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25 août 2015 2 25 /08 /août /2015 18:06

A l'aube du parlant, on se rend compte que s'il va bientôt n'être plus qu'une pièce de musée, Fairbanks a été d'une importance capitale, au-delà de son propre succès de ses débuts en 1915 jusqu'à la fin de cette décennie. Il a fait renaître un genre auquel on ne s'attaquant plus qu'avec des pincettes, et l'a doté d'ambition, de luxe, de classe... et l'a, en 9 années et 8 films, amené à l'âge adulte. C'est cette magnifique épopée que ce dernier film vient clore en beauté. Et pour mieux le faire, l'acteur-producteur a refait appel à Allan Dwan, qui rappelons-le n'est pas pour Fairbanks que le réalisateur de son impressionnant Robin Hood: il a beaucoup contribué dès les années 10 à façonner la carrière de l'acteur, en réalisant une poignée des meilleurs films de sa première période, dont l'incontournable A modern musketeer, un film qui a soudain contribué à élargir de façon significative le champ d'action de Doug. Et non seulement c'est un ancien collaborateur chevronné, non seulement c'est un réalisateur d'une grande efficacité et reconnu par toute la profession, mais Allan Dwan est aussi et surtout un connaisseur de Dumas, et un amoureux de la saga de D'Artagnan, Il a consacré sur l'ensemble de sa carrière plusieurs films à cette période, à Dumas à et ses variations, dont un Richelieu...

Le film adapte Vingt ans après, ainsi que Le Vicomte de Bragelonne, de Dumas. La partie de cette dernière source convoquée par Fairbanks et son équipe est celle consacrée à la sous-intrigue du masque de fer, bien sur. Mais on revient aussi à une sous-intrigue des Trois mousquetaires omise par l'adaptation de 1921: le destin de Constance Bonacieux. Premier geste-clin d'oeil qui fait parfois ressembler ce long métrage à un bouquet final, le rôle de la jeune amoureuse de Richelieu est confié de nouveau à Marguerite de La Motte, ce qui est doublement une bonne idée, permettant une transition plus facile d'un film à l'autre, mais surtout cela entraîne entre l'actrice et Fairbanks des occasions de jouer ensemble avec une grande complicité des scènes qui sont superbes - et poignantes, car pour une fois Fairbanks n'aura pas l'occasion de gagner le coeur de la belle à la fin du film... Autre acteur de premier plan du film de Niblo, Nigel de Brulier reprend son plus grand rôle, et fait merveille du début à la fin, rappelant que Les trois mousquetaires, c'est aussi un peu Les aventures de Richelieu! Et le script est impressionnant dans ses ramifications, qui échappent aux structures habituelles des films de Douglas Fairbanks. Ici, il y a du chaos, mais il est inhérent à la vie politique représentée par Richelieu, et sa mission sacrée: il est nécessaire de sauvegarder l'état, en empêchant une révolution qui serait inéluctable si le secret de la naissance des jumeaux, premiers-nés de u règne de Louis XIII, était connue. Et dans un geste que l'ancien D'Artagnan, celui du film de Niblo n'aurait jamais fait, le D'Artagnan adulte, revenu de tout car sommé de ne plus s'associer à ses trois copains, et parce qu'il a perdu la femme de sa vie (Après seulement minutes de film), travaillera désormais pour le Cardinal Richelieu, et sera amené bien que le secret lui soit inconnu à croiser la route du fameux "Masque de fer"...

