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14 octobre 2025 2 14 /10 /octobre /2025 21:56

Venu en villégiature en Ruritanie, l'Anglais Rudolph Rassendyll (Stewart Granger) savait-il qu'il allait tomber sur le pire moment possible? Lui qui est un sosie absolu du Prince héritier, futur roi Rudolph V, dont il faut rappeler qu'il est un lointain cousin, ignorait qu'il se retrouverait devant une situation politique compliquée, avec des factieux menés par un prince félon, Michael (Robert Douglas), demi-frère de Rudolph, et par un noble ambitieux et dangereux, Rupert of Hentzau (James Mason), qui ont drogué le Roi pour en empêcher le couronnement. Comment pouvait-il imaginer qu'il serait amené au pied levé à remplacer dans ses fonctions et sur son trône le roi, un peu trop amoureux de la bouteille, un peu trop vantard? Et enfin bien sûr, il ne pouvait en aucun cas imaginer qu'en la présence de la belle Flavia (Deborah Kerr), promise au prince, il verrait son coeur s'emballer...

L'aventure improbable et mélodramatique à souhait, a bien sûr été tournée plusieurs fois avant ce film: d'abord par Edwin S. Porter, en 1913; puis par George Loane Tucker, en 1915; par rex Ingram en 1922, puis par John Cromwell pour Selznick en 1937... Les similarités de découpage entre cette dernière version et celle-ci ont déjà été discutées, mais le fait est que cette version de 1952, en choisissant de privilégier la rigueur (pas de temps mort, pas d'équivoque) en même temps qu'une certaine flamboyance (un Technicolor superlatif), réussit à donner le meilleur de cette histoire, aussi délirante soit-elle...

Thorpe, de toute façon, s'il a a toujours été un yes-man sans aucune imagination (ce qui viendrait renforcer l'hypothèse d'un tournage qui tournerait parfois au calque de la version précédente), a aussi une certaine faculté à incarner le style même des productions MGM, conduisant la production de ce film vers le succès, en profitant d'un budget conséquent, des ressources d'un studio...

Et d'un casting fabuleux. A propos duquel il me semble intéressant de souligner un clin d'oeil à la version de Rex Ingram de 1922: l'archevèque qui officie lors du couronnement n'est autre que Lewis Stone qui incarnait justement les deux Rudolph dans cette auguste version muette...

 

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Published by François Massarelli - dans Deborah Kerr Richard Thorpe
9 juin 2023 5 09 /06 /juin /2023 22:15

A la fin du XIXe siècle, en Afrique de l'Est, Allan Quatermain (Stewart Granger) organise des safaris pour des parvenus qui rêvent de massacrer des éléphants. Il reçoit une proposition d'une jeune femme, Elizabeth Curtis (Deborah Kerr): son mari est parti pour trouver les mythiques mines de diamant du Roi Salomon, et n'est pas revenu. Elle souhaite lancer une expédition à sa recherche, et malgré ses réticences (et grâce à la promesse d'un gros chèque), Quatermain accepte de l'accompagner... La cohabitation etre Quatermain et la jeune Anglaise, sous l'oeil amusé du frère de cette dernière (Richard Carlson), ne sera pas de tout repos...

Le film commence par donner le ton dans une scène qui montre Quatermain accompagner un safari, et son dégoût devant le massacre des éléphants ne fait aucun doute. C'est que le film est sans doute une importante date dans l'évolution de tout un genre... Il se situe dans le droit fil des productions MGM des années 30, pourtant, en particulier Trader Horn et les Tarzan, auxquels il est difficile de ne pas penser. Mais si cette production de 1950 louche du côté de la grande aventure haletante, la donne a changé.

En effet, Quatermain contrairement à ses homologues des films cités avant, ne fait pas une consommation indifférente de ses porteurs, et dès la première scène, son attachement pour ses collaborateurs est souligné. Le film sera d'ailleurs un récit initiatique pour Elizabeth, qui va s'ouvrir aussi bien à l'Afrique, qu'à Quatermain et à l'aventure... Les deux acteurs sont parfaits dans leur rôle, Granger en homme de la brousse, et Deborah Kerr entre son statut dAnglaise victorienne, forcément coincée, et son éveil à l'amour, l'aventure et la sensualité: l'actrice, qui sort de ses collaborations avec Michael Powell, est parfaite dans ce registre.

