comme une dénonciation du crime, et The Struggle comme une réflexion sur la responsabilité de la prohibition dans l’alcoolisme. Pourtant cette piste est à peine présente dans le film, tout comme ni Scarface, ni Little Caesar, ni Public enemy n’étaient des charges contre le crime. Cet avertissement n’est somme toute qu’une précaution oratoire ; Griffith sentait-il le coté fumeux de son projet ?

Consciemment ou non, le film est ambitieux : une histoire naturaliste sur la déchéance d’un homme (Hal Skelly) marié et père d’une charmante jeune fille, et les conséquences désastreuses que son alcoolisme ont sur son mariage, mais aussi les répercussions sur la vie de sa jeune sœur qui manque son mariage à cause de la honte. L’histoire est créditée à Anita Loos et John Emerson. Ces deux anciens collaborateurs de Griffith ne sont évidemment pas n’importe qui, et Loos en particulier fait beaucoup plus partie du gratin Hollywoodien en cette année 1931. Mais le coté surranné et (vaguement) moralisateur de ce film se situe aux antipodes du ton que possédaient les autres œuvres de la dame en cette période : il y a un monde entre The struggle et Red-headed woman ! La photographie de ce film n’est plus créditée à Struss, mais à Joseph Ruttenberg, futur employé compétent de la MGM (Three comrades, The shopworn angel), qui s’acquitte ici sans trop de génie d’un travail honnête, en photographiant de façon assez plate des intérieurs sans réelle distinction , en cascade. Griffith situe son film dans des salons, des bars, des speakeasies et une usine. Très peu d’extérieurs volés à new York, ce qui aurait insufflé à cette histoire voulue comme naturaliste un souffle dont elle a cruellement besoin : même un film au pedigree aussi incertain que Walking down Broadway respire beaucoup plus que celui-ci : The struggle sent la naphtaline. 

Un prologue très typique du metteur en scène nous montre le bonheur des années 10, durant lesquelles les gans pouvaient sortir en famille, boire gentiment de la bière, discuter (des films Biograph…) et se sentir choqués lorsque une personne affichait en public une ivrognerie évidente. A en croire le film, la prohibition n’avait donc rien à sanctionner, ce qui est un peu court, et complètement idiot : aussi stupide soit-elle, la prohibition répondait quand même à un besoin de faire quelque chose contre l’alcoolisme ; Griffith lui-même a réalisé en cette lointaine époque ses propres films moralisateurs contre les abus de l’alcool : What drink did, The drunkard's reformation… Néanmoins, le film poursuit son prologue et nous présente les deux personnages principaux : Zita Johann (The mummy, Tiger shark) est amoureuse de «Red» (Hal skelly), un homme qui s’est mis à boire « Quand la prohibition est arrivée ». Voila le seul alibi de l’avertissement donné au début du film, et on n’ira pas plus loin sur cette piste. Ayant promis à sa fiancée de ne plus boire, Red va tenir sa promesse une dizaine d’années, jusqu’à jour ou il tente de consoler un ami qui a perdu son emploi, et inexplicablement replonge. Son épouse lui en veut, et il s’enfonce plus avant dans sa faute jusqu’à la déchéance… Jusqu’à mettre en danger la vie de sa fille dans une scène hautement ridicule et visiblement plaquée sur le scénario sans effort particulier, permettant à Zita Johann, qui est plutôt passive dans le film, d’assumer le rôle de celle qui arrive à la rescousse dans un film de Griffith pour sauver la vie d’un innocent. 

Avec tous ses défauts, le film n’est même pas antipathique , grâce à des personnages peu intelligents mais qu’on aime bien. De plus, ici, pas de méchant, juste des circonstances. Le jeu des acteurs est plus naturel que naturaliste, et on préfère ces répliques improvisées aux dialogues ridicules et ampoulés de Abraham Lincoln. Mais on est loin, très loin de The Crowd, un modèle sans doute pour Griffith, mais que le metteur en scène de Broken blossoms ait besoin d’aller chercher des modèles, c’est un signe des temps. Peut-être Griffith croyait-il plaire, en s’intéressant à la peinture quotidienne d’une réalité sordide; peut-être s’attendait-il à repartir dans une nouvelle direction, et faire son trou en tournant des chroniques de ce genre pour pas cher, mais ce film fade, sans vedettes, sans attrait et disons le sans âme, a été un échec. Griffith n’a plus jamais tourné.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:47