Le film est superbe, et Dwan est l'un des plus doués parmi les réalisateurs de la période: il sait parfaitement donner de la vie à des personnages qui sont loin de la caméra, que d'autres réalisateurs auraient perdus de vue, noyés dans l'immensité d'un décor. Il est aussi à l'aise dans les rues charmantes d'un Paris reconstitué, que dans les douves d'un inquiétant château. Et Fairbanks, malgré son âge, fait encore merveille dans des cascades qui s'apparentent souvent à un magnifique baroud d'honneur... Mais le film est aussi hanté par la mort, par la révélation que la vie mène toujours vers le crépuscule et la solitude. Une large partie se déroule durant la nuit, et on trouvera dans ce film les morts soulignées de nombreux personnages ainsi que des parcours qui se terminent de façon abrupte mais totalement justes: Richelieu, Milady, Constance, De Rochefort, Athos, Porthos, Aramis, et D'Artagnan trouvent tous un accomplissement, une fin à leur destinée, qui me semble impressionnante parce qu'elle dépasse à mon sens le cadre du film. Encore une fois, il s'agit d'oser donner à des personnages une dimension humaine là ou on est habitué à en faire des personnages noirs ou blancs d'un opéra plus grand que nature, mais en leur conférant aussi une dimension mythologique. Mission accomplie. Mais comme le film, l'un des derniers gros films muets, est sorti en 1929, Fairbanks y a apposé deux séquences parlées qui n'apportent rien, on les oubliera d'autant plus vite...

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Allan Dwan Douglas Fairbanks ** Dumas
6 août 2015 4 06 /08 /août /2015 16:36

On pourrait commencer en faisant comme d'habitude, en soulignant la rareté du film, qui fut perdu pendant 70 ans avant de miraculeusement refaire surface grâce à la ténacité des passionnés et de ses restaurateurs. On ne le fera pas, parce que d'une part il reste encore plus de 70% des films de la même époque à retrouver, et en plus ce prétexte est désormais utilisé pour vendre tout et n'importe quoi... On pourrait aussi arguer du prestige indéniable dot jouit aujourd'hui Henri Fescourt, mais ce serait clairement hypocrite et inutile: ce prestigieux réalisateur, qui dirigea un grand nombre de films entre 1912 et le milieu des années quarante, n'est aujourd'hui présent que dans les cinémathèques, où éventuellement sous la forme d'un double DVD épuisé qui contient le présent film, et un court métrage de 1913 disponible dans l'excellente anthologie Gaumont Le cinéma Premier (Volume 2). Non, je pense qu'il faut rendre à ce film son statut, celui d'une oeuvre flamboyante, exigeante... et populaire. Fescourt, dans les années 20, adaptait Hugo, Gaston Leroux, et faisait du Mandrin, ou du Monte-Cristo. A l'heure où L'Herbier modernisait Zola (L'argent, 1928), où Gance faisait exploser les limites du cinéma avec son Napoléon, Fescourt se livrait à un travail d'adaptation qui avait pour but de véhiculer des versions aussi complètes que possible de classiques populaires... Et la formule était gagnante, tant il est impossible de lâcher ce Monte-Cristo avant la fin, au bout de 3 heures et quarante minutes de films (Notons que pour les autres feuilletons du metteur en scène, on peut facilement compter le double...).

Monte-Cristo colle bien sur au roman de Dumas, démarrant par l'insouciance méridionale du retour d'Edmond Dantès au pays après un long voyage durant lequel le second a du prendre la place du capitaine décédé. On est en 1815, et l'ombre de Napoléon est encore partout. Justement, on dénonce Dantès, qui a fait un détour vers l'île d'Elbe pour voir l'empereur... Cette dénonciation malhonnête est le fruit d'une jalousie, celle de Fernand Mondégo, un concitoyen de Dantès qui convoite la main de Mercédès, sa fiancée. Un témoin de la traîtrise existe, la marin Caderousse, mais il a décidé de se taire... Enfin, le procureur de Marseille qui pourrait limiter la casse pour Edmond l'enfonce plutôt, car son père a des sympathies Bonapartistes et l'affaire pourrait faire surgir d'encombrantes vérités. Dantès prisonnier au château d'If, Mondégo peut tranquillement consoler puis épouser Mercédès, le procureur De Villefort peut monter en grade, et Cadérousse qui aime tant le vin va pouvoir s'offrir une petite auberge... Mais Dantès, même prisonnier, n'a pas dit son dernier mot...