Adapté d'un récit de H. Rider Haggard, l'auteur de She, c'est un classique, dont les paysages (captés au Kenya) et le superbe technicolor, plus une sensibilité qui était novatrice vis-à-vis des peuplades locales (en particulier les géants, présentés comme des Watussi dans le film, probablement des tutsis). Un beau film au parfum de madeleine, cela va sans dire...

 

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Published by François Massarelli - dans Ungawa Deborah Kerr
8 avril 2018 7 08 /04 /avril /2018 18:45

En 1961, Deborah Kerr avait 40 ans, ce qui faisait d'elle une candidate un peu âgée pour interpréter le rôle principal du film... Si du moins on avait voulu être fidèle au roman d'Henry James, The turn of the screw. Mais heureusement, ça n'a pas été le cas: l'adaptation de Clayton, largement basée sur une pièce tirée du roman, bouleverse un peu les choses, en ajoutant une dimension troublante, pour ne pas dire scandaleuse, à ce qui aurait de toute façon été, même sans cette coloration supplémentaire, le meilleur film de maison hantée de tous les temps...

Durant l'ère Victorienne, une femme, Miss Giddens (Deborah Kerr) est engagée par un homme d'affaires Londonien (Michael Redgrave) pour s'occuper de feux enfants: Miles et Flora sont en effet son neveu et sa nièce, qui viennent de perdre leurs parents, et l'oncle n'a ni l'envie, ni le temps de s'occuper d'eux. Bref, il s'en débarrasse. Mais si Miss Giddens est épatée de l'aubaine, elle qui aime les enfants, elle ne sait pas un certain nombre de choses: la première, c'est que si les enfants sont en effet très attachants, ils sont aussi marqués par une rencontre, celle d'un ancien valet et d'une gouvernante, tous les deux décédés, qui les ont quelque peu corrompus. La deuxième, c'est que les deux anciens employés, qui avaient une aventure plus que voyante, continuent à hanter la maison. Et enfin Miss Giddens ne sait pas non plus qu'elle va tomber sous le charme du tout jeune Miles, bien au-delà de son affection de gouvernante pour un enfant de dix ans...

Voilà pourquoi Deborah Kerr est parfaite: dans ses rapports compliqués avec l'enfant, Miss Giddens apporte non seulement une envie contrariée de maternité, mais plus encore; sa relation est-elle d'ailleurs partagée avec Miles, ou avec le démon qui le possède? Le nombre de scènes qui nous montrent la demoiselle, incrédule, se demandant qui exactement est en face d'elle, tend à prouver que la gouvernante comprend assez tôt qu'ils sont plusieurs à se partager l'enveloppe corporelle de Miles! Et quand la gouvernante se lance dans une croisade pour exorciser les enfants, c'est sûre de son bon droit qu'elle les précipite plus avant dans leur possession...

Mais le film ne précipite pas ses effets, au contraire... On entre doucement mais sûrement dans le coeur de cette histoire d'épouvante, en suivant le meilleur moyen possible: le point de vue d'un(e) Candide... L'étonnement, le mystère, le questionnement, puis l'horreur, vont venir petit à petit, anecdote par anecdote: au compte-gouttes. Et Clayton réussit à merveille sa partition, faite d'un certain nombre d'éléments bien dosés. Et certaines scènes atteignent la perfection, je pense en particulier à une scène de cache-cache dans laquelle la gouvernante et les spectateurs se rendent compte qu'il n'y a pas que les enfants qui participent! Il y a aussi une scène d'anthologie au bord d'un lac, avec une sorte de distance miraculeuse pour une apparition fantomatique... Clairement Clayton a bien préparé son coup!