La réputation de ce premier film parlant de Griffith est fluctuante, loué (Raisonnablement) par les uns pour l’utilisation du son, un élément dont on n’attend certes pas qu’un Griffith sache se servir, considéré par d’autres comme l’un de ces films parlants catastrophiques des débuts (Rythme lent, diction ridicule, gaucherie des mouvements de caméra), et enfin ignoré par la plupart des tenants d’un Griffith ancré à tout jamais dans le muet et qui aurait perdu son génie après 1921. De plus, une partie de la bande-son a disparu, dès les premières minutes ainsi que lors d’une des nombreuses scènes d’exposé des clichés Lincolniens : trois sortes de copies circulent : la version intégrale, ou du moins reconstituée par le MOMA, avec les plans silencieux : cette version est disponible en DVD chez Kino, avec une option de sous-titres pour compléter les dialogues et le son manquants ; Ensuite, une version complète dont les plans muets ont été simplement agrémentés de musique (Ce qui m’a longtemps fait penser que le film possédait, un peu à l’instar d’un Vampyr ou de Sous les toits de Paris, des scènes simplement volontairement muettes, ce qui n’est en rien typique d’un film Américain de l’époque. Cette version du film est disponible chez Eureka, dans une édition à la compression hasardeuse, inexplicablement teintée. Enfin, d’autres versions amputées des passages muets circulent.

Avec ce Lincoln, Griffith a en fait trois intentions : faire son passage au parlant, d’abord, comme la plupart de ses confrères. On sait que l’enjeu pour les jeunes metteurs en scène était de taille (Comme le dit Ford : « on a tous été virés »), alors pour un vétéran comme Griffith, on comprendra qu’il y avait fort à faire. Ensuite, il lui faut encore et toujours se remettre en selle, comme durant toute la décennie qui précède. Désormais alcoolique, oublié du public, et sous la tutelle de Joe Schenck, Griffith marche sur des œufs. Pour finir, Griffith a le souci de renouer avec l’histoire, son grand domaine de prédilection, laissé en plan depuis le désastre héroÏque de America ; Avec Lincoln, Griffith pense jouer à la fois sur l’amour du public pour un héros indiscutable et ses propres obsessions historiques, déjà évoquées dans un film tristement célèbre dont l’ombre plane à plus d’une reprise sur ce nouvel opus, et de façon systématiquement consciente : ce n’est pas un hasard si Griffith choisira Walter Huston, ici interprète du président, pour tourner avec lui un prologue à une ressortie de Birth of a nation, sous la forme d’une conversation entre les deux hommes. Dans l’esprit de Griffith, son Lincoln était donc un film important, ce que n’étaient ni Battle of the sexes, ni Drums of love, ni Lady of the pavements, autant de besognes qu’il était contraint d’accepter avant de réintégrer sa place…

Le résultat, pourtant est sans appel: Griffith a fait avec ce Lincoln un film sympathique mais d’une grande platitude... d’abord, les faits sont dans les livres d’histoire, et la romance dans les esprits Américains de l’époque : tous les clichés possibles sont ici présents, et la volonté de Griffith de donner une figure christique à son président est contrebalancée par la gaucherie de l’ensemble : comme un grand nombre de films parlants des débuts, celui-ci souffre d’un cruel manque de rythme, d’un jeu faux et lent, théâtral dans les pires moments, et d’une construction sous forme d’une compilation de moments, sans réel mouvement global, sans enjeu : Lincoln va mourir. Griffith nous montre que c’est son destin, ainsi que celui de l’Amérique. A trop vouloir montrer que Lincoln est un être exceptionnel parce qu’il était simple et humain, il en fait une coquille vide, et un être exceptionnellement simplet… Huston sera meilleur en président dans Gabriel over the White House, et on passe à coté d’un portrait humain, que Ford réussira à brosser quelques années plus tard, avec un Henry Fonda visité par la grâce.