En enlevant un ennemi au héros (Danglars, le comptable du bateau dont Dantès est le second, qui a comploté avec Mondégo), Fescourt raccourcit l'intrigue sans en enlever le sel. ET le film se déroule en deux parties, la première riche en péripéties (L'arrestation, le cauchemar du château d'If, la rencontre providentielle avec l'abbé Faria, l'évasion spectaculaire, le sauvetage de Dantès par des pirates solidaires, puis sa découverte du trésor de Faria, et dans une deuxième moitié, le début des intrigues qui vont mener à la vengeance), la deuxième a été tournée surtout en intérieurs: le salon des Morrel, la somptueuse salle de bal, le luxueux théâtre, les décors exotiques de la mystérieuse résidence de Monte-Cristo et le palais de justice. Cette deuxième partie plus courte est surtout consacrée à la manipulation de vengeance de Dantès, mais on y a droit à un duel, et à diverses péripéties aussi, notamment liées à la personnalité incontrôlable de l'orphelin Benedetto... Mais Fescourt repose, avec jean Angeo, sur un Dantès minéral, digne et sobre en toute circonstance... Le reste de la distribution est à la hauteur, avec une mention spéciale pour le splendide Jean Toulout (Villefort), et bien sur Gaston Modot dans le rôle de Mondégo. Les imports Allemands (Lil dagover, Mercédès, et Bernhard Goetzke, Faria) nous rappellent la tentative de plusieurs compagnies de fédérer un cinéma Européen, comme le faisaient la UFA et l'Albatros en cette période. Et le film, à la veille de l'arrivée du parlant, introduit quelques jeunes acteurs promis à un bel avenir (Marie Glory, et Pierre Batcheff, mais pour ce dernier, on le sait, la chance a tourné autrement...). Et Fescourt que le film inspirait de toute évidence, se laisse emporter, et transcende avec génie le matériau essentiellement populaire, en mettant sa mise en scène au service du frisson, et de la fougue, là où Angelo se retient, Fescourt se laisse aller... Et on en redemande. On en veut d'autres, même, Les Misérables, Mandrin, Rouletabille... Allez, les éditeurs, un bon mouvement!

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Published by François Massarelli - dans Muet 1929 Henri Fescourt * Dumas
2 août 2015 7 02 /08 /août /2015 17:38

Fairbanks et D'Artagnan, c'est une longue histoire, qui n'allait bien sur pas être résolue avec un seul film adapté de Dumas, pas plus évidemment qu'elle n'avait trouvé son accomplissement avec A modern musketeer (1917), le film d'Allan Dwan si bien nommé, qui au moins avait prouvé avec panache que Douglas Fairbanks avait sans doute besoin de réinventer le film d'aventures... Donc, s'il était attendu que l'acteur-scénariste-producteur concrétise enfin sa soif d'incarner pour de bon le héros de Dumas, on pouvait légitimement se demander si en faisant cela il ne risquait pas de brûler sa dernière cartouche. Pourtant, il n'en est rien, au contraire. Plus encore que de prolonger le flamboyant mais un peu simpliste Mark of Zorro, son nouveau film passe à la vitesse supérieure, en offrant ce que personne n'osait faire aux Etats-Unis: un grand film à la fois ambitieux, riche et populaire, une oeuvre de deux heures (Douze bobines) mais riche en rebondissements pour tenir le public en haleine, un film en costumes, mais mené d'une façon tellement dynamique, que personne n'y trouverait à redire...

Le film suit la trame générale de la première moitié des Trois Mousquetaires d'Alexandre Dumas, en s'intéressant à l'exposition des personnages, l'idylle de D'Artagnan pour Constance Bonacieux (Marguerite de la Motte), sa confrontation avec le dangereux mais fascinant Cardinal Richelieu (Nigel de Brulier), sa camaraderie avec ses futurs frères d'armes que sont les "trois mousquetaires" du titre, interprétés par Leon Barry, George Siegmann et Eugene Palette... La concurrence effrénée pour le pouvoir entre Richelieu et le roi Louis XIII (Adolphe Menjou) passe bien sur par la manipulation des amours de la reine (Mary McLaren) et du duc de Buckingham (Thomas Holding), et Rochefort (Boyd Irwin) et Milady de Winter (Barbara La Marr) intriguent à tout va pendant que le fidèle Charles Stevens incarne le non moins fidèle Planchet.