Il a été aidé en cela par  le chef opérateur Freddie Francis, qui lui a apporté une science du noir et blanc qui est exceptionnelle, mais aussi une utilisation inventive en permanence de la profondeur de champ "Welleso-Tolandienne", adaptée au Cinémascope (Oui, le film a été produit par la Fox); Francis a eu aussi l'idée de combiner l'élargissement dû au Scope, avec des iris légèrement refermés, pour donner un cadre inattendu à son film. et le montage n'est pas en reste, beaucoup de séquences ont des transitions en fondu, ce qui a parfois pour effet de laisser des objets inattendus (statues, par exemple) envahir quelques instants la séquences suivante... Dans un film où on attend des fantômes dans tous les coins, l'effet est réussi! Le résultat oscille entre cauchemar en plein jour, et vieilles photos flippantes. Ajoutez à cela le fait que ce soit un des plus beaux rôles d'une immense actrice et vous saurez pourquoi il faut, décidément, voir le film..

 

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Published by François Massarelli - dans Jack Clayton Boo!! Criterion Deborah Kerr
14 février 2015 6 14 /02 /février /2015 18:52

"Is this, then, the end of Nero?" demande Peter Ustinov-Néron, au moment, justement de mourir. Le côté grandiloquent de la réplique, qui sied bien au personnage, n'échappe bien sur pas aux cinéphiles, qui finissent un peu trop par se concentrer là-dessus et sur pas grand chose d'autre, devant un film qui vaut bien mieux que ça, en dépit de ses défauts. Voire, à cause de ces défauts, justement... Non, je pense qu'on reproche essentiellement à cette grosse über-production de la MGM, d'une part, d'avoir incarné l'esprit triomphant, jugé forcément impérialiste, d'un cinéma Américain qui venait en Europe pour tourner, et d'autre part d'avoir relancé un gengre moribond, le peplum, qui allait faire des petits et pas des meilleurs, inodant bientôt les écrans cinémascope de romains à franges et à jupettes qui parlaient maladroitement en levant la main droite et en se tenant la toge de la main gauche... Et c'est vrai que Quo vadis, dirigé par le pas toujours très adroit Le Roy, est un peu beaucoup ça, avec Robert Taylor en commandant glorieux qui ne comprend rien à rien à la révolte Chrétienne...

Quo vadis, adapté d'un roman Polonais de Henryk Sienkewicz, est un peu un cousin de Ben-Hur, avec encore plus d'adaptations que l'illustre roman de Lew Wallace. Il est situé aux alentours de la mort de l'apôtre Pierre, lors du règne de l'empereur Néron, qui suite à son caprice de bruler Rome, a mis le crime sur le dos des Chrétiens, déclenchant une fureur populaire qui résulta dans l'inévitable massacre, et finalement en la chute de Néron. Il ne m'appartient pas de déceler le vrai du faux dans une action de toute façon concentrée sur quelques jours, et qui passe essentiellement par le truchement du point de vue de Marcus Vinicius (Robert Taylor), soldat Romain amoureux, et de la dame de ses pensées, Lygia (Deborah Kerr), otage de Rome mais élevée chrétienne, et libre, par une famille de Patriciens convertis. Les ingrédients d'un peplum sont tous là, avec un plus qui sied bien au film: tourné à Rome, dans les studios de Cinecitta, il bénéficie d'extérieurs très convaincants, ce qui est une première pour ce genre de films.