La vision de l’histoire du metteur en scène, nous l’avons vu plus d’une fois dans ce forum, est une vision ô combien personnelle, et ce jusque dans les pires excès. Des réminiscences du racisme Griffithien se sont glissées dans ce film, qui vont au-delà des limites généralement constatées dans les films Américains de cette époque : un acteur en « black face » se plaint qu’on lui ait donné une arme et donne raison à des sudistes qui s’inquiètent du fait d’armer les esclaves. La scène sera l’occasion pour Griffith de mettre en scène l’arrivée de John Wilkes Booth, futur assassin du président, dans un souci ridicule de faire allusion à une sorte de déterminisme historique. Mais ce qu’on retient de la scène, ce n’est pas le jeu ampoulé et théâtral de Ian Keith en Booth, mais bien le pauvre noir totalement crétin qui va se plaindre à ses maîtres qu’on a osé lui proposer un bout de liberté. De même, lors du départ des troupes sudistes la fleur au fusil, Griffith n’hésite pas à montrer des femmes noires qui dansent de façon ridicule au son de Dixie, et même si la caméra reste à distance, le plan est lourd de ces tendances et croyances instinctives chez Griffith : ces gens-là, finalement, ce sont des animaux et des grand enfants, qui ne comprennent rien à ce qui se passe autour d’eux : Griffith n’a pas besoin d’aller jusqu’à Dakar pour insulter les noirs, et il ne peut pas s’en empêcher. 

Le titre Français, La révolte des esclaves, parait inapproprié vu de loin, mais ne l’est pas à la vision du film. Se rappelant du prologue de sa plus célèbre épopée, le réalisateur nous montre ici une scène laissée muette par le poids des ans, mais dont les images possèdent une force incroyable : sur un bateau négrier en pleine tempête, les marchands se débarrassent du corps d’un homme malade. Contrairement aux plans racistes évoqués plus haut, ces scènes ont été tournées avec des Afro-Américains, de surcroît nus, et possèdent une beauté effrayante, grâce à la photographie clair-obcur de Karl Struss, et le vieux truc Griffithien de filmer une scène à travers les éléments du décors, qui cachent partiellement l’action, comme avec des images volées. Lascène est suivie d’une séquence au cours de laquelle deux rassemblements privés (dans deux maisons) de citoyens nous montrent la rancœur du Sud pour le Nord et celle du Nord pour le Sud : dans les deux maisons, un portrait de Washington sert de caution et les participants lui rendent tous un hommage vibrant : il fallait un homme, un seul pour faire l’unité du pays. Et ces plans bien sur sont suivis de l’épisode consacré à la naissance de Lincoln. L’obsession d’unification présentée comme étant celle de Lincoln (C’est d’ailleurs son unique credo politique si on en croit le film, alors que Lincoln était bien plus complexe et fascinant que cela, bien sur) trouve dans dans la structure même une raison d’être, qui justifie du même coup a posteriori la propre idéologie de Griffith, déjà énoncée pour Birth of a nation. Et justement, ce film est hanté par le classique muet, comme je l’ai dit, d’abord par ses vieux démons, ensuite par le recours à des scènes de guerre (Certaines d’ailleurs fort réussies, mais toutes regroupées, elles perdent en force) et à des motifs qui renvoient au film antérieur ; la présence de Henry B. Walthall, le « petit » colonel (Il fait 1m60, donc il est petit, et il est un colonel… ) nous renvoie bien sur au colonel Cameron, et la scène peut-être la plus belle de Birth of a nation (Le meurtre de Lincoln par John Wilkes Booth, lors de la représentation dune comédie) trouve ici un écho impressionnant, qui présente trois différences notables toutefois : la présence de Elsie Stoneman et de son frère, dans la scène du meurtre de Birth of a nation, ancre la mort du président dans le domaine de l’affectif, et devient la mort du père, une tragédie personnelle donc. Ici, c’est l’histoire qui est en marche, et la caméra adopte donc le point de vue d’un narrateur potentiel. Sinon, le recours au son a deux effets : d’une part, Griffith fait faire un discours à Lincoln, qui sonne faux et ridicule dans le contexte (on a repris un discours effectué dans un autre contexte, et Huston se contente de commencer son discours par un « Comme je l’ai déjà dit… », ce qui a pour effet d’être particulièrement comique. D’autre part, la pièce est reconstituée dans ses détails, et donne du caractère à la scène ; les acteurs, sur scène, sont crédibles, et la réaction du public, son abandon à un rire salvateur, donne plus de force encore au meurtre. Mais le « Sic Semper tyrannis », asséné lentement et emphatiquement par l'acteur après son geste, casse l’effet. Cela reste, malgré tout, une belle scène, qui montre à quel point Griffith croyait en ce film. 