Les passages obligés abondent (Bagarre à Meung, triple promesse de duel à l'arrivée à Paris, l'affaire des ferrets, la course à Londres), les duels et autres bagarres homériques sont réglés de main de maître. La seule entorse vraiment spectaculaire, mais après tout le film n'exploite que la moitié du roman, c'est bien sûr le fait que Constance est encore vivante au moment où se termine le film... Fairbanks et son équipe ont vraiment fait passer le film d'aventures à l'âge adulte avec cette oeuvre - et les suivantes, bien sur, Robin Hood en tête. La structure du film, le fait (Comme dans The mark Of Zorro) de faire arriver la vedette au terme d'une longue exposition, la mise en évidence du conflit politique fondamental qui règne au royaume de France par une partie d'échecs, la mise en valeur de Richelieu comme un homme certes manipulateur et maléfique, mais aussi comme un grand homme quoi qu'on fasse (Une adaptation de 1995, qui le transformera en vieux libidineux, n'aura pas tant de scrupules): tout est mis en oeuvre pour réaliser un film distrayant, mais sans en exagérer les contours, ni prendre le public pour des nigauds; et d'Artagnan, impulsif mais tendre, bagarreur mais juste, au service du roi mais aussi au service de l'histoire, est un héros riche, qui ne se contente pas de sauter dans les coins. Bon, admettons, pour faire bonne mesure, qu'il fait aussi des acrobaties dans tous les sens, avec la gourmandise enfantine d'une personne qui s'est en plus fait bâtir un terrain de jeux à la hauteur (Décors parfaits), et dont les amis ont revêtu des costumes effectués avec grand soin. La mise en scène de Niblo se met bien sur au service du dynamisme de l'ensemble, et on ne sera en aucun cas étonnés de constater qu'elle est excellente, ce qui ne sera vraiment pas le cas de son Blood and sand sorti l'année suivante! Plus que la longue version à épisodes de Henri Diamant-Berger sortie en France en même temps, cette édition des Trois Mousquetaires est un bon gros classique du cinéma muet.

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Published by François Massarelli - dans Muet 1921 Fred Niblo Douglas Fairbanks ** Dumas
29 mai 2011 7 29 /05 /mai /2011 17:45

Moins beau que son Germinal, cette adaptation de Dumas par Capellani est à son meilleur dans les extérieurs, tournés dans des décors authentiques et plausibles, jamais propres, toujours inquiétants. c'est d'autant plus important que comme à son habitude, le metteur en scène fonctionne par taleaux. L'intrigue ne tourne pas qu'autour du "Chevalier de Maison-Rouge", tout comme Les trois mousquetaires sont surtout l'histoire du quatrième... Autour de ce royaliste bien décidé à sauver marie-Antoinette de son destin funeste, toute une galerie de personnages, souvent bien campés: Dixmer, le tanneur qui trahit la révolution par amour pour son épouse; Geneviève Dixmer, la soeur du chevalier, qui n'aime pas son mari, et découvre l'amour en la personne d'un garde révolutionnaire; Rocher, le sans-culotte impitoyable... Si les partisans de la révolution sont, comme souvent dans la fiction, des gens peu accomodants et violents, on constate que le jusqu'au boutisme de certains royalistes finit par faire des victimes, à commencer par Dixmer, de plus en plus aveuglé par la jalousie. Le final permet à Capellani de ménager la chèvre et le chou, comme le cinéma le faisait souvent, sans pour autant tiomober dans le délire révisionniste à la Vendéenne...

 

De Capellani, je préfère de loin les adaptations de Zola que j'ai pu voir, mais cette histoire située en pleine révolution a ses charmes, et nous permet d'anticiper sur le monument que ne manquera pas d'être Quatre-Vingt-Treize, le "grand oeuvre" paradoxal d'Albert Capellani...

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Published by François Massarelli - dans Muet Albert Capellani 1914 * Dumas