Et puis, si on sourit à l'inévitable succession de scènes de révélation, de conversions spectaculaires, de l'exhibition de la brutale folie Romaine d'un côté, des chrétiens dignes jusqu'au bout c'est à dire jusqu'à la rencontre avec les lions, je ne peux m'empêcher de me dire que le film apporte une réalité inattendue aux scènes de supplice, qu'après 1945 on ne peut plus interpréter au premier degré mais comme des témoignages nécessaires de l'histoire humaine dans toute son horreur. En 1951, comment ne pas penser à ce qu'a vécu l'Europe six ans plus tôt? C'est très certainement venu à l'esprit de Sam Zimbalist et Mervyn Le Roy, tous les deux juifs non pratiquants, qui ont traité cette histoire fort sainte en cherchant à l'élever à une hauteur universelle, ce que fera Wyler avec talent huit ans plus tard dans Ben-Hur. Taylor est fonctionnel, la frange volontaire et la sandale énergique, et Deborah Kerr ne peut pas être autre chose qu'exquise. Dans le rôle de Pierre, Finlay Currie porte la toge en atténuant à peine son accent Ecossais, et Le Roy, qui fait certes ici bien son boulot (Bien mieux que dans d'autres films des années 50, et de loin), signe en plus le film de façon personnelle en utilisant Peter Ustinov, désormais monstre sacré, pour le rôle en or de Néron: un monstre qu'on ne peut rendre qu'en en faisant des tonnes, un rêve pour un cabot génial comme Ustinov. Et il a droit à cette fameuse allusion finale à Rico, le héros de Little Caesar du même Le Roy, qui mourait après avoir prononcé, hébété: "Is this the end of Rico?". Une façon de lier par le signe du crime, l'empereur fou de l'antiquité, la mafia Américaine, et les crimes fous des nazis, dans un seul personnage. Et donc finalement, ce message glissé comme en contrebande, de la part d'un metteur en scène qui ne se réveillera plus jamais, finit d'entériner une belle leçon de détournement Hollywoodien.

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Published by François Massarelli - dans Mervyn Le Roy Deborah Kerr
2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 17:43

1943: nous assistons à tout un remue-ménage, avec des soldats Britanniques en pleine agitation, qui se dépèchent d'aller à Londres en camion et envahissent les bains publics ou se prélassent des officiers d'un autre siècle. Ils se saisissent en particulier d'un homme, le Brigadier-Général Clive Wynne-Candy, à la bedaine intraitable avec une moustache de morse, qui ne les comprend pas: bien sur, il y a des manoeuvres, et il est au courant, mais pourquoi ont-ils devancé l'appel, alors que 'la guerre commence à minuit', que les dites manoeuvres, dont le vieil ours est partiellement responsable en tant qu'instructeur du "Home guard", ne sont pas supposées avoir déja commencé? Le jeune officier responsable de la tricherie, qui a été au passage particulièrement efficace, se défend en expliquant qu'avec les méthodes des nazis, il vaut mieux couper court au fair-play militaire, et agir en un éclair... Clive Candy se souvient alors du temps durant lequel, jeune officier récemment décoré de la Victoria Cross, il avait lui aussi désobéi, afin de faire valoir des idées qu'il estimait de la toute première importance. Il se remémore son séjour à Berlin en 1902, au cours duquel il avait du se battre en duel, l'amitié avec son "ennemi", le fringant Theodor Kretschmar-Schuldorff (Anton Walbrook) mais aussi la rencontre avec celle qu'il allait chevaleresquement laisser à son ami, la belle Edith Hunter (Deborah Kerr). Il se rappelle aussi de sa maladroite naïveté en pleine fin de la première guerre mondiale (Affirmant le 10 novembre 1918 que la guerre en avait encore pour bien longtemps), de sa rencontre avec Barbara, le sosie de Edith, avec laquelle il s'était marié, puis d'autres rencontres avec Theodor, devenu un réfugié suite à l'avancée des nazis. A chaque fois, un peu plus vieux, un peu plus décalé, il se comporte un peu plus en "Colonel Blimp", l'image même de la vieille baderne colonialiste et anachronique, sans jamais n'être que ridicule. Interprété par Roger Livesey, c'est un homme terriblement attachant. Nous assistons bien à un peu de sa vie, mais de sa mort, il ne sera pas vraiment question, même si on l'imagine, à la fin du film, relativement imminente...

Film de propagande? C'était, pourtant, l'intention. Mais Michael Powell et son complice Emeric Pressburger sont comme toujours des originaux, et ont choisi de prendre jusqu'à un certain point le contrepied des petites habitudes, et font un film dans lequel l'Angleterre, la bonne vieille dame, s'en prend plein la figure. Certes, avec tendresse, mais il faut remarquer le onmbre de fois ou ce pauvre Clive Candy se trompe: a Edith Hunter, jeune femme éprise d'indépendance, qui a été chercher en allemagne ce qu'elle ne peut pas trouver en Angleterre, soit une certaine liberté (Elle souhaite travailler, et un poste de gouvernante est plus facile à trouvber dans un pays étranger), il tient un discours paternaliste qui s'ignore; à Theo, qui a plus que lui la capacité à comprendre le fond des choses en matière de changements idéologiques, il assure en 1919 que l'Allemagne vaincue se relèvera sans aucun souci de ses ruines... Clive Candy, mu en toutes circonstances par des idées d'un autre siècle, mélangées à un esprit chevaleresque et fair-play sans aucune mesure avec l'évolution du monde au cours du vingtième siècle, est donc la cible principale de ce film sur le temps qui passe. Et Roger Livesey, aidé par un beau travail de maquillage et un métier à toute épreuve, fait passer le personnage de ses 25 ans à ses 70, sans aucun problème...