Voilà, pour conclure je ne serai pas aussi expéditif que mon confrère, mais il faut dire que j’ai eu la chance de voir une copie plus belle, restaurée et sans doute complète. Ce film est, pour le meilleur et pour le pire, un film totalement Griffithien. Il est parlant, c’est son défaut, et nombreux sont les films réalisés en cette année 1930 qui sont hautement soporifiques : le problème est technique, et on est ici devant un cas intéressant : malgré ses défauts, ce film possède après tout une belle utilisation du son (Pas des dialogues, cruellement ratés) et avec Karl Struss désormais seul maître à bord, de belles images : quelques mouvements de caméra (Succincts mais logiques et motivés), une utilisation de la profondeur de champ, afin en particulier de sortir Lincoln du lot, et un beau plan de l’ombre du président qui annonce l’arrivée du grand homme, qui s’apprête à assumer son autorité à la surprise générale. A ce sujet, il s’agit d’ailleurs de l’unique allusion à un fait historique qu’on a tendance à oublier : Lincoln était le candidat Républicain en 1860, parce que les membres du parti croyaient vraiment pouvoir en faire ce qu’ils voulaient. Le président a habité bien vite la fonction, et est devenu naturellement, vraiment, un bon président. Il est dommage que ce président-là n’ait été que très partiellement évoqué par ce film. Il est plus présent dans les deux chefs d’œuvre de Capra (Smith, Deeds) que dans ce passable, mais attachant Abraham Lincoln, avant-dernier film de David Wark Griffith.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:43

Avant de partir pour la floride tourner deux drames le cinéaste tentera d’opérer une synthèse de ses films avec The greatest question. Ce titre est éclairé par l’introduction verbeuse dans laquelle Griffith pose le problème de la vie éternelle, présentée comme la principale question de l’humanité. Cette thématique prétentieuse parcourt le film par le biais d’un personnage, celui d’une mère visitée par son fils décédé. Dernier des films de Griffith produits et sortis en 1919, The greatest question appartient pourtant sans aucune ambiguïté au canon mélodramatique, mais louche aussi du coté des chroniques campagnardes du metteur en scène; du reste, Lillian Gish et Bobby Harron en sont une fois de plus les protagonistes, après A romance of happy valley et le splendide True heart Susie. Comme dans ces deux films l'enjeu est pour Lillian Gish et Bobby Harron de sortir de l'enfance en préservant au maximum leur cocon, mais en cette fin 1919, le spectre de la guerre d'une part, les réminiscences de Broken blossoms et de sa brutale noirceur font que la sauce est relevée d'une pointe de sadisme, et comme dans les meilleurs Griffith, Lillian Gish est, une fois de plus, menacée d'un traitement "pire que la mort"... La noirceur du film provient de l'une des scènes d'exposition, lorsque la petite Nellie assiste à un meurtre crapuleux... la campagne Américaine chère à Griffith ne sera plus la même...

Une jeune fille, traumatisée donc par meurtre, trouve refuge suite au décès de ses parents chez des braves agriculteurs pauvres mais bons. Leur fils cadet devient vite le compagnon de jeux, et plus encore; mais lorsque le fils ainé part pour le front Européen, la nécessité économique pousse Nellie à parti s’installer chez les méchants voisins, dont elle devient la bonne à tout faire, le souffre-douleur et l’objet des douteux désirs du chef de famille. Comme en plus le couple de quasi-Thénardiers est coupable du crime dont Nellie a été le témoin, on se doute qu’une fois de plus Griffith fait peser une menace importante sur ce monde rural qu’il aime tant peindre…

Bien que sérieusement mis en danger de sombrer dans le ridicule à cause de son thème philosophico-Chrétien, et en dépit des sales manies de Griffith qui confie à Tom Wilson le soin d’interpréter Zeke, le bon vieux noir superstitieux, c’est un film qui passe tout seul, grâce à sa construction sans temps mort, à la photo de Bitzer, et à sa troupe d’acteurs. A 80 minutes, le film est un spectacle complet, dans lequel Griffith se fait plaisir. Ce qui va le pousser à expérimenter plus avant dans le mélo avec ses films suivants…