Ce qui permet de suivre et d'aimer ce personnage perdu dans un siècle qu'il ne comprend pas (A un américain, coincé en plein front, il tient un discours ahurissant, disant à quel point la façon dont se déroulent les combats démontre que cette nouvelle guerre est un conflit d'amateurs par comparaison avec la guerre des Boers!), c'est le refus de tout dogmatisme dans ce qui est après tout une démonstration, du fait du temps qui passe, des esprits qui changent... Aussi décalé soit-il (En tout contexte), on aime le général Candy; ses méthodes surrannées et son conservatisme aveugle cachent aussi un coeur d'or et des valeurs humanistes réelles. C'est ça aussi la réalité de la vieille Angleterre, nous disent en substance les auteurs: non, la Grande-Bretagne ne pourra pas gagner la guerre en se comportant avec les nazis comme avec les ennemis du siècle dernier, mais ça ne remet rien en cause dans le fait qu'on l'aime, ou qu'on en adopte l'essence même d'une idéologie décente et démocratique...

Dans l'ombre du Général Candy, nous voyons en 1902, 1920 et 1943 trois femmes: Edith, qui assistera aux mésaventures des deux "frères ennemis" Theo et Clive, et aura sans doute à un moment à choisir entre les deux; Barbara, repérée le 10 novembre 1918 dans un couvent ou le général s'est réfugié pour manger, et qu'il va ensuite traquer jusqu'au Yorkshire, pour finir par se marier avec elle; enfin, Angela dite "Johnny", une jeune auxiliaire féminine que le vieux général va se choisir comme chauffeur, lorsqu'il la verra, un nouveau sosie de la belle Edith pour les vieux jours (Même si la relation restera platonique) du vieux soldat. Pour ces trois femmes, Powell a choisi la belle Deborah Kerr pour incarner un idéal féminin systématiquement en avance sur le pauvre Clive: suffragette et motivée par un idéal de libération féminine en 1902, douce et aimante, mais plus futée que son mari pour comprendre ce qui se déroule autour d'eux (Lorsque Clive fait un discours totalement décalé à sa future belle-famille, Barbara apporte avec tendresse son soutien à son mari, dont elle sait qu'il ne souhaitait pas se rendre ridicule) en 1920, et enfin toujours jeune et à la fois loyale et progressiste en 1943: Angela et d'accord sur le fond avec les jeunes soldats qui renvoient l'Angleterre de toujours au placard, mais elle garde son soutien pour le vieil homme. Cet ange gardien (Theo, lui, l'a compris quand il apprend le nom de la dernière Deborah Kerr dans le film) a peut-être été motivé dans le script par le refus de Michael Powell de "vieillir" la belle actrice (Dont il était amoureux) à la façon dont il va changer Walbrook et Livesey. Quoi qu'il en soit, sa participation est l'un des points forts de ce chef d'oeuvre...

Enfin amené à tourner un film en couleurs arès sa participation à l'épique The thief of bagdad, qui lui avait ouvert les yeux, Powell se laisse emporter: mais ces 163 minutes sont malgré tout un régal permanent, non seulement pour les yeux charmés par ce bon vieux Technicolor, mais aussi parce que la mise en scène y est fantastique, avec des idées partout, du rythme (Les premières scènes si déstabilisantes, avec cette bande-son ironique qui mélange les styles musicaux), et des moyens toujours novateurs de faire passer le temps: pour montrer les 12 ans entre le retour de Berlin de Candy et l'arrivée de la guerre mondiale, Powell nous montre une pièce (que nous avons vue) dont les murs se garnissent de têtes d'animaux que l'impétueux militaire a été massacrer dans quelque colonie afin de s'occuper. La première de sces séquences se termine par l'apparition dans cette même pièce d'un casque à pointe... C'est Jack Cardiff, qui n'était qu'assistant caméraman, qui s'est chargé de ces plans. La scène cruciale du duel, dont on assiste à tous les préparatifs, nous est cachée par la caméra qui s'en va dehors auprès des amis de Clive, afin de nous épargner justement la "scène à faire"...

Après des films de propagande superbes et toujours un peu décalés (49th parallel, One of our aircraft is missing), Blimp était un cri du coeur de la part de deux hommes qui avaient envie comme Chaplin de faire un sermon qui prêche pour une certaine idée de la vie, contre les nazis et autres barbares de tout poil, mais plutôt qu'une sèche communication orale, ils ont choisi d'en faire un extravagant film aux couleurs magnifiques, traversé par l'amour, l'amitié et la décence d'un homme. qu'importe qu'il ait eu tort sur toute la ligne... Ils ont aussi, grâce au merveilleux personnage de Theo, donner à entendre un plaidoyer pour la démocratie, prononcé en toute logique pour qui connait bien l'oeuvre de Powell, par un Allemand! Ce film inclassable qui fut invisible pendant si longtemps, insuccès oblige, avant sa redécouverte dans les années 90 (Grâce à, who else, Martin Scorsese) peut aujourd'hui être vu dans un blu-ray qui est bien l'une des sept merveilles du monde. Justice rendue à un chef d'oeuvre...

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell Criterion Deborah Kerr
4 juillet 2011 1 04 /07 /juillet /2011 07:59

Cinq religieuses sont mises à l'épreuve: il s'agit pour Soeur Clodagh, Soeur Ruth, Soeur Briony, Soeur Blanche dite "Honey" (miel, ou "chéri") et soeur Philippa de construire un couvent à partir d'un bâtiment à l'histoire singulière, situé dans les contreforts de l'Himalaya. Elles appartiennent à un ordre spécifique qui leur propose de renouveller leurs voeux tous les ans, faisant d'elles de véritables volontaires dans leur sacerdoce. Le bâtiment mis à leur disposition par le potentat local est un ancien bordel, qui a servi un temps de monastère, mais les moines n'ont pas tenu longtemps: quelques mois... Les gens du coin, d'origine locale (le "général", dirigeant la région) ou Britannique (Mr Dean, l'agent de liaison du "général") vont assister à la tentative des religieuses, et Michael Powell et Emeric Pressburger vont déchaîner les passions dans ce cadre qui s'y prète de façon si spectaculaire...

Le Narcisse noir du titre se réfère à un parfum, brandi lors d'une scène par le jeune "général", interprété par Sabu. Le parfum, ou comment une sollicitation des sens est évoquée lors de ce film qui nous conte la difficile tentative de cinq femmes de s'exiler de leurs sens, justement. Par extension, le "Narcisse noir" est assimilé à ce jeune général, soucieux de se cultiver et de "suivre l'exemple de Jésus" mais qui va surtout participer à l'éveil général et baroque des sens. Outre le parfum, un grand nombre de motifs et d'objets seront liés à la sensualité, la féminité, depuis des bijoux jusqu'à des fleurs en passant par une délicieuse robe rouge vif, le film se déroulant bien sûr dans un luxe de couleurs, du à la maîtrise exceptionnelle du chef-opérateur Jack Cardiff en matière de Technicolor....