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1919 Lillian Gish *
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:38

L’une des meilleures indications de ce qu’il faut penser de ce petit film curieux, c’est sans doute qu’alors que des livres entiers sont publiés sur les « grandes oeuvres » de Griffith, les seules rares mentions de ce film sont pour signaler qu’il a été exploité avec une tentative de sonorisation rudimentaire et parait-il (la copie examinée en étant dénuée) assez peu glorieuse. On en parle parfois aussi pour faire des comparaisons peu flatteuses avec l’autre, plus prestigieuse adaptation des romans de Thomas Burke, Broken blossoms.

De fait, la comparaison tourne fatalement à l’avantage de ce dernier film, qui a beau tenter de forcer occasionnellement la main du spectateur (Construction linéaire, actrice trop vieille pour le rôle, maquillage incertain) mais ne parvient absolument pas à détourner son attention de l’intensité du drame. Or, ici, c’est le contraire: la richesse, la complication de l’intrigue, la multiplication des personnages, le ton parfois léger, tout mène malgré tout à l’ennui devant un film raté, vite fait mal fait, malgré des images parfois superbes. Les acteurs n’y croient que peu, et on devine que comme d’habitude, le metteur en scène a tellement improvisé que le plupart des acteurs ne savaient pas exactement ou ils allaient…

L’histoire est une vague intrigue romantique sur fond de pauvreté, parfois Dickensienne (l’histoire originale est située à Londres, et de nombreux éléments nous le confirment, mais l’héroïne, jouée par Carol Dempster est originaire du Sud, certainement pas le sud Londonien quand on connait Griffith.). Tout comme dans Broken blossoms, Griffith joue avec les préjugés raciaux, mais Carol Dempster, contrairement à Lillian Gish, ne laissera pas Swan Way, joué par Edward Pell (Evil Eye, déjà le méchant, dans Broken Blossoms), l’approcher, précipitant le drame. L’histoire est centrée autour de Carol Dempster, donc, la jeune fille à sauver, comme toujours assez énergique, et de deux frères, qui sont mêlés à des trafics louches, et qui sont de fait concurrents en amour. Sinon, comme toujours, famille en détresse, perte d’un parent (ici le père de Carol Dempster), trahison, sacrifice, rédemption… Griffith joue les mêmes cartes, et fait donc bouillir la marmite. Du moins il essaie : le film n’a pas marché, et coincé entre Way down east et Orphans of the storm, il a été oublié, tout simplement.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1921 **
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:30

The idol dancer et The love flower sont contemporains, et montrent comment Griffith commence à réfléchir à la relève qui sera nécessaire quand Lillian Gish partira... Ce qui ne tardera pas. Les deux films sont basés sur un exotisme de pacotille, mais si The idol dancer est mauvais, celui-ci est bien plus intéressant...

The Love flower, donc, a bénéficié de plus de soins. Pour commencer, le scénario est intéressant, proche d’un thriller : on est ici chez un Griffith plus adulte, qui a des questions à poser à ses personnages, et le fait qu’ils soient peu nombreux sert bien son propos.
L’histoire tourne autour d’une famille, les Bevan : le père (George McQuarrie) a causé involontairement la mort de l’amant de sa femme, et prend la fuite avec sa fille (Carol Dempster) ; ils se réfugient dans une île des mers du sud, ou ils se tiennent à l’écart de toute trace des blancs. Jusqu’au jour ou Crane (Anders Randolph), un détective à la réputation infaillible, vient les chercher, aidé par un jeune homme, amoureux de la jeune femme, et qui n’avait pas conscience du malheur qu’il leur apportait (Richard Barthelmess).