Il y a mise à l'épreuve, donc, mais pas officielle: à la base, il s'agit pour l'église d'assurer une présence en même temps que l'éducation des populations locales. Mais cette mission est à l'origine confiée à l'Irlandaise Soeur Clodagh (Deborah Kerr) par une vieille soeur toute ridée. On ne verra pas cette dernière au-delà de l'exposition du film, mais la scène dans laquelle elle apparait est frappante par l'ironie sous-jacente de l'inévitable comparaison entre son visage marqué par l'âge et celui de Soeur Clodagh; celle-ci est pendant quelques plans volontairement cachée au spectateur afin que la différence entre elles soit encore plus évidente. La vieille soeur au visage ridé trouve un relais avec deux autres personnages agés: une Indienne, Ayah, sceptique et très ironique à l'égard des soeurs, et un 'saint homme', ermite anonyme et silencieux, qui médite en permanence face à l'Himalaya. Les deux reflètent des philosophies différentes, Ayah étant très terrienne (apprenant la venue de religieuses, elle fait le rapprochement avec les prostituées et se réjouit, imaginant qu'elle allait pouvoir "s'amuser"...), et le saint homme visant en permanence les hauteurs, ayant renoncé à toute attache basse; bien sûr, si les soeurs vont essayer de rester le moins proche du fond symbolisé par Ayah, il ne leur sera jamais possible d'atteindre l'état de grâce du vieil ermite... Ainsi passé par le filtre de ces témoins, le succès de leur mise à l'épreuve en devient plus impossible encore...

La différence d'âge entr les deux soeurs, du même ordre donc rigoureusement semblables dans leurs vêtements, insiste aussi sur le fait que bien que jeune, Clodagh finira elle aussi, dans le même habit, toute ridée... Sauf si bien sûr elle en décide autrement.

Il est question de passions dans ce film, mais on a un peu trop limité les interprétations à l'érotisme voulu par Powell et Pressburger. D'autres passions sont ainsi évoquées, du soudain abandon du potager au profit d'une jardin fleuri de mille fleurs par Soeur Philippa, au coeur d'or de Soeur Honey qui devient vaine, préférant conserver sa popularité auprès des populations et se rendant indirectement responsable aux yeux des Indiens de la mort d'un enfant. Clodagh, avant de ressentir les effets de la sensualité des lieux, pêchera le plus souvent par orgueil, ce qui est souligné par l'éclair de satisfaction qui passe sur son visage lors des fameux gros plans qui nous la présentent au début, lors de l'annonce de sa mission; cet ego n'est d'ailleurs pas passé inaperçu, comme le prouve une remarque acerbe de la soeur âgée.

Les soeurs, une fois arrivées, se laisseront emporter par la particularité du lieu, et vont toutes écorner leur vocation. Soeur Clodagh, la supérieure, aura à l'arrivée à subir la résurgence d'un passé affectif enfoui, qui la prendra par surprise: elle a failli se marier, et y a renoncé plus par vanité qu'autre chose; mais le regret est bien là, et cela ne s'améliore pas devant la personnalité de Dean, le très sensuel agent Britannique, dont les tenues (Chemises ouvertes, shorts, sandales...) vont faire surgir chez elle le trouble, mettant à mal ses résolutions. De son côté, Ruth, déja sceptique quant à ses voeux, va aller jusqu'à confesser son amour pour Dean, et tenter de le rejoindre dans une équipée à la fois sublime et ridicule, découvrant trop tard que celui-ci en pince bien pour une religieuse, certes, mais ce n'est pas elle... Les deux femmes sont souvent rapprochées, montrées comme rivales, en particulier par le point de vue de Ruth: Michael Powell continue à jouer sur les points de vue avec virtuosité, montrant Ruth qui espionne les conversations entre Clodagh et Dean, nous permettant à la fois de sentir la jalousie de Ruth qui monte, et la menace sur l'héroïne: toujours chez le cinéaste, le point de vue de l'ennemi est souligné, adopté parfois, toujours avec un excellent résultat. de même sont-elles confrontées dans une scène superbe, lorsque Clodagh qui a surpris la jeune femme habillée en civil, prête à partir voir Dean, reste avec Ruth. Assises de part et d'autre d'une table, elles s'affrontent en silence, l'une cramponnée à sa bible, l'autre à son miroir de poche et son rouge à lèvres. Le gros plan qui nous montre Ruth passer le petit bâton sur ses lèvres nous montre aussi son regard empreint de provocation, qui ne laisse aucun doute sur le peu d'affection qu'elle ressent alors pour sa supérieure.

Avec Ruth, l'importance du vêtement dans le drame prend tout son sens. Powell ménage son apparition, plus que celle de Clodagh, cachée mais finalement vue durant l'entretien initial avec la soeur ridée, et aux autres, aperçues en préambule à leur déplacement vers l'Himalaya. Mais Ruth, à ce moment, est malade; on la voit donc, pour la première fois, dans sa fonction, sonnant l'heure à la cloche située à l'endroit même ou le drame final va se jouer, avec sa robe blanche qui ne le restera pas longtemps. Elle soignera quelqu'un qui lui saignera dessus, et le rouge maculé sur la robe annoncera d'autres salissures, jusqu'à cette scène qui verra la soeur soudainement habillée d'une robe rouge vif, qu'elle a faite venir en contrebande, se fardant avec passion de façon provocante devant Clodagh armée de sa seule bible; l'intention? Se donner à Dean, qui est si sensuel; en plus de la robe, elle emporte des petits escarpins rouges eux aussi, et elle laisse libre sa superbe chevelure rousse. Powell serre la jeune femme au plus près, et comment ne pas voir tous les détails d'une transformation physique à la fois diabolique et désespérée? Les bottes mises par dessus le pied nu, afin de na pas abimer les escarpins dans la jungle, la chair exposée du mollet, visible lors de la lutte avec Clodagh pour la confrontation finale, et le visage de plus en plus marqué par la haine suite au refus de Dean... Des images qui restent longtemps après la vision du film: on se souvient de Kathleen Byron après avoir vu ce film... elle reviendra aux cotés de David Farrar (Dean) dans le très beau The small Black room de Powell et Pressburger en 1949.

Comme en écho à ce terrible érotisme, le général tombe amoureux d'une petite Indienne, qu'on sait expérimentée, et tous les efforts du jeune homme pour paraitre raffiné sont donc à l'eau. Il faut dire que la jeune Indienne est jouée par Jean Simmons, et que leur première rencontre s'effectue dans une salle décorée de dessins suggestifs, qui renvoient au passé de la maison... Et qui renvoie au laisser aller général: la constatation qui s'impose, après un début durant lequel les soeurs essaient de maintenir la loi de leur ordre, c'est que tout tombe très vite à l'eau, sans jeu de mot puisque Dean leur avait prédit qu'elles ne tiendraient pas jusqu'à la mousson... Le rôle muet mais ô combien explicite de Jean Simmons n'est pas sans ajouter une dose d'ironie rigolarde, et le naturel confondant de naïveté du renoncement du jeune général à la fin du film pourrait presque servir de morale au film, eu détriment des soeurs toutefois: il explique tout bonnement qu'il a fauté, qu'il n'est donc pas possible pour lui de suivre l'exemple de Jésus, il va donc faire comme ses ancêtres, être un fameux général, combattant et inflexible... Et puis c'est tout. Les soeurs, elles, repartiront vers d'autres missions.

L'ironie manifestée par Powell et Pressburger devant ces pauvres religieuses cache en fait un constat simple: on ne peut pas faire abstraction ni de ce qu'on est (C'est pourquoi Clodagh, qui a au moins la reconnaissance de ses pairs, ne succombe pas aux charmes de Dean, et que Ruth, qui en a bien besoin, s'y perd) ni de son propre passé (Ainsi nous le révèlent les très beaux flash-backs de Clodagh, qui révèlent une femme sensuelle et attirée par la vie, qu'on n'imaginerait pas un seul instant s'enfermer dans un couvent...), encore moins de ce qui nous entoure (l'"Inde mystérieuse", qui fait la pige à ce bon vieux flegme britannique) et du passé de ce qui nous entoure (Le monastère était donc un bordel, et ce n'est pas près de changer...) . Une fois les religieuses parties, peu de choses auront été finalement modifiées dans ce magnifique endroit, dont on rappelle au passage qu'il a été entièrement créé en studio, mais il est tellement plus vrai que nature... L'extravagant poême sensuel de Powell et Pressburger, ses couleurs folles et ses passages musicaux baroques, dégage bien un parfum irrésistible de perfection cinématographique.

 

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Published by François Massarelli - dans Michael Powell Criterion Deborah Kerr