Les plus étonnants ingrédients de ce petit film qui fait partir son intrigue d’un crime, c’est bien sur que techniquement, le père est bien un criminel, ce qui n’empêche pas Griffith de nous demander de prendre parti pour lui, ainsi que sa fille, d’ailleurs. Sinon, la façon dont la fille tente de sauver son père, ne reculant pas devant le sabotage, la violence, et même la tentative de meurtre sur la personne du détective, rend le film encore plus intéressant. Dempster le joue avec conviction, passion même, ce qui fait de son personnage un rôle beaucoup plus riche que bien d’autres héroïnes éthérées. Elle est plus charnelle, aussi ; on sait que Griffith avait de sérieux sentiments pour Miss Dempster, mais on sait aussi qu’il avait la tentation de l’effeuiller dans ses films. Ici, il la fait beaucoup nager en chemise…

Barthelmess, qui aura beaucoup à faire pour sauver Lillian Gish d’un destin fatal plus tard dans l’année dans Way down east, est ici un assistant pour la jeune femme, la suivant dans ces décisions, approuvant même le désir de tuer le cas échéant. Un climat âpre, renforcé par l’isolement des personnages. A l’opposé de l’innocence et de l’état de nature des îles présentées dans Idol dancer, la présence de Crane, et son implacable sens de la justice aveugle, transforme le lieu en un petit enfer. On n’est finalement dans le sillage d’un film comme Victory de Maurice Tourneur (d'après Joseph Conrad), sur des prémices similaires, même si Griffith, novice dans ce genre de drame criminel, est beaucoup moins à l’aise. Cela ne l’empêche pas d’être enthousiaste, et son film culmine dans une série excitante d’actions violentes, avec siège, séquestration, tentative de meurtre, mensonge et dissimulation. Bref : Le bonheur du cinéphile, on l’a bien compris. Sinon, Griffith s’essaie bien naïvement à la cinématographie sous-marine afin d’accompagner les mouvements gracieux et aquatiques de la naïade Carol Dempster. Quant à celle-ci, décidément, il faut sans doute la réhabiliter.

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Published by François Massarelli - dans David Wark Griffith Muet 1920 *
4 avril 2017 2 04 /04 /avril /2017 21:26

Tournés simultanément en Floride par un Griffith désireux sans doute de retrouver ses années Biograph, lorsqu’avec une équipe soudée il tournait un film par semaine, The idol dancer et The love flower font partie d’un pan totalement abandonné et oublié de l’histoire, tant de Griffith que de celle du cinéma. L’impression générale est qu’il n’y a au mieux rien à en dire, contrairement aux grandes épopées (Intolerance), et contrairement aussi aux grands mélos (Broken blossoms) ou aux petits films familiaux (True heart Susie). De fait, ce sont de purs petits films de genre, sans aucune autre ambition affichée. Sur Idol dancer, on ne va pas cacher longtemps que c’est un film totalement inintéressant.

The idol dancer se passe sur une île. Le révérend Blythe est un missionnaire natif du New Hampshire, dont le neveu neveu Walter Kincaid quitte la Nouvelle Angleterre pour demeurer auprès de lui, espérant que le climat local va améliorer ses problèmes de santé. Il tombe amoureux de la jeune sauvageonne Mary mais celle-ci a des vues sur un vagabond, Dan McGuire, aux idées nihilistes bien arrêtées. Walter, quant à lui, est plutôt enclin au puritanisme et à la probité. Mais lorsqu’il tombe malade, Mary se rapproche de lui afin d’aider sa guérison, et elle se rapproche aussi du Christianisme.

Walter Kincaid, c’est Creighton Hale, dans le premier d’une série de rôles de nigauds cosmiques, le plus célèbre restant son « professeur » dans Way down east. Mais on le verra aussi chez Borzage (The circle), ou encore Paul Leni (The cat and the canary). Dan est interprété par Richard Barthelmess, l’un des rares points communs entre les deux films ; Sinon, la jeune Clarine Seymour interprète Mary, qui sera son unique rôle de premier plan avant son décès prématuré. On le voit à la lecture du synopsis, on est dans le délire vaguement Chrétien, même si cette tendance au prêchi-prêcha n’est qu’une façade : ce qui compte pour Griffith, c’est de permettre à Clarine Seymour de faire tourner les têtes en agitant son popotin, et éventuellement d’agiter pour sa part son habituel chiffon rouge raciste, en représentant d’abominables indigènes dont la bêtise et la cruauté, sans parler de leur sensualité bestiale, nous rappelle ce que vaut vraiment la tolérance façon Griffith…

L’histoire est indigente, le final habituel en forme de maison assiégée totalement irritant (et traité par-dessus la jambe), et Clarine Seymour est nulle.

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Published by François Massarelli - dans Muet David Wark Griffith 1920